Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

 

TEXTE seulement  

 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. 20 Mars 2014

Les grands défis de Michelle Bachelet

Juan Diego Nusa Peñalver

MICHELLE Bachelet est devenue le 11 mars le troisième ex-président de retour au Palais présidentiel de La Moneda depuis 1920. Sur le plan interne, elle aura à affronter de grands défis pour répondre aux exigences exprimées par la société chilienne au cours des 20 dernières années : réforme de l’enseignement et de la fiscalité, et adoption d’une nouvelle Constitution en remplacement de celle héritée de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990).


Michelle Bachelet a pris ses fonctions à la présidence du Chili. La sénatrice socialiste Isabel Allende lui a remis l'écharpe présidentielle. À droite, le président sortant Sebastian Piñera.

Avant Bachelet, seuls deux hommes politiques du XXe siècle étaient parvenus à obtenir la réélection : Arturo Alessandri (1920-1925/1932-1938) et Carlos Ibañez del Campo (1927-1931/1952-1958). Michelle Bachelet, médecin pédiatre de 62 ans, est la première femme élue présidente du Chili en 2006, et ce jusqu’en 2010.

« Le Chili a un seul grand adversaire qui s’appelle l’inégalité », a-t-elle lancé depuis le balcon du Palais présidentiel de la Moneda dans son premier discours à la nation.

Il ne faut pas oublier que le Chili est le pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – un forum regroupant 34 pays capitalistes riches – le plus inégalitaire en terme de distribution des revenus, où le plus riche gagne 27 fois plus que le plus pauvre, d’après une étude du coefficient de Gini.

Par ailleurs, selon des sources officielles chiliennes, le phénomène de la pauvreté frappe encore 14,4% de la population, et 2,8% des Chiliens vivent dans l’extrême pauvreté.

La tâche du gouvernement de la Nouvelle Majorité s’annonce donc difficile et risquée, notamment en raison de la décélération de la croissance économique dont il hérite.


La nouvelle présidente a présenté un projet de loi ambitieux détaillant ses priorités pour ce deuxième mandat.

Ainsi, la présidente devra se concentrer sur l’accomplissement de ses promesses ambitieuses de réforme, et faire face aux difficultés budgétaires et financières qui pourraient ruiner sa lune de miel avec les électeurs, particulièrement en ce qui concerne les revendications des secteurs sociaux qui ont montré leur mécontentement vis-à-vis du gouvernement de droite de Sebastian Piñera, notamment les étudiants chiliens qui étaient descendus dans les rues de Santiago, de Valparaiso et d’autres villes en 2011 pour réclamer un enseignement gratuit et la fin du profit.

Michelle Bachelet devra également répondre aux attentes des groupes écologistes, des peuples autochtones et du mouvement ouvrier qui aimerait voir s’améliorer ses conditions de vie et s’oppose à l’application des politiques néolibérales intensifiées durant le gouvernement précédent.

En matière d’éducation, elle se propose, dans un délai de six ans, de lancer une réforme instaurant la gratuité des études universitaires – une forte revendication du milieu étudiant – et d’en finir progressivement avec les profits des établissements