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La Havane. 3 Avril 2014

Salvador Sanchez Ceren :
« La lutte a été nécessaire pour
l’avenir »

Emir Sader

APRÈS un long processus de comptage et d’évaluation de recours de l’opposition, le Tribunal suprême du Salvador a déclaré Salvador Sanchez Ceren président du pays. Il prendra ses fonctions le 1er juin pour diriger le deuxième gouvernement successif du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), et il sera le premier leader guérillero à exercer la présidence de ce pays.


Selon le président élu du Salvador, Salvador Sanchez Cerén, le nouveau gouvernement sera inclusif.

Depuis sa résidence, Sanchez Ceren nous a accordé sa première interview exclusive depuis son élection, le 9 mars, après un second tour très serré contre le candidat d’ ARENA, le parti d’opposition de droite.

Président, vous avez en commun avec le président uruguayen Pepe Mujica et la présidente brésilienne Dilma Rousseff d’avoir participé à la lutte armée contre des dictatures, avant de devenir président de la République d’un pays latino-américain...

C’est l’histoire que vivent les peuples d’Amérique latine. Dans les années 60-70, la lutte fut nécessaire pour donner des chances à l’avenir que nous vivons aujourd’hui. Sans cet effort, ces régimes autoritaires qui empêchaient le développement de la démocratie ne se seraient pas achevés. Et, par la même, le développement productif et social. Pour moi, c’est également une satisfaction d’appartenir à cette liste dont fait aussi partie un autre président d’Amérique centrale, Daniel Ortega, du Nicaragua, qui lui aussi a participé à une guérilla dans les années 70. Cela fait partie de l’Histoire du peuple latino-américain.

Vous allez prêter serment le 1er juin en tant que président du Salvador. Quels sont les points fondamentaux de votre programme pour les cinq prochaines années ?


L’éducation et la sécurité citoyenne seront les deux principaux axes du gouvernement de l’ancien guérillero devenu président.

Depuis le début de la campagne électorale, nous avons décidé de démarrer un processus de consultation populaire sur les principaux problèmes, quelles devraient en être les solutions et quels sont les programmes à mettre en œuvre. Nous avons mené un large processus de consultation au niveau national, nous avons discuté avec les familles ; nous avons fait du porte-à-porte ; nous avons organisé des tables rondes sur l’environnement, la santé et l’éducation.

Grâce à cette consultation, à laquelle ont participé des centaines de milliers de personnes, nous avons élaboré notre programme de gouvernement, dénommé Salvador Adelante (En avant Le Salvador). en prenant en compte les besoins identifiés lors de ces rencontres.

Nous avons fixé 10 axes, parmi lesquels des questions telles que l’environnement, l’État de droit dans le sens du renforcement des institutions, ainsi que le développement des relations internationales. Et nous avons défini trois grands points.

Le premier, c’est l’emploi. Le chômage s’élève à environ 6%, ce qui n’est pas un taux élevé, mais il y a une énorme précarité, qui est aussi une forme de chômage, même si le gouvernement précédent a réalisé des efforts importants, comme la création de 113 000 emplois et de 13 000 nouvelles entreprises. Mais la population considère que le taux de chômage est encore trop élevé. C’est pourquoi nous envisageons une transformation de la production, pour laquelle des investissements publics sont nécessaires dans l’infrastructure, notamment dans la santé et dans l’éducation. Ceci, tout en poursuivant la mise en place de politiques avec les entreprises privées. Notre pays garantit la liberté d’entreprise, la sécurité juridique, avec des règles claires, ainsi que la sécurité financière. Par ailleurs, nous devons en finir avec tous les blocages bureaucratiques.

Nous allons revoir toutes les lois concernant l’investissement, parce que nombre d’entre elles sont obsolètes, et pour donner suite à ce que faisait ce gouvernement. Ces mesures permettront, en attirant le capital étranger, de procéder à une transformation de la production, afin de donner davantage de plus-value à nos produits d’exportation.

Nous devons non seulement exporter des matières premières, mais des produits à plus grande plus-value, de sorte à stimuler le commerce, l’industrie, le secteur agro-alimentaire, afin de renforcer la structure de production du pays, dans le cadre d’un plan qui ne soit pas seulement d’une durée de 5 ans, mais pour jeter les bases pour que dans plus ou moins 15 ans nous puissions réaliser effectivement une transformation de la production.

Pour ce faire, il faut aussi que l’État permette à la production dans notre pays d’accéder aux nouvelles technologies. Dans ce sens, nous sommes en train de créer des centres de recherche et d’innovation qui, avec le concours d’entrepreneurs, pourrons apporter de nouvelles techniques pour améliorer la qualité de nos produits.

Quels sont les deux autres principaux axes de votre gouvernement ?

