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La Havane. 20 Octobre 2014

Bataille décisive au Brésil

Juan Manuel Karg

LE second tour des élections au Brésil, prévu le dimanche 26 octobre, est sans doute l'un des moments les plus décisifs auxquels les gouvernements post -néolibéraux de la région ont été confrontés au cours des dernières années.

Même si durant les deux dernières décennies, la polarisation politique de ce pays s’est résumée à une confrontation entre le Parti des Travailleurs (PT) et  le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), cette élection présente de singulières caractéristiques, en raison du rôle important joué, depuis le mois d’août, par les grands médias  – opposés dans leur majorité au gouvernement de Dilma Rousseff : d’abord en valorisant la candidature de Marina Silva – l’étoile filante –, puis « en la laissant tomber », après les derniers sondages à la veille du premier tour, pour finalement soutenir la candidature d’Aécio Neves, juste au moment où il apparaissait comme l'adversaire du PT au second tour.

Rien de plus intéressant que l’analyse des récentes affirmations de Fernando Henrique Cardoso pour comprendre la dimension de la bataille électorale du second tour. L'ancien président brésilien, membre du PSDB,  a déclaré : « ce n'est pas parce qu'ils sont plus pauvres qu’ils votent pour le PT, c'est parce qu'ils sont moins informés ». Ces déclarations, pitoyables et élitistes, ont eu un  effet rapide sur Lula et Dilma, qui se sont empressés de répondre,  en insistant sur les politiques sociales mises en œuvre durant leurs mandats réciproques.

« Dire que nos électeurs sont des ignorants est une preuve de préjugés et de méconnaissance », a déclaré la candidate du PT, lors d'un meeting à Salvador de Bahia, à l’occasion de la reprise de sa campagne électorale. « Comme ils ne s’intéressent pas au peuple,  ils se contentent de distiller de la haine », a affirmé Dilma Roussef, pour appeler ensuite à  «  voter en faveur de la vérité et de l’espoir. Nous allons voter contre le mensonge et la haine », a-t-elle lancé à la veille du second tour contre Aécio Neves.

Lula a également répondu à Cardoso, qui l’avait ceint du ruban présidentiel en 2002. « C’est lamentable d’avoir de tels préjugés après un processus démocratique aussi important », a déclaré Lula, qui est entré ensuite dans le vif du sujet en affirmant : « aujourd'hui, l’habitant du Nord-Est marche la tête haute, parce qu’il n'est plus traité comme un citoyen de deuxième catégorie. Sur les 20 millions d'emplois qui ont été créés par nos gouvernements, près de 20% l’ont été dans le Nord-Est. »

Cette affirmation de Lula se réfère à la grande différence de voix obtenues par  le PT dans le nord et le nord-est du pays, précisément ces votes dont parlait Cardoso. Le vote massif pour le PT, environ 78% dans les 150 municipalités qui ont le plus bénéficié de la Bolsa familia (aide familiale), par exemple, peut-il être qualifié de « désinformation » ? Ignorent-ils, comme le déclare Cardoso, les avantages qu'ils ont obtenus au cours des administrations du Parti des travailleurs ou est-ce plutôt le contraire, ce qui a aboutit à ce choix de vote massif ?

Ce qui est intéressant dans les paroles de Cardoso, c’est qu’elles ont mis à découvert une bataille politique, idéologique et de programme qui, contre Marina Silva, semblait plus diffuse pour le PT. En outre, les deux modèles de gouvernement qui apparaissent ont déjà été vécus dans la pratique : celui de Cardoso, moulé sur le  modèle néolibéral des années 90, et ceux de Lula et Dilma, qui ont fait partie de l'ensemble des gouvernements post-néolibéraux qui ont tenté de mettre en place des politiques de développement autonomes.

La bataille du 26 octobre est donc vitale,  non seulement pour le Brésil mais pour l'Amérique latine dans son ensemble, laquelle observera le géant latino-américain pour savoir si ce sera la continuité dans le processus de changement qui a commencé il y a douze ans, ou bien le début d'une restauration conservatrice. (Tiré de Rebelion)
 

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