Pour une nouvelle
ère à énergies propres et renouvelables
• « Étant donné les limites
physiques, écologiques et (par conséquent) sociales de
l'utilisation de l'énergie nucléaire fossile, personne
ne pourra éviter que l'énergie renouvelable soit la
solution, et je dirais même que ce sera la seule
solution qui nous restera » (Hermann Scheer, membre du
Bundestag allemand, président d'Eurostar et directeur
général du Conseil mondial des énergies renouvelables,
décédé le 14 octobre 2010)
Livia Rodriguez
Delis
DANS le cadre de la mise à jour de son modèle
économique, Cuba a inscrit parmi ses priorités la
transformation de sa matrice énergétique, afin de
favoriser l’utilisation efficace de l’énergie à partir
de sources renouvelables.
|

Un parc
éolien composé de 30 générateurs sur une
superficie de 13 kilomètres carrés sera
inauguré en 2015 à Las Tunas, dans l’est du
pays. |
À l’heure actuelle, l’île souffre d’une forte
dépendance aux combustibles fossiles – 3,9% seulement de
son énergie renouvelable sert à produire de
l’électricité – qui constituent la principale source de
pollution et renchérissent les coûts.
Chaque année, Cuba produit en moyenne 17 586
gigawatts/heure, les dépenses aux heures de plus fortes
demandes sont de l’ordre de 3 156 mégawatts et les
pertes totales de transmission et de distribution
d’électricité sont estimées à 17,6%.
Cette stratégie a donc pour but de réduire notre
dépendance par rapport aux énergies fossiles et de
diminuer les coûts de l’énergie, dans un contexte de
cours élevés de ces ressources sur le marché mondial.
Ces mesures interviennent dans le cadre des
Orientations adoptées par le 6e Congrès du Parti, qui
insistent sur la nécessité d’intégrer cette politique
dans le système énergétique national ou dans les lieux
isolés afin de rendre plus efficace ce service.
En décembre 2012 fut créé une Commission
gouvernementale chargée d’élaborer la proposition sur
les travaux et la définition d’une perspective à
l’horizon 2030 pour contribuer à l’émergence de
solutions de production et de gestion des énergies
renouvelables.
LA VOLONTÉ, CLÉ DE LA RÉUSSITE
En 2004, le système énergétique cubain subit une
grave avarie qui entraîna des complications dans la
dynamique énergétique et sociale du pays. La Révolution
énergétique lancée en 2006 par le leader historique
Fidel Castro, qui permit de remplacer les centrales
thermoélectriques obsolètes par des groupes électrogènes,
les ampoules et les anciens appareils électroménagers
par des produits plus modernes et à moindre consommation,
s’érigea en une stratégie d’utilisation rationnelle de
l’énergie.
Ce programme démarra par la mise en synchronisation
de 2 400 mégawatts d’électricité produits par des
moteurs et des groupes électrogènes hautement
performants qui apportèrent une amélioration de
l’efficacité du Système énergétique national (SEN).
« Afin de diminuer les pertes, les réseaux de
distribution ont été renforcés par le remplacement de
215 000 poteaux ou pylônes électriques, de 7 000
kilomètres de câble primaire, de 1,8 million de
conducteurs, de 33 700 câbles secondaires et de 2,8
millions de compteurs électriques », a expliqué le
directeur du Département pour la stratégie et la
politique nationale du ministère de l’Énergie et des
Mines, Leandro Matos.
Dans le cadre de cette rénovation énergétique, le
secteur résidentiel a remplacé la totalité des ampoules
incandescentes (94 millions) par des ampoules
fluorescentes à basse consommation, ainsi que 4,4
millions d’appareils électroménagers à forte
consommation.
« Cet effort a fait l’objet d’un cadre juridique avec
l’adoption de la Résolution 190, qui interdit
l’importation d’ampoules incandescentes, ainsi qu’une
modification des tarifs de paiement du service », a-t-il
ajouté.
Selon des données du ministère de l’Énergie et des
Mines concernant les retombées du changement d’ampoules
sur les heures de plus forte demande, sur chaque million
d’ampoules la consommation d’électricité a diminué de
plus de 25 mégawatts, et l’investissement a été amorti
en moins de trois mois.
« En 2009, le pays a adopté une réglementation
technique qui fixe et contrôle les exigences techniques
en matière d’efficience énergétique, de sécurité
électrique et de tropicalisation des principaux
équipements importés, fabriqués ou assemblés dans le
pays avant leur commercialisation », a signalé Matos.
