J’espère
que personne ne dira que je m’en prends à Bush gratuitement et que
l’on comprendra sans mal mes raisons de critiquer durement sa
politique.
Bob Woodward est un
journaliste et écrivain étasunien qui a acquis la célébrité quand,
en compagnie de Carl Berstein, il publia dans The Washington
Post une série d’articles qui conduisirent à l’ouverture d’une
enquête sur Nixon et finalement à la démission de celui-ci. Il est
l’auteur ou le coauteur de dix best-sellers. Armé de sa plume
redoutable, il s’arrange pour arracher des aveux à son interviewé.
Il affirme dans son livre State of Denial que, le 18 juin
2003, soit trois mois après le déclenchement de la guerre en Iraq,
Bush, sortant de son bureau de la Maison-Blanche à la fin d’une
réunion importante, déclara à Jay Garner en lui tapotant le dos :
« Eh, Jay, tu veux
faire le truc de l’Iran ?
« Monsieur, les gars et
moi, nous en avons parlé et nous voulons attendre au sujet de
Cuba. Nous pensons que le rhum et les cigares y sont meilleurs.
Les femmes y sont plus belles.
« Tu l’auras. Tu auras
Cuba », a répondu Bush. »
Bush a été trahi par
son inconscient. C’était ce qu’il pensait depuis le jour où il
avait parlé du sort dévolu à des dizaines de « trous perdus du
monde » où Cuba occupe une place à part.
Garner, un général de
division qui venait de prendre sa retraite et qui avait été nommé
à la tête de l’Office de reconstruction et d’aide humanitaire en
Iraq, créé en secret par une Directive présidentielle de sécurité
nationale, était considéré par Bush comme quelqu’un d’exceptionnel
capable de conduire à bon terme sa stratégie militaire. Nommé à ce
poste le 20 janvier 2003, il fut remplacé dès le 11 mai de la même
année à la demande de Rumsfeld. Il n’eut pas le courage
d’expliquer à Bush à quel point il divergeait de la stratégie
suivie en Iraq. Il pensait à une autre, mais dans le même but. Â
cet instant même, dix sept mille marines et un groupe de
porte-avions américains, avec le soutien de leurs forces navales,
font des manœuvres au Golfe Persique, à quelques kilomètres du
territoire iranien, en attendant des ordres,
Voilà quasiment
cinquante ans que notre peuple est en butte à un blocus cruel. Des
milliers de ses enfants ont été tués ou mutilés à cause de la sale
guerre menée contre Cuba, le seul pays au monde auquel on applique
une Loi d’ajustement qui récompense l’émigration illégale et qui a
causé à son tour la mort de citoyens cubains, dont des femmes et
des enfants, un pays qui a perdu voilà plus de quinze ans les
principaux marchés où il obtenait des denrées alimentaires, de
l'énergie, des machines, des matières premières, des crédits à
long terme et à taux d’intérêt bas.
Le camp socialiste est
tombé d’abord, puis, presque aussitôt, l’URSS démembrée morceau
après morceau. L’Empire a alors intensifié et internationalisé son
blocus ; les protéines et les calories, assez bien distribuées
malgré nos déficiences, chutèrent d’environ 40 p. 100 ; on vit
apparaître des maladies comme la névrite optique et d’autres ; la
rareté de médicaments, eux aussi victimes du blocus, se
généralisa : ils ne pouvaient entrer, pour nous démoraliser, qu’à
titre d’œuvre caritative et se transformaient en source de ventes
et d’affaires illicites.
Il fallut
inévitablement décréter la Période spéciale, qui a été la somme de
toutes les conséquences de l’agression et des mesures désespérées
que nous avons été contraints d’adopter, ce train de mesures
nuisibles ayant été renforcé par l’énorme appareil de propagande
de l’Empire.
Tout le monde
attendait, qui avec tristesse, qui en proie à une jubilation
oligarchique, l’effondrement de la Révolution cubaine.
L’accès dans une plus
ou moins grande mesure aux devises convertibles a fait beaucoup de
mal à la conscience sociale à cause des inégalités et des failles
idéologiques qu’il a engendrées.
Depuis toujours, la
Révolution cubaine a instruit le peuple, formé des centaines de
milliers d’enseignants, de médecins, de scientifiques,
d’intellectuels, d’artistes, d’informaticiens et d’autres diplômés
des trois cycles universitaires dans des dizaines de secteurs.
Cette accumulation de richesse humaine nous a permis de réduire la
mortalité infantile à des taux inimaginables dans un pays du
tiers-monde, d’élever l’espérance de vie et de faire passer le
taux de scolarité moyen de la population à neuf années d’étude.
