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La Havane. 27 Mars 2014

Des médecins cubains au service des pauvres au Brésil

Un pays destiné à devenir un facteur
des plus importants dans le développement
ultérieur de notre monde...
—Stefan Zweig, Le Brésil, terre d’avenir (1941)

Lisanka Gonzalez Suarez
Photos Anabel Diaz Mena

IL est 14 h, c'est comme si ce n'était pas dimanche, jour de repos et d'accalmie. L'Unité centrale de coopération médicale (UCCM) habituellement tranquille en ce jour, est en pleine effervescence, avec des femmes et des hommes en blouse blanche qui vont et viennent comme s'ils craignaient de rater leur train.


La présidente Dilma Rousseff lors d’une rencontre avec des médecins cubains engagés dans le programme Mais Médicos.

Yvonne Rodriguez Garcia, sous-directrice de l'Analyse et du Système et des services médicaux de l'Unité depuis bientôt 8 ans, est attentive au mouvement, dont une grande partie semble se déployer autour d'elle. Mais de toute évidence, elle garde le contrôle, habituée à assumer diverses responsabilités dans les services de santé publique du pays, sans compter deux missions internationales, au Pakistan et au Honduras qui lui ont permis d'acquérir l'assurance et le bon sens nécessaires pour agir efficacement au moment d'une mission importance et urgente. « Cette semaine, tous les médecins qui manquent doivent partir », m'explique-t-elle. (À la sortie de cette publication, ce personnel aura déjà rejoint les 11 430 médecins cubains qui ont intégré le programme Mais Médicos depuis le deuxième semestre 2013).

Écartons l'éventualité qu'une telle quantité de médecins envoyés au Brésil puisse affecter la qualité des services de santé réservés aux patients cubains, compte tenu de la réorganisation et des transformations mises en œuvre dans le système, traduites par tous les indicateurs : les Cubains sont en bonne santé.

LES PARTICIPANTS AU PROGRAMME

Les médecins qui font partie du programme de coopération avec le Brésil viennent de l’ensemble du pays, et tout comme ceux qui ont fait partie des brigades médicales dans d'autres pays, ils ont été choisis à partir des propositions des hôpitaux et des polycliniques où ils travaillent, sur des critères de volontariat ou de disponibilité réelle, car le fonctionnement d'un service ne saurait être interrompu. Par ailleurs, plus de 80% des médecins sélectionnés possèdent une expérience professionnelle d'au moins 15 ans ; tous ont déjà accompli au moins une mission à l'étranger, et 30 % d'entre eux en ont accompli plusieurs.

Au Brésil, ces médecins vont travailler dans le cadre de la médecine primaire dans 4 070 municipalités des 26 États, plus le district fédéral de Brasilia, et dans 32 districts où vit une population indigène isolée.

En juillet 2013, la présidente Dilma Roussef a présenté le programme « Davantage d'hôpitaux et d'unités de santé, davantage de médecins et de formation », qui selon les informations de la presse répond aux demandes de la population dans presque tout le pays. D'où la nécessité de faire appel à des médecins étrangers afin de renforcer le Système public unique de santé.

Le recrutement de médecins étrangers pour couvrir les places vacantes dans les zones rurales est une solution compréhensible, si l'on sait qu'il existe un déficit de 54 000 médecins au Brésil, ce qui touche particulièrement les nombreuses régions qui ne disposent d'aucun professionnel de la santé.

À ce sujet, la présidente brésilienne a affirmé le 21 mars que les résultats obtenus par le programme Mais Médicos confirment le bien-fondé de la décision du gouvernement, laquelle permet de garantir les soins de santé dans tout le pays, selon une dépêche de l'agence Prensa latina.

« Je savais que je serai critiquée, mais j'étais persuadée que le peuple brésilien comprendrait que nous sommes sur la bonne voie », a déclaré Dilma Rousseff lors de l’annonce de l’envoi de médecins brésiliens et étrangers dans des municipalités à l'intérieur du pays et à la périphérie des grandes villes, avant de préciser qu'en avril 13 225 médecins viendraient s'ajouter à ceux déjà présents, ce qui étendra la couverture à 46 millions de personnes.

DISPERSÉS SUR TOUT LE TERRITOIRE

Les médecins cubains bénéficient de la reconnaissance internationale non seulement pour leurs compétences professionnelles, mais aussi pour leurs qualités humaines. La communauté qui dispose d'un médecin cubain sait que ses habitants seront soignés sans discrimination, où que ce soit, même dans des lieux inhospitaliers et isolés, et même au péril de leur propre vie.

