Qu'est-ce que ce programme flambant neuf
offre à l'Amérique latine et aux Caraïbes ? Une petite phrase
dit tout : « Le prochain siècle étasunien doit inclure toute
l'Amérique latine. » Cette petite phrase est tout simplement
une proclamation du droit de possession de l'Amérique latine
et des Caraïbes.
Le paragraphe poursuit : « En coordination
avec le Congrès, [le président] travaillera de concert avec
des démocraties clefs de la région et, surtout, le Mexique. ».
Arrêtons-nous à cette expression : « et
surtout le Mexique », le pays auquel ils ont déjà enlevé la
moitié du territoire par une guerre expansionniste
injustifiable. L'idée est évidente : matérialiser d'abord
l'annexion économique, puis la subordination politique totale
de ce pays aux Etats-Unis, et faire pareil ensuite avec le
reste des pays de notre région en leur imposant un traité de
libre-échange foncièrement favorable aux intérêts étasuniens
et auquel n'échapperait même pas le plus petit îlot des
Antilles. Libre-circulation des capitaux et des marchandises,
soit, mais jamais, au grand jamais, des personnes !
Bien entendu, selon les dépêches de presse,
une part importante du programme léonin de Philadelphie, dans
sa tête de chapitre Amérique latine, concerne Cuba : « Nos
rapports économiques et politiques changeront lorsque le
régime cubain libérera tous les prisonniers politiques,
légalisera les protestations pacifiques, permettra
l'opposition politique et la liberté d'expression, et
s'engagera dans des élections démocratiques. » Pour les
auteurs de cette plate-forme démagogique, la liberté et la
démocratie caractérisent un système caduc et corrompu où seul
l'argent décide et élit, et où un candidat présidentiel le
devient du jour au lendemain en tant qu'héritier d'un trône
vacant.]
Une autre dépêche indique : « En plus du
soutien actif aux ennemis de la Révolution, la plate-forme
inclut la transmission de programmes d'informations des Etats-Unis
vers Cuba. » Autrement dit, on se propose de poursuivre les
programmes immondes qu'émettent les stations subversives
contre nous depuis les Etats-Unis, et le gouvernement
étasunien continuera de nous outrager en utilisant le nom
glorieux et sacré pour notre peuple de José Martí dans ses
émissions officielles.
En conférence de presse, [des
législateurs étasuniens d’origine cubaine] ont piaillé
euphoriques : « C'est là un langage sans précédent. Le Parti
républicain ne s'était jamais engagé aussi à fond auparavant. »
Pour couronner la montagne d'ordures
qu'elle contient, la plate-forme républicaine affirme enfin :
« Les républicains croient que les Etats-Unis doivent faire
leurs les principes contenus dans la Loi d'ajustement cubain
de 1966, qui reconnaît le droit des réfugiés cubains fuyant la
tyrannie communiste. »
Il ne va absolument rien rester du prestige
de la politique impériale. Nous dénoncerons et démolirons
systématiquement, un à un, leurs hypocrisies et leurs
mensonges. Ils n'ont pas la moindre idée, c'est évident, du
genre de peuple qui s'est forgé en quarante ans de révolution.
Notre message parviendra à tous les coins
de la Terre et notre lutte sera un exemple. Le monde, de plus
en plus ingouvernable, luttera jusqu'à ce que l'hégémonisme et
l'asservissement des peuples soient absolument insoutenables.
Aucun des chefs de l'empire qui sera élu ne
doit ignorer que Cuba exige l'abrogation totale de la loi
assassine d'Ajustement cubain et des lois criminelles qui
portent les noms tristement célèbres de Torricelli et de Helms-Burton,
la levée totale du blocus génocide et la cessation totale de
la guerre économique ; que leurs auteurs, promoteurs et
exécutants sont coupables du crime de génocide, défini et puni
par les traités internationaux qu’ont souscrits les Etats-Unis
et Cuba.
Il ne doit pas oublier que, sans que le
nôtre ait encore présenté des demandes d'indemnisation pour
dommages moraux qui peuvent être élevées, le gouvernement
étasunien doit déjà plus de trois cents milliards de dollars
au peuple cubain au titre des dommages humains causés par son
invasion mercenaire de Playa Girón, sa sale guerre et ses
nombreux autres crimes.
