Leticia Martinez
Hernandez et
Yaima Puig Meneses
SANTA CRUZ DE LA SIERRA, Bolivie. — L’heure des
peuples a sonné. Une fête multicolore a envahi le stade
Tahuichi Aguilera où les Boliviens dansaient, chantaient
et souriaient. Et ils avaient bien des raisons de le
faire : leur modeste Patrie recevait la présidence du
G-77 et la Chine, et ils ont voulu accueillir les
nombreux chefs d’État et les délégations du monde entier
présents à ce rendez-vous.

À leur arrivée au stade où avait lieu la
manifestation populaire, le président
bolivien Evo Morales et le président cubain Raul Castro
ont été chaleureusement
accueilli par la foule.
La plupart avaient quitté leur maison la veille,
bravant le froid, la pluie incessante, la fatigue et les
immenses distances. De nombreux Boliviens étaient là, ce
samedi 14 juin, transformant la première journée de ce
sommet historique en une immense fête populaire.
Vers 15h, le président bolivien Evo Morales Ayma et
son homologue Raul Castro sont arrivés dans l’enceinte
du stade où ils ont été chaleureusement accueillis par
la foule. Tous voulaient les embrasser, les toucher,
leur témoigner leur gratitude pour toutes ces années
consacrées à changer le triste panorama que présentait
Notre Amérique.
Puis ce fut le tour du président équatorien Rafael
Correa, du Salvadorien Salvador Sanchez Ceren et du
Vénézuélien Nicolas Maduro. Le secrétaire général des
Nations Unies, Ban Ki-moon, Rigoberta Menchu, prix Nobel
de la Paix, ainsi que d’autres représentants des
délégations étaient également présents à la rencontre
plurinationale. Tous portaient à leur cou une guirlande
bolivienne en signe de respect envers la culture de ce
pays.
Après les discours d’accueil de plusieurs
représentants des mouvements syndicaux, le président du
Conseil d’État et du Conseil des ministres, Raul Castro
a été le premier à s’adresser au peuple bolivien.
« Il y a longtemps que nous devions cette visite à la
Bolivie. Nous, Cubains, admirons l’histoire centenaire
de lutte du peuple bolivien pour le vivre bien, en
harmonie avec la Terre-Mère, la Pachamama », a-t-il dit.
« Nous sommes venus pour vous accompagner à
l’occasion de ce Sommet du Groupe des 77 et la Chine.
Nous sommes plus de 130 nations, qui avons des problèmes
communs. Ensemble, nous constituons un acteur important
sur le plan international. Si nous le décidons, nous
pouvons influer sur les décisions des Nations Unies,
relatives à la paix et au développement, à la
préservation de l’environnement », a ajouté Raul Castro.
« Il est très important pour nous d’être ici, avec
vous, pour soutenir le leadership et l’exemple du
camarade Evo Morales et de la Bolivie ».
Il a remercié les Boliviens pour leur générosité et
leur solidarité, « surtout pour avoir accueilli, comme
leur famille, des centaines de coopérants cubains, et
parce qu’en tant que protagonistes d’un processus de
changement inédit dans votre pays, vous avez apporté une
contribution inestimable au processus des luttes de
Notre Amérique, comme l’a appelé José Marti, pour
l’indépendance définitive et l’intégration de tous nos
peuples ».
À propos des tentatives de division de l’impérialisme
pour attaquer l’union des peuples et exacerber leurs
différences, Raul a déclaré que l’on ne peut y répondre
que par davantage d’union.
Ainsi, le président cubain a renouvelé son soutien
total à la Grande Patrie de Simon Bolivar, qui « mérite
notre appui le plus résolu ». Et d’ajouter : « En
défendant le Venezuela, nous défendons la Bolivie et
toute notre Amérique. Le Venezuela est aujourd’hui la
première ligne de défense de notre indépendance, notre
liberté et notre dignité. Ce serait un coup dur de voir
freiné le processus de véritable intégration en cours,
auquel participent diverses organisations et dont le
point culminant est la CELAC. »
Ensuite, se félicitant des progrès réalisés par la
Bolivie, Raul a énuméré plusieurs exemples de cette
réussite : la nationalisation des hydrocarbures, la fin
de l’exclusion et de l’exploitation ; la redistribution
des richesses nationales au profit de tout le peuple ;
la réduction de la pauvreté extrême à 20% ; la
proclamation de la Bolivie comme territoire sans
analphabétisme ; les plus de 6 500 Boliviens pauvres
ayant suivi des études universitaires ; les plus de 60
000 ayant recouvré la vue ; le développement culturel ;
le sport et la science, ainsi que la croissance soutenue
de l’économie au dessus des 6%.