« Il y a des gens hostiles qui tentent de tirer profit de certaines situations en les manipulant ou en les exagérant », explique la docteure Rodriguez, en abordant le sujet des médecins qui abandonnent la mission. « Mais que représente un, deux ou trois cas comparés à l'attitude de plus de 11 000 médecins qui sont ici ?... La population nous témoigne déjà de la reconnaissance, et il en est toujours ainsi parce que le coopérant cubain change même le style et les méthodes de prise en charge du patient. »

Les professionnels cubains sont dispersés sur l'ensemble du territoire brésilien ; ils ne sont pas dans les grandes villes, mais à la périphérie. Ce fut un principe de la coopération : être présent dans des lieux isolés et d'accès difficile.

« Le Brésil n'est pas seulement ce que nos voyons dans les feuilletons télévisées dont nous raffolons. C'est beaucoup plus que cela, c'est un pays aussi grand qu'un continent foisonnant de contrastes », souligne Yvonne, et nos médecins vont où se trouvent les plus pauvres et les plus nécessiteux, aussi bien en Amazonie qu'à la périphérie des grandes villes comme São Paulo, Belo Horizonte, Vitoria, Fortaleza, Bahia et bien d'autres encore.

Daniel Carvalho, envoyé spécial de la Folha de São Paulo, dans l'État de Pernambouc, signale dans un reportage intitulé La demande de médecins à l'intérieur du pays est gigantesque :

« … La docteure cubaine Teresa Rosales est surprise par l'accueil de ses patients à Brejo da Madre de Deus, dans le district de São Domingos, une région pauvre où la sécheresse sévit à l'intérieur du Pernambouc. Les patients se mettent à genoux en remerciant Dieu. Ils l'embrassent. La docteure Rosales a reçu 231 personnes pendant son premier mois de travail au Brésil dans le cadre du programme Davantage de médecins.

« Quelque chose d'aussi naturel pour les médecins cubains, comme soigner un paysan ou un indigène, l'ausculter pour faire le bon diagnostic, provoque l'étonnement des patients.

« Durant les quatre dernières années, le cabinet manquait du plus élémentaire nécessaire : des médecins . On devait faire des kilomètres sur des chemins de terre pour arriver au cabinet médical, et on revenait sans avoir été soigné… Les files d'attentes sont longues. C'est Dieu qui a envoyé cet homme, disait Maria Silva, une agricultrice âgée de 69 ans, qui avait consulté un médecin pour la dernière fois en 2005. Elle s'est dite impressionnée par la façon dont elle a été soignée par Nelson Lopez, âgé de 44 ans, le nouveau médecin du village de Capivara, à Frei Miguelinho.

Et Carvalho fait remarquer : « La différence s'observe déjà dans l'agencement des meubles : le patient s'assied sur une chaise à côté de la table du médecin, afin que le bureau ne soit pas une barrière entre eux ».

Nous ne sommes pas surpris que la présidente du Brésil ait recommandé récemment sur son réseau Facebook un article publié dans le quotidien G1 de l'État de Bahia, dans lequel elle explique le travail des médecins cubains dans cette région.

NOUS NE RENONCERONS JAMAIS À LA SOLIDARITÉ

Le président Raul Castro a insisté pendant le Congrès récent de la Centrale des travailleurs de Cuba sur l'importance de la coopération médicale pour l'économie du pays, et il a annoncé que les personnels de la Santé publique verraient leur salaire augmenté « car, actuellement le revenu essentiel du pays provient du travail de milliers de médecins qui prêtent leur service à l'étranger ». Une augmentation conséquente qui devrait être effective à partir du 1er juin, selon une information de la presse ces derniers jours.

« Je dis souvent, affirme la responsable de l'Unité centrale de coopération médicale, que si la coopération médicale est la première ressource économique du pays, nous le devons à la vision de notre commandant Fidel. Je me souviens du jour où il a dit que nous n'avions ni or ni pétrole, mais nous avions un personnel bien formé, bien éduqué et avec l'entière capacité d'aider les autres. En réalité, ce que fait un médecin cubain à l'étranger n'a pas de prix, mais si nous aidons de manière directe, c'est une excellente chose. Aujourd'hui les circonstances sont différentes, nous ne renoncerons jamais à la solidarité ».


COMME NOUS L'AVONS TOUJOURS FAIT

• DIOVASNY Junco Bringa, 43 ans, de Santa Clara, province de Villa Clara, spécialiste en médecine générale, 20 ans d'expérience. Il a été directeur de la polyclinique 20e Anniversaire de Santa Clara. Il a accompli une mission à Belize et au Venezuela.