Le nouveau président ne doit pas non plus
se faire d'illusion sur la position de Cuba au cas où les
relations des Etats-Unis avec notre pays deviendraient aussi
normales que celles qu'ils maintiennent avec d'autres pays
socialistes comme la Chine et le Vietnam. Nous ne garderons le
silence devant aucun crime, aucune agression et aucune
injustice commise contre les peuples. Notre bataille d'idées
ne cessera pas tant que le système impérialiste, hégémonique
et unipolaire, fléau de l'humanité et menace mortelle pour la
survie de notre espèce, continuera d'exister.
Toujours plus de millions d’Etasuniens
prennent conscience des horreurs de l'ordre économique et
politique imposé au monde.
La Révolution cubaine ne fait pas seulement
confiance à l'intégrité morale et à la culture patriotique et
révolutionnaire du peuple et à l'instinct de conservation de
l'espèce humaine, menacée dans sa survie même : elle croit et
fait confiance également à l'idéalisme traditionnel du peuple
étasunien qu'on ne peut conduire à des guerres injustes et à
des agressions ignominieuses que par des tromperies grossières.
Quand la démagogie et le mensonge auront été vaincus, le monde
pourra compter sur les citoyens des Etats-Unis comme
d’excellents alliés, comme cela s'est passé lors de cette
guerre répugnante qui a coûté la vie à des millions de
Vietnamiens et à plus de cinquante mille jeunes Etasuniens, et
comme cela vient de se passer quand ils ont soutenu noblement
un enfant et une famille cubaine, victimes d'un crime brutal
de la part d'une bande de malfaiteurs qui, accueillis avec
hospitalité dans ce pays-là, ont fini, poussés par la haine et
la frustration, par fouler aux pieds et par brûler le drapeau
des Etats-Unis.
Les changements dans la politique du
gouvernement étasunien vis-à-vis de Cuba devront être
unilatéraux, parce que le blocus et la guerre économique
contre Cuba de la part de ceux qui dirigent ce pays-là sont
unilatéraux.
D'ici, de cette province où le Titan de
bronze a couronné à Mantua sa prouesse colossale, autrement
dit traverser le pays d'un bout à l'autre depuis les Manguiers
de Baraguá, nous leur répondons : Sots que vous êtes ! Ne
comprenez-vous pas que Cuba est inexpugnable, que sa
Révolution est indestructible, que son peuple ne se rendra
jamais, ne pliera jamais ? Ne percevez-vous pas que les
racines de notre patriotisme et de notre internationalisme
plongent aussi profonds dans nos esprits et dans nos coeurs
que les imposants pains de roches ignées de Pinar del Río le
font dans les entrailles volcaniques de cette partie-ci d'une
île qui s'appelle Cuba, nimbée de l'auréole d'avoir résisté à
presque quarante-deux ans de blocus et d'agression de la part
de la nation la plus puissante qui ait jamais existé ?
Nous sommes défendus par la force de notre
prestige et de notre exemple, par l'acier indestructible de la
justice de notre cause, par le feu inextinguible de notre
vérité et de notre morale, par la tranchée double et
inexpugnable de pierres et d'idées que nous avons érigée.
Aussi, monsieur Bush, s'il vous arrivait de
devenir le chef de ce qu'on ne peut plus désormais appeler une
république, mais bel et bien un empire, je vous suggère, en
adversaire sincère, de revoir vos positions, d'oublier
l'euphorie et les vapeurs de votre convention, pour ne pas
courir le risque de vous convertir en ce dixième président qui
disparaîtra au loin, contemplant avec une amertume stérile,
mais que vous auriez pu vous éviter, une Révolution à Cuba qui
ne plie pas, qui ne se rend pas, qui ne peut pas être détruite.
Je sais très bien ce que vous avez dit, à
un moment d'irréflexion, à vos petits copains intimes, mais
fort indiscrets, de la mafia cubano-américaine : que vous
pouviez régler très facilement le problème de Cuba, allusion
très claire aux méthodes en cours à l'époque sinistre où
l’Agence centrale de renseignements concoctait directement des
plans d'assassinat contre les dirigeants de notre pays. Comme
je ne partage pas cette conception bornée du rôle de
l'individu dans l'histoire, je vous invite à ne pas oublier
que, pour chaque dirigeant révolutionnaire que vous décideriez
d'éliminer par ce moyen, il y a ici des millions d'hommes et
de femmes capables d'occuper son poste, et qu'ils sont à eux
tous bien plus nombreux que ceux que pourriez liquider vous-même
et que votre immense puissance politique, économique et
militaire pourrait vaincre.