L’éducation et la sécurité, car les entreprises ont besoin de main-d’oeuvre plus qualifiée. Quant à la question de la sécurité, c’est l’un des problèmes les plus graves, à cause des extorsions de fonds aux entreprises, qui grèvent les budgets des travaux.

Au Salvador, des mesures de sécurité ont été prises, dénommées « la main dure », à savoir l’application de la loi dans toute sa rigueur, mais au lieu de baisser, la violence a augmenté. Quant à nous, nous pensons qu’il faut utiliser les deux mains : une main doit créer des opportunités pour tous.

Nous avons un programme qui s’appelle « Plus jamais de territoires oubliés », où nous faisons des investissements pour créer des opportunités pour les petits entrepreneurs, afin qu’ils puissent améliorer les ressources de leur famille, offrir plus de perspectives d’emploi aux jeunes. Cette politique est accompagnée d’une action efficace dans le système pénitentiaire, visant la réhabilitation des détenus.

Nous parlons également de la fermeté de l’État, afin de garantir le travail de la Police nationale, mieux formée, avec davantage d’effectifs, de meilleures conditions de travail, dotée d’un armement moderne, d’une plus grande mobilité, et d’une meilleure formation scientifique pour être plus efficace. Et en cas de menace grave contre la sécurité, faire appel à l’armée, parce que conformément à la Constitution de la République, en cas de risque de menace nationale, on peut avoir recours à l’armée, mais comme soutien de la police nationale.

Vous avez appelé à un gouvernement d’union nationale. Qu’est ce que cela signifierait aujourd’hui au Salvador ?

Nous sommes entrés dans la vie politique après un Accord de paix, qui a été le résultat d’une entente qui a mis fin au conflit, et qui a ouvert une nouvelle étape, que nous avons appelée de « transition démocratique », c’est-à-dire de construction des institutions pour renforcer la démocratie au Salvador.

Depuis la signature des Accords de paix, en 1992, nous avons toujours recherché l’entente, le dialogue, la concertation. Notre gouvernement sera également un gouvernement inclusif, qui donnera une représentation à la Chambre aux autres forces politiques qui ont travaillé avec nous. Les Accords de paix sont devenus des politiques d’État.

Le Salvador est une société très diversifiée. Il y a dans ce pays des forces conservatrices qui ont toujours beaucoup de poids, et aussi les forces qui accompagnent le FMLN, qui est un parti moderne, ouvert aux idées et au dialogue.

Beaucoup s’interrogent comment un gouvernement d’union nationale est possible. Nous, les Salvadoriens, avons compris que même si nos forces sont diverses, avec des points de vue politiques et idéologiques différents, nous avons toujours la possibilité de placer notre pays au centre de nos préoccupations.

Notre travail aujourd'hui n'est pas de nous concentrer sur nos différences, mais sur tous ce qui nous est commun. La question de l’emploi est un sujet qui unit le pays. La question de la sécurité est centrale pour tous les partis. Il existe des points communs autour desquels nous pouvons construire des ententes à long terme, avec les entreprises, les forces politiques d’opposition, et les syndicats. (Tiré de Pagina / 12)


• LE parti Alliance républicaine nationaliste (ARENA) a accepté les résultats des élections présidentielles, qui ont vu la victoire de Salvador Sanchez Cerén du FMLN.

Ce parti de droite s’est engagé à faire une opposition « sérieuse, intelligente, honnête et loyale aux aspirations nationales », après que le Conseil constitutionnel eut rejeté plusieurs recours contre le résultat des élections présentés par ses anciens candidats.

À travers un communiqué, le parti Arena a déclaré que le parti respecterait « le verdict du Conseil Constitutionnel de la Cour suprême de Justice qui a déclaré irrecevable le recours présenté par ses candidats aux présidentielles demandant le recomptage vote par vote ».

Après une longue bataille depuis le 9 mars, au terme du 2e tour des élections, ARENA accepte enfin sa défaite et affirme qu’il travaillera pour la « gouvernabilité », la démocratie et le développement du pays.

Dans un premiers temps, Arena avait refusé de reconnaître la victoire du FMLN, en lançant un appel à la Force armée qui n’a pas été suivi, en bloquant les rues, en incendiant des pneus, ainsi qu’en présentant 10 recours auprès du Tribunal suprême, du Conseil Constitutionnel et autres organismes de l’État.

Le président du Tribunal suprême a proclamé officiellement élu à la présidence Salvador Sanchez Ceren, et à la vice-présidence, Oscar Ortiz, qui prendront les rennes de ce pays de l’Amérique du Centre pour la période 2014-2019.

Au deuxième tour, le 9 mars dernier, le FMLN, avait obtenu 50,11% des voix (1 495 815 suffrages) contre 49,86% pour Arena, soit 1 485 451 suffrages). (PL)
 

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