D’après le fonctionnaire, il existe à Cuba quatre
laboratoires placés sous la juridiction du Bureau
national pour l’utilisation rationnelle de l’énergie (ONURE),
chargé de tester ces appareils et d’assurer leur
conformité aux normes adoptées par le Comité
électrotechnique cubain.
Une fois que le résultat des tests a été jugé
satisfaisant, l’ONURE délivre un certificat autorisant
ou non leur commercialisation.
Dans les secteurs industriel et commercial, après
détection des sources de gaspillage, il a été procédé au
remplacement de plus de 2 500 pompes à eau électriques
inefficaces dans les réseaux de distribution et de
collecte des eaux, à la mise en place de batteries de
condensateurs pour les gros consommateurs d’électricité,
et à la création du Groupe de supervision énergétique.
Par ailleurs, dans ces secteurs le ministère a établi
une consommation d’électricité sur la base des indices
de consommation et des niveaux d’activité, ainsi qu’un
système de surveillance et de contrôle quotidien de la
consommation.
« En cinq ans, la consommation de pétrole brut et de
ses dérivés a baissé, l’intensité énergétique a diminué
en moyenne de 27%, permettant de réaliser une économie
de 9,3 millions de tonnes de carburant, soit de 4,6
milliards de dollars », a indiqué Matos.
« Nous traversons un moment favorable et opportun qui
nous permet d’amorcer la deuxième étape de la Révolution
énergétique grâce à un plus grand soutien et à un
système national plus efficace », a-t-il dit.
VISION ET PRIORITÉS ÉNERGÉTIQUES
L’énergie renouvelable est celle qui vient du monde
naturel qui nous entoure, de ressources naturelles comme
le soleil, le vent, la pluie, les marées et la chaleur
géothermique. En conséquence, elle n’est pas sujette à
des changements brusques de prix, à la différence des
énergies fossiles qui deviennent de plus en plus chères
à mesure qu’elles se raréfient.
En l’an 200 av. J.-C., en Chine et au Moyen Orient,
on utilisait des moulins à vent pour pomper l’eau et
pour transformer les grains en farine. Dans l’Antiquité,
les romains utilisaient la chaleur sous la croûte
terrestre pour chauffer les bâtiments et l’eau.
Afin de tirer profit des bontés de la nature, qui
sont nombreuses, et consciente de la nécessité de les
gérer de manière durable, les autorités cubaines ont
lancé en 2013 un programme d’investissements visant à
accélérer le développement de sources d’énergie
alternatives propres et renouvelables.
« Nous avons installé les sept premiers parcs
solaires photovoltaïques et six petites centrales
hydroélectriques, une unité de production d’une
puissance de 500 kilowatts de biomasse forestière, ainsi
que trois usines de biogaz », a expliqué Raciel Guerra,
directeur de la section d’énergie renouvelable du
ministère.
Et d’ajouter : « Nous avons commencé la construction
du premier parc éolien du pays, d’une capacité de 51
mégawatts et cette année nous nous attèlerons à celle
des deux premières centrales qui produiront de
l’électricité à partir de la biomasse de la canne à
sucre. »
Les études de préfaisabilité de quatre importants
projets d’investissements à exécuter dans les prochaines
années viennent de se conclure. Quels sont-ils ?
Il s’agit de la construction de 19 centrales
bioélectriques à partir de la biomasse de canne à sucre,
d’installations solaires photovoltaïques et de petites
centrales hydroélectriques.
L’industrie nationale est-elle également concernée ?
Des projets d’investissements seront également
nécessaires dans l’industrie, notamment pour la
production de systèmes d’énergie renouvelable. Nous ne
voulons pas devenir des importateurs. Nous passerons des
contrats de partenariat avec des entreprises étrangères
pour fabriquer les accessoires et les pièces détachées à
Cuba et développer notre industrie, créer des postes de
travail et réduire les coûts, par exemple dans la
production de chaudières.
Notre objectif est de disposer de toute l’énergie
nécessaire au développement du pays, d’assurer une
énergie de qualité qui permette de diminuer les coûts
afin d’améliorer l’efficacité des chaînes de production,
de contribuer au développement de notre système
d’entreprises à partir de la diminution des coûts
d’importation de nouvelles technologies, et d’éliminer
toutes les sources polluantes.