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La Havane. 24 Avril 2014

Les coopératives non agricoles : de l’expérience à la nouveauté à Cuba

Livia Rodriguez Delis / Photos José M. Correa

CES derniers mois, le nombre de coopératives non agricoles s’est accru dans l’Île. Une modalité qui s’étend et qui a pour objectif d’insuffler du dynamisme et de l’efficience aux activités économiques du pays.


« Si l’économie cubaine a évolué, et si nous en avons les conditions, pourquoi ne pas nous inscrire dans les nouvelles modalités proposées ? », s’est demandé Nancy Varela, présidente de la coopérative Confections Model.

À l’heure actuelle, on compte 452 associations de ce type dans les secteurs du commerce, de la gastronomie, des services, de la construction, du transport, de l’industrie et de l’alimentation, et plus récemment dans les branches de l’énergie et des services.

Selon les spécialistes, une des premières expériences de coopérative date de 1884, à Rochdale, en Angleterre, où 28 tisserands pauvres ouvrirent un magasin coopératif destiné à la vente de denrées alimentaires et autres produits.

Les travailleurs achetaient au prix de gros du sucre, de la farine, du sel et du beurre, qu’ils vendaient ensuite au prix du marché, les membres recevant régulièrement une ristourne proportionnelle au montant de leurs achats. L’association était basée sur l’adhésion libre et volontaire, le contrôle démocratique, la neutralité politique, raciale et religieuse, la vente et l’achat au comptant, la vente au prix courant de détail du marché, la distribution de l’excédent (ristourne) au prorata des achats ; l’intérêt limité sur le capital ainsi que l’éducation continue.


Le professionnalisme du personnel des Confections Model a attiré des clients parmi les personnalités cubaines, dont le pianiste Frank Fernandez.

Le mouvement coopératif s’est développé à partir de cette expérience, et a pris son essor après la fondation en Europe de l’Alliance coopérative internationale (ACI) en 1895.

On estime aujourd’hui qu’il existe 750 000 coopératives dans le monde, qui regroupent 800 millions de personnes, ce qui représente plus de 12% de la population de la planète.

Aujourd’hui, les coopératives offrent des services à un habitant de la planète sur deux, et les 300 plus importantes du monde sont évaluées à plus de deux billions de dollars.

Cuba a une expérience de près d’un demi-siècle dans ce type d’association, avec la création en 1960 de la Coopérative de crédits et de services, ensuite de la Coopérative de production agricole et plus tard en 1993 des Unités de base de production coopérative, toutes dans le secteur agricole.

L’expérience cubaine dans ce domaine, reconnue internationalement, a permis à l’Île de présider le Réseau latino-américain de coopérativisme (RELCOOP), une organisation qui, avec la Confédération des coopératives de la Caraïbe et de l’Amérique du centre et d’autres institutions, impulsent cette modalité sur le continent.


Naomi Karla Lemus, en formation à l’école des métiers Hermanos Ameijeiras, envisage de s’associer à la coopérative.

Avec l’extension du coopérativisme à d’autres branches de l’économie, Cuba prétend déployer ses connaissances de plus de 50 ans à d’autres sphères de la vie économique.

À n’en pas douter, les coopératives, comme alternative d’organisation et d’autogestion, occupent une place importante dans la mise à jour du modèle économique cubain, ce que confirme le programme adopté par le 6e Congrès du Parti communiste, qui, outre l’entreprise socialiste d’État, reconnaît et encourage le coopérativisme, compte tenu de la nécessité de décentraliser la gestion de l’État, afin d’améliorer l’efficacité.

Par ailleurs, ce système de gestion n’est pas en contradiction avec le système de justice sociale cubain, ses principes de base d’adhésion libre et volontaire, le contrôle démocratique et la participation économique des membres, l’engagement envers la communauté, son autonomie et son indépendance, ce qui permet un climat d’aide mutuelle, de responsabilité, d’égalité et de solidarité.

CONFECTIONS MODEL : UNE INTIATIVE CUBAINE DE PARTICIPATION


Même s’il s’inquiète de l’avenir de son métier, Alfredo Valdés, un tailleur âgé de 80 ans, perçoit déjà les bénéfices économiques d’être membre de la coopérative.

Depuis que l’entreprise est devenue une coopérative, la dynamique de l’établissement Confections Model, un ancien atelier de la rue San Rafael, à La Havane, a changé.

Cela fait environ un an que les employés de cet atelier, consacré à la confection et à la vente de vêtements en pesos cubains – principalement la guayabera (chemise) traditionnelle – ont décidé de se mettre à leur compte et de se séparer économiquement de l’entreprise d’État.