En offrant à Cuba du
pétrole assorti de facilité de paiement, alors que les cours ne
cessaient de flamber, la Révolution bolivarienne du Venezuela a
représenté un soulagement considérable et ouvert de nouvelles
possibilités dans la mesure où notre pays commençait à produire sa
propre énergie dans des quantités croissantes.
L’Empire, inquiet pour
ses intérêts au Venezuela, avait prévu bien des années auparavant
de liquider cette révolution, ce qu’il tenta de faire en avril
2002 et tentera de refaire chaque fois qu’il le pourra, en vue de
quoi les révolutionnaires bolivariens préparent la résistance.
En attendant, Bush
avait intensifié ses plans d’occupation de Cuba, au point de
proclamer des lois et de préparer l’installation d’un gouvernement
d’intervention chargé d’y mettre en place une administration
impériale directe.
Suite aux privilèges
concédés aux Etats-Unis à Bretton Woods et à l’escroquerie de
Nixon qui élimina l’étalon-or – lequel limitait la capacité
d’émission de billets – l’Empire a depuis acheté et payé en
papiers pour des dizaines de billions de dollars, soit des
chiffres élevés à la puissance douze. Ce qui lui a permis de
soutenir son insoutenable économie. Une bonne partie des réserves
de devises mondiales étant constituée de bons du trésor et de
billets des USA, bien des gens ne souhaitent pas une crise du
dollar comme celle de 1929 qui convertirait ces papiers en
chiffons. Par rapport à l’or, le dollar actuel vaut au bas mot
dix-huit fois moins qu’à l’époque de Nixon. Il en va de même des
réserves dans cette monnaie.
Si ces chiffons de
papier ont conservé leur maigre valeur actuelle, c’est qu’ils
permettent d’acheter des quantités d’armes modernes fabuleuses,
qui coûtent toujours plus cher et ne produisent rien. Les
Etats-Unis exportent à eux seuls plus d’armes que le reste du
monde. Et c’est muni de ces mêmes chiffons de papier que l’Empire
a mis au point les systèmes d’armes de destruction massive les
plus perfectionnés et les plus meurtriers grâce auxquels il
soutient sa tyrannie mondiale.
Un tel pouvoir lui
permet d’imposer l’idée de transformer les aliments en carburants
et de réduire en miettes la moindre initiative et le moindre
engagement d’éviter le réchauffement mondial qui s’accélère de
toute évidence.
La famine et la soif,
des cyclones toujours plus violents, des pénétrations de la mer,
voilà ce que souffriront guelfes et gibelins par suite de la
politique impériale. Le répit en mesure d’0ffrir à l’humanité et à
notre espèce un espoir de survie repose sur les économies
d’énergie, ce dont la société de consommation des pays riches se
soucie comme d’une guigne.
Le peuple cubain
continuera de développer et de perfectionner sa capacité
combative, y compris son industrie d’armes défensives, modeste
mais active et efficace, qui multiplie les possibilités de faire
face à un envahisseur à quel endroit qu’il se trouve, quelles que
soient les armes qu’il possède. Nous continuerons de nous doter du
matériel nécessaire et des pièces d’artillerie pertinentes, même
au prix de la non croissance du fameux Produit intérieur brut à la
façon capitaliste, qui inclut tant de choses – depuis la valeur
des privatisations jusqu’à celle des drogues, des services sexuels
et de la pub – et qui en exclut tant d’autres, tels que les
services d’éducation et de santé gratuits pour tous les citoyens.
Le niveau de vie d’un
peuple peut s’élever d’une année à l’autre rien qu’en augmentant
ses connaissances, son estime de soi et sa dignité. Il suffit de
réduire le gaspillage pour faire croître l’économie. Nous
continuerons malgré tout de croître autant qu’il le faudra et
qu’il se pourra.
« La liberté coûte très
cher, et il faut soit se résigner à vivre sans elle soit se
décider à en payer le prix », a affirmé Martí.
« Quiconque tente de
s’emparer de Cuba recueillera la poussière de son sol baignée de
sang, s’il ne périt dans la lutte », s’est exclamé Maceo.
Nous ne sommes pas les
premiers révolutionnaires à penser de la sorte ! Et nous ne serons
pas les derniers !
On peut acheter un
homme ; un peuple, jamais !
J’ai pu survivre par
hasard, pendant bien des années, à la machine à tuer de l’Empire.
Voilà bientôt presque un an que je suis tombé malade. Quand je me
débattais entre la vie et la mort, j’avais affirmé dans ma
Communication au peuple cubain du 31 juillet 2006 : « Je n’ai pas
le moindre doute que notre peuple et notre Révolution lutteront
jusqu’à la dernière goutte de leur sang… »
N’en doutez pas non
plus, monsieur Bush !
Vous n’aurez jamais
Cuba, je vous l’assure !
Fidel Castro Ruz