Monsieur le Président,
Voilà maintenant
dix-sept ans que Cuba se bat à la Commission des droits de l’homme
contre les tentatives cynique du gouvernement nord-américain de la
condamner.
Au début des années
80, l’extrême droite qui s’apprêtait à prendre le pouvoir
avec Ronald Reagan à sa tête avait critiqué le président Carter
dans la plate-forme républicaine dit Document de Santa Fe :
« Il est curieux que l’administration actuelle n’ait pas
tenté sérieusement d’appliquer sa doctrine des droits de l’homme
à la Cuba castriste. » D’où l’idée – concrétisée
avec rigueur à ce jour – de chercher à condamner Cuba à Genève
pour justifier le blocus et les agressions dont notre pays était
victime depuis 1959.
C’est ainsi, donc, que
le gouvernement étasunien présenta en 1987 un projet de
résolution qui fut repoussé.
Il ne parvint pas plus,
ni en 1988 ni en 1989, à faire condamner Cuba. Nous ne vivions pas
encore dans un monde unipolaire, régi par les intérêts et les
caprices d’une superpuissance dont le président actuel – qui,
soit dit en passant, n’a pas été élu mais a été tout
bonnement désigné par la majorité républicaine de la Cour
suprême – s’est permis de mettre le reste du monde au pied du
mur : ou vous êtes avec les Etats-Unis ou vous êtes avec
le terrorisme.
Ce n’est qu’en 1990,
en pleine débâcle du camp socialiste – alors qu’on proclamait
la fin de l’Histoire et que les ennemis de la Révolution cubaine
fêtaient d’avance la chute qu’ils jugeaient inévitable de Cuba
socialiste – que le gouvernement étasunien put, secondé par de
nouveaux gouvernements laquais, imposer pour la première à cette
Commission une condamnation de notre pays.
Ce furent des années
difficiles, mais le peuple cubain, emmené par Fidel, ne se rendit
pas, ne cessa pas de lutter pour lui-même et pour tous ceux qui
défendent dans le monde la justice et la liberté, pour tous ceux
qui croient qu’un monde meilleur est possible. Sa digne
résistance face à l’infamie et au mensonge força peu à peu la
reconnaissance et le soutien d’autres membres de la Commission si
bien que la tentative de condamner notre pays fut finalement
repoussée catégoriquement en 1998.
Aussi, humiliés et
offensés, les USA s’efforcèrent-ils en 1999 de camoufler leur
manigance contre Cuba, ordonnant au gouvernement de la République
tchèque – pouvait-on trouver laquais plus méprisable ? –
de présenter officiellement son texte, tandis que la
superpuissance, recourant à des pressions, à des menaces et à des
chantages éhontés, obtint un nombre de voix minimum pour pouvoir
imposer une condamnation ridicule de Cuba. Mâtinée de moqueries et
de discrédit, la comédie se rejoua jusqu’en 2001.
Mais en 2002 le
gouvernement tchèque se refusa à jouer plus longtemps le rôle
répugnant d’homme de paille de Washington. De leur côté, les
peuples latino-américains réclamaient de leurs gouvernements qu’ils
ne se joignent pas à la condamnation de Cuba, qu’ils ne se
convertissent pas en complices de l’agression et du blocus dont le
petit pays était victime de la part de l’agresseur puissant et
rapace. Pour comble, l’administration Bush, dont l’hypocrisie et
le cynisme ne connaissent pas de bornes, avait été exclue de la
Commission des droits de l’homme ! C’est à la suite de
pressions intenses et désespérées que Cuba connaît par le menu
que les gouvernements uruguayen et péruvien acceptèrent de jouer
dès lors, contre la volonté de leurs peuples, ce rôle
ignominieux.
Nous nous rappelons tous
comment l’ambassadeur étasunien s’est exclamé l’an dernier
ici même : « Alors, je suis d’accord avec n’importe
quoi qui permette de condamner Cuba. » Cette Commission n’a
pas si souvent l’occasion de rire du ridicule et de l’imposture
de la superpuissance qu’elle devrait justement, s’il y existait
encore un zeste de justice et de crédibilité, condamner pour ses
crimes et pour ses violations arrogantes des droits d’autrui !
Voilà les faits. Que se
passera-t-il cette année-ci ? L’administration
nord-américaine renoncera-t-elle à fabriquer de toutes pièces sa
condamnation de Cuba ? Impossible. Elle en a besoin pour
justifier son blocus criminel et ses plans d’agression militaire.
L’Union européenne
contrera-t-elle enfin la tentative étasunienne de condamner
Cuba ? Non, je ne le crois pas. Et nous savons tous pourquoi.
Les uns diront : par vieille sagesse. D’autres, comme nous,
diront : par hypocrisie et morale à double vitesse.