Pour conclure, il a adressé ses vœux de succès à Evo
Morales dans cette immense tâche, ainsi qu’à tous les
présents, et il a déclaré : « Chers frères et sœurs
boliviens, construisons ensemble la Grande Patrie.
Défendons notre unité. Et permettez-moi de dire comme
Che Guevara, qui aurait eu 86 ans aujourd’hui 14 juin,
"Hasta la Victoria Siempre !". »
NOTRE AMÉRIQUE UNIE POUR LE « VIVRE BIEN »
Plusieurs des présidents latino-américains présents à
ce Sommet extraordinaire ont également pris la parole au
stade Tahuichi Aguilera, durant la rencontre
plurinationale et sociale des Peuples, pour confirmer
l’importance de l’union.
Le président du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, a
déclaré que son pays a une dette historique envers la
Bolivie, dont il a remercié l’amour et la solidarité de
toujours. Par ailleurs, il a affirmé que le Sommet du
G-77 et la Chine espère trouver de nouvelles idées pour
travailler en faveur du « vivre bien » des majorités,
cette idée que le président Evo Morales a toujours
défendue.
Quelques instants plus tard, le président vénézuélien,
Nicolas Maduro, a estimé que Santa Cruz était
aujourd’hui l’épicentre de la politique mondiale, de la
recherche d’un monde nouveau. Et depuis cette ville, il
a envoyé un « puissant salut fraternel au commandant en
chef Fidel Castro ». Il a également rappelé Ernesto Che
Guevara, à qui il n’est pas de meilleur hommage, le jour
de l’anniversaire de sa naissance, que de le faire « comme
nous le faisons aujourd’hui, avec les peuples en lutte ».
Pour sa part, le président équatorien Rafael Correa,
a remercié les mouvements sociaux et syndicaux pour la
merveilleuse fête préparée en prélude du Sommet du
Groupe des 77 et la Chine. « Le Groupe créé pour donner
une voix aux sans voix. Ce n’est qu’unis que les peuples
de cette terre, nous pourrons nous faire entendre et
changer l’ordre international immoral et injuste qui
prévaut », a-t-il estimé.
Il a abordé de nouveau la question du changement de
siège de la Commission interaméricaine des Droits de
l’Homme (CIDH), qui se trouve encore dans le pays qui
maintient le criminel blocus contre Cuba, en violation
de tous les principes du Droit international.
Pour conclure cette rencontre, le président Evo
Morales s’est félicité de la présence d’autant de
présidents, ce qu’il a considéré comme « un événement
historique que nous n’oublierons jamais ».
Dans un superbe geste de fraternité, Evo a demandé au
président cubain de faire savoir à Fidel que « sa lutte
n’avait pas été vaine », car le peuple est présent pour
continuer à lutter contre l’impérialisme. « Nous
allons défendre la démocratie, nos ressources
naturelles, notre souveraineté, notre unité », a-t-il
affirmé.
Le président Morales a également fait référence aux
agressions impériales contre les pays d’Amérique latine
et de la Caraïbe, notamment contre le Venezuela, en même
temps qu’il a appelé à garantir la continuité des
processus de libération en cours en Amérique latine et à
étudier ceux qui ont lieu dans d’autres continents.
« Nous vivons des temps de libération et non de
domination », a-t-il dit.
Concernant le Sommet, il a souligné l’énorme
responsabilité qui reposait sur cette rencontre, qui
constitue « une façon de relancer les 133 pays et la
Chine afin qu’ils soient au service des peuples du monde
».
Et il s’est dit confiant dans le fait que le Sommet
sera également l’occasion « de partager le travail et
les expériences des différents gouvernements, de
nombreux présidents, d’États, convaincus que la
politique, c’est rendre un service et non pas faire des
affaires, que c’est un sacrifice et un engagement envers
le peuple et non du profit pour les dirigeants ».
Les paroles d’Evo sont devenues la voix de tous ceux
qui s’étaient rassemblés dans ce stade Tahuichi Aguilera
malgré le froid cruel de cet après-midi de juin. Elles
renferment également la chaleur humaine des
universitaires boliviens, des peuples originaires, des
paysans, des mineurs, du peuple tout entier qui a voulu
par cette fête accompagner les séances de ce sommet
historique.