Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

 

TEXTE seulement  

 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. 3 Avril 2014

La grève générale au Paraguay : un nouveau test pour le gouvernement

Juan Manuel Karg

LES 7 centrales syndicales paraguayennes ont appelé à une grève générale le 26 mars dernier. Il s’agit de la première grève de cette envergure depuis 20 ans, avec un fort niveau de mobilisation des travailleurs. Les revendications : 25 % d’augmentation des salaires ; le contrôle des prix du panier de la ménagère ; la non augmentation des tarifs des transports en commun et le rejet de la loi dénommée Alliance public-privé (APP), adoptée récemment, une sorte de partenariat entre l’État et les entreprises privées. En bref, une grève générale pour exiger un changement de la politique économique du gouvernement conservateur dirigé par le chef d’entreprise Horacio Cartes.


Travailleurs et étudiants se sont rassemblés sur la place de la Démocratie résolus à empêcher l’application de la loi Alliance public-privé.

Le succès de cette grève générale est intervenu dans un contexte de mise en œuvre d’une politique économique centralisée (d’orientation néolibérale) qui exclut la grande majorité de la population. L’Alliance public-privé ne laisse plus de place au doute : Elle signifie une perte évidente d’autonomie du gouvernement sur le secteur public au profit du secteur privé. Le texte de loi indique que l’Exécutif pourra promouvoir ce partenariat par appels d’offres et autres mécanismes qui ne sont pas précisés. Pour le quotidien conservateur La Nation, du Paraguay, un des objectifs de la loi est que le secteur privé « récupère son investissement à travers l’exploitation du service que prête l’ouvrage concerné, par exemple, la construction de routes et de ponts pour la circulation routière ou la communication terrestre ».

Quel est le but recherché si l’on en croit ces explications ? En quelques mots : injecter des capitaux privés dans un ouvrage pour ensuite en obtenir la concession et en percevoir les bénéfices rapportés par cet ouvrage.

En février dernier, le FMI a qualifié l’APP « d’instrument important pour l’investissement dans l’infrastructure du pays », selon le sous-directeur gérant de cet organisme, Naoyuki Shinohara, en visite officielle à Asuncion. Au Paraguay, l’un des principaux défenseurs du partenariat public-privé a été German Ruiz, président de l’Association rurale du Paraguay, qui s’est même permis de dire que « ceux qui critiquent l’APP sont des antipatriotes ». Cette déclaration démontre que certains secteurs du pouvoir économique paraguayen assument la défense de cette nouvelle Loi qui permettra au secteur privé d’augmenter ses bénéfices.

Les Centrales syndicales ont été les premières à se prononcer contre la loi en appelant à cette grève générale dès la fin de l’année 2013, après l’adoption de l’APP. Ensuite, la Coordination démocratique et la Fédération nationale des paysans se sont jointes à cet appel. On peut donc affirmer qu’un large éventail d’organisations sociales, syndicales et politiques ont contribué au succès de cette grève générale et de mobilisation.

Le succès de cette journée a sans doute ouvert des brèches dans la façon d’agir du gouvernement paraguayen. Le vice-président, Juan Afara, a déclaré : « le gouvernement a commis une erreur lors de l’élaboration de la loi Alliance public-privé. Nous n’avons pas discuté avec tous les secteurs, mais nous invitons les citoyens à lire la loi et à s’informer », puis il a appelé à la constitution d’une « table de dialogue » avec des représentants sociaux, politiques et économiques.

Cette première autocritique du gouvernement peut signifier un premier pas, non seulement pour discuter de la loi, mais aussi du modèle économique du gouvernement de Cartes – dont cette loi est un nouvel aspect d’une importance indéniable. Il faut dire que dans une période où l’Amérique latine discute d’une plus grande participation de l’État dans les affaires économiques quotidiennes, conséquence de l’apparition de gouvernements post-néolibéraux dans un grand nombre de nos pays, des débats comme ceux qui se déroulent au Paraguay nous rappellent les années de résistance, il y a plusieurs décennies, aux avancées du grand capital monopolisé.

Le défi pour les organisations sociales et politiques du Paraguay sera de maintenir leurs justes revendications, aussi bien dans les rues qu’au niveau des institutions, afin d’empêcher les reculs en matière de conquêtes sociales et de droits acquis. La participation massive à la journée de grève générale et de mobilisation semble être une nouvelle positive, dont le gouvernement devra prendre note sans tarder. (Tiré de Rebelion)


• JUAN Torales, secrétaire de la Centrale nationale des travailleurs du Paraguay, a affirmé que la grève a été suivie à 90 %.

Autres revendications des grévistes :

- Pour la réforme agraire et le respect de la vie à la campagne,

- Pour une santé et une éducation gratuite et de qualité,

- Pour le respect des droits humains et syndicaux,

- La libération des 12 agriculteurs prisonniers politiques de Curuguaty. Le massacre de Curuguaty, survenu le 15 juin 2012, s’était soldé par la mort de 11 agriculteurs et de 6 policiers. Cet événement avait servi de prétexte au coup d’État parlementaire, déguisé en procès politique, qui a destitué Fernando Lugo, le président constitutionnellement élu.
 

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina
/ Directeur éditorial: Gustavo Becerra Estorino
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano
© Copyright. 1996-2013.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page