Présentera-t-elle du moins une résolution condamnant la violation
des droits de l’homme infligée aux prisonniers, dont certains
sont Européens, que les Etats-Unis maintiennent dans le camp de
concentration qu’ils ont bâti sur la base navale qu’ils
occupent illégalement à Guantánamo ? Non, je ne le crois pas
non plus. Alors dénoncera-t-elle les graves violations des droits
de l’homme que les autorités nord-américaines commettent contre
les cinq Cubains prisonniers politiques, condamnés à plusieurs
peines de réclusion à vie dans des prisons de là-bas et auxquels
leurs proches ne peuvent rendre visite ? Non, elle ne le fera pas.
En tout cas, qui n’a pas le courage de faire face à l’hégémonisme
unilatéral de la superpuissance devrait au moins avec la pudeur de
se taire et de ne pas être complice de l’agression contre Cuba. L’Union
européenne devrait au moins défendre le droit du petit pays
agressé, au lieu de seconder la haine irrationnelle de l’agresseur.
Quel sera le nouveau
pion au service du maître impérial ? On dit que ce sera le
Costa Rica. Par attachement à la cause des droits de l’homme ?
Sûrement pas. Je rappellerai que ce gouvernement ne vote pas contre
les violations atroces des droits de l’homme et les crimes qu’Israël
commet contre le peuple palestinien. Je rappellerai que son
gouvernement a déménagé son ambassade à Jérusalem. Le
gouvernement costaricien présentera-t-il donc une résolution
condamnant la peine de mort infligé à des mineurs, à des femmes
et à des malades mentaux aux Etats-Unis ? Non, n’y comptez
pas non plus.
De sorte qu’à la
mi-avril, cette Commission se retrouvera de nouveau devant le
dilemme : ou condamner Cuba ou défendre le droit à l’indépendance,
à l’autodétermination et au développement d’un peuple noble
et généreux qui n’a jamais failli quand il s’agit de lutter
pour une cause juste dans le monde ; d’un peuple qui s’est
battu contre l’apartheid ; d’un peuple qui a toujours
soutenu ceux qui ont combattu les dictatures militaires sanguinaires
que les Etats-Unis ont imposées en Amérique latine ; d’un
peuple qui a diplômé dans ses écoles secondaires et ses
universités plus de 41 000 jeunes de 123 pays ; d’un
peuple dont plus de 15 000 médecins coopèrent dans 65 pays du
tiers monde.
Monsieur le Président,
Cuba nie qu’il s’agisse
là d’une simple « résolution de procédure ».
Faux ! Tout le monde sait que les USA la présenteront comme
une condamnation. Et qu’elle permet en plus de maintenir la
prétendue « question cubaine » à l’ordre du jour.
Je repousse aussi l’accusation
selon laquelle Cuba n’a pas coopéré avec la Commission. En 1988,
Cuba en a accueilli une délégation ; en 1994, elle a
accueilli le Haut-Commissaire aux droits de l’homme qui n’a pas
toujours pas pu se rendre aux USA ; en 1995, elle a accueilli
une délégation d’organisations non gouvernementales des droits
de l’homme conduite par Danielle Mitterrand ; et en 1999,
elle a accueilli deux rapporteurs de la CDH.
Pourquoi faut-il
demander par résolution que Cuba accepte de recevoir un
Représentant personnel du Haut-Commissaire, alors qu’on n’en
nomme pas un pour enquêter sur les crimes et les violations des
droits de l’homme commises par les troupes nord-américaines qui
ont envahi l’Irak ?
Cuba refuse qu’on l’accuse
devant cette Commission d’une manière arbitraire, politisée et
discriminatoire. Tout comme elle refuse que les accusés de cette
Commission ne soient que des pays du tiers monde.
Cuba refuse donc de
recevoir un représentant du Haut-Commissaire. Nous n’avons rien
de personnel contre la fonctionnaire qu’il a désignée. Nous en
avons contre le mandat illégitime dont elle est investie.
Nous refusons tout
autant le rapport politisé et partial qu’elle a rédigé. Elle a
fini par servir d’instrument de l’administration
nord-américaine.
Cuba revendique le droit
d’appliquer ses lois pour se défendre de l’agression. Cuba
revendique le droit de juger les mercenaires qui collaborent avec le
blocus et avec la politique agressive de la superpuissance qui veut
reconquérir son peuple et lui repasser le joug.
Cuba, Excellences, ne se
rendra pas, n’acceptera pas de pressions, ne jouera pas les
candides.
Condamnez donc l’agresseur,
et non l’agressé ! Faites donc cesser le blocus, les
mensonges et les agressions contre Cuba !
Je vous remercie.