« Ce qui nous manque le plus, c'est la famille », indique Diosvany, qui sera le porte drapeau lors de la cérémonie d'adieux au groupe qui partira le lendemain.

De ses deux missions, il conserve des souvenirs impérissables, même si ses deux expériences ont été très différentes. À Belize, il a travaillé dans un hôpital de la capitale et il explique combien il a été décontenancé face à la langue qui a été un vrai défi… Mais il l'a vaincu parce que les Cubains savent affronter les difficultés. « Le Venezuela a été une véritable école pour moi ; j'ai commencé comme médecin dans un cabinet à Zulia, à Maracaibo, ensuite j'ai été conseiller dans un cabinet de médecins populaires et, plus tard, j'ai assumé d'autres responsabilités, comme responsable des missions dans cet État. »

Ses attentes concernant sa mission au Brésil : « Le Brésil, comme le Venezuela, est un pays de grands contrastes, avec une population immense qui aujourd'hui est négligée sur le plan médical. Il possède un nombre important de professionnels de la santé mais ils sont concentrés dans les capitales et ne vont pas dans les quartiers de la périphérie. C'est là que nous allons, comme nous l'avons toujours fait ».

JE SAIS QUE LE PEUPLE VA NOUS ADOPTER

• BELSYS Acosta Cabrera, spécialiste en médecine générale intégrale de Santa Clara, province de Villa Clara, 32 ans, médecin de la polyclinique 20e Anniversaire. Elle a accompli sa mission au Venezuela pendant 5 ans, dans le cadre du travail communautaire.


Les médecins Belsys et Diosnavy, mariés depuis 7 ans, ont repoussé le moment de fonder une famille.

« Quand nous somme revenus, Diosvany et moi, nous avions l'intention de fonder une famille, car nous n'avions pas d'enfant, mais nous avons décidé d'attendre encore trois ans. Nous sommes jeunes et nous nous aimons, nous avons le temps.

« Nous apprenons bien la langue, même si je ne sais pas où nous allons, mais je sais que nous devons travailler avec des patients de la communauté et qu'à notre arrivée, et après avoir reçu un cours de portugais médical, nous serons évalués.

« Nous n'allons pas dans les villes mais dans des zones rurales, et comme toujours, je sais que le peuple va nous adopter.

« Ce qui nous manque le plus, c'est la famille et aussi tout le reste, les habitudes, tout… L'expérience de participer à une mission nous rend fort avant tout et nous donne plus de sécurité ».

CHANGER LES MAUVAISES HABITUDES POUR LA SANTÉ

• JUAN Carlos Cabrales Arias, 47 ans, d'Arroyo Naranjo, La Havane, spécialiste en médecine générale intégrale.

« On a toujours de grands espoirs en ce qui concerne les missions, bien que je sois déjà allé au Venezuela où je suis resté plus de 7 ans jusqu'en 2011. À mon retour, j'ai travaillé à la direction provinciale de la Santé de La Havane.

« Au Brésil, j'ai l'intention de travailler, dans la mesure du possible, dans le domaine de la promotion de la santé et de l'éducation, sans modifier le mode de vie des habitants, aider à supprimer certaines mauvaises habitudes pour la santé qui sont les mêmes dans le monde entier. Au Venezuela, nous étions pratiquement seuls à le faire. Avec le temps, de animateurs ont été formés dans la communauté, des jeunes qui nous aidaient dans ce travail. C'est important, sans changer leurs coutumes, avec beaucoup de respect, mais en les orientant et en les aidant. Le principal problème du Brésil actuellement, c'est qu'il n'y a pas de personnel médical dans certains lieux, mais il possède une équipe de base qui connaît bien la population ».


• AVEC une superficie de plus de 8,5 millions de km2 et plus de 200 millions d'habitants, le géant du Sud est le cinquième pays le plus peuplé du monde.

• La densité de médecins est de 1,72 pour 1 000 habitants selon l'Organiation mondiale de la santé et de 2,4 lits hospitaliers pour 1 000 habitants.

• L'immense territoire du Brésil comprend différents écosystèmes, comme l'Amazonie, reconnue comme la forêt tropicale la plus riche et biodiversifiée de la planète.

• Selon un rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), l'indice de mortalité infantile brésilien, qui en 1990 était de 62 pour 1 000 nouveau-nés, est tombé à 14 pour 1 000 en 2012.
 

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