« Puisque nous avions toutes les conditions pour produire en grandes quantités, pourquoi ne pas changer et prendre part aux transformations de l’économie cubaine », a signalé sa présidente, Nancy Varela Medina, à Granma International.

Pour devenir une coopérative, ils disposaient d’une équipe de travail compétente, de machines en bon état et d’un local vaste et bien situé.

« Nous avons été les premiers à présenter un projet, qui a réellement beaucoup plu. Cela n’a pas été facile, mais nous avons réussi. Nous avons obtenu l’autorisation du Conseil des ministres ; nous avons fait les démarches auprès des services juridiques, nous nous sommes inscrits au registre de commerce, et à partir du 1er octobre 2013, nous avons démarré en tant que coopérative. »

« Entre modistes, tailleurs, couturières, et autres métiers de la couture, nous sommes 41 associés, suffisamment pour réaliser les grandes commandes d’uniformes et de guayaberas que nous recevons », explique-t-elle.

CE QUI A CHANGÉ...


Les Confections Model disposent d’un point de vente très bien situé à La Havane.

« Les changements sont palpables. Auparavant, nous avions un salaire fixe et une prime. Aujourd’hui, nous sommes payés selon les ventes », a précisé Nancy Verela, qui a conscience maintenant que le fait d’être autonome et de devoir maintenir la production exige une grande rigueur. « Être directrice de l’atelier et être présidente de la Coopérative Confections Model sont deux choses très différentes », nous dit-elle.

Le système salarial dépend des bénéfices, c’est-à-dire que les salaires des travailleurs sont calculés sur la base des bénéfices des ventes du mois précédent, en tenant compte de la productivité des employés, après avoir payé les impôts au Bureau national de l’administration fiscale, la location des bâtiments et des machines à l’entreprise d’État qui les loue, ainsi que l’achat des matières premières.

« Un exemple : les couturières spécialisées dans une tâche comme la confection des guayaberas ou des costumes sur mesure, ont un salaire différent des autres. On paie selon la catégorie. Il est vrai qu’il est très difficile de trouver un personnel bien formé en couture, comme ceux que travaillent ici et cela, on doit en prendre soin. »

Pour Alfredo Valdés, un tailleur de 80 ans, après la santé, la couture et la musique sont les deux choses les plus importantes de sa vie. « La musique rend le peuple heureux, mais sans vêtement, on ne peut pas être élégant. C’est un art. Le tailleur est un ingénieur », a affirmé Alfredo, tout en prenant les mesures d’une veste.

« À Cuba, il y a peu de tailleurs. Il faut former des jeunes, à qui il faut apprendre la beauté d’une profession que nous devons récupérer », affirme-t-il.

Malgré quelques insatisfactions personnelles, Alfredo sent que sa vie s’est améliorée depuis qu’il est devenu un associé de la coopérative. « Jusqu’à présent nous sommes bien, mais nous ne pouvons manquer ni de tissu ni de fil »

L’inquiétude d’Alfredo est bien justifiée. Selon la présidente de la coopérative, le manque de personnel et le coût des matières premières se trouvent parmi les difficultés auxquelles la nouvelle structure doit faire face.

« Nous avons quelques problèmes avec les fournitures. Nous avons passé des contrats pour acheter directement le tissu et le fil à l’Entreprise Universal Habana. Auparavant, nous devions passer par un intermédiaire. La plus grande difficulté, c’est le prix. En effet, compte tenu des volumes que nous gérons, nous estimons que le prix devrait être plus bas que celui proposé aux travailleurs à leur compte », explique Nancy Varela.

Cependant, Marquilda Pérez, qui travaille depuis 20 ans aux Confections Model, signale un autre détail qui pourrait affecter le rythme de production.

« Les clients sortent de l’atelier satisfaits de la qualité du travail, en grande partie grâce à l’expérience de nos tailleurs. Mais ce qui est préoccupant, c’est que ceux-ci sont assez âgés et que la relève est rare. Nous devons former plus de jeunes et leur permettre d’apprécier la valeur de ce travail. 

« Notre nouvelle structure nous a apporté beaucoup de bénéfices aussi bien économiques que personnels, mais le plus important, c’est que maintenant nous sommes unis et nous nous aidons beaucoup, c’est-à-dire que nous travaillons comme des compagnons ».

« Nous savons que notre survie dépend du travail collectif, de la responsabilité et des décisions que nous adopterons pour maintenir notre coopérative en bonne santé », a-t-elle conclu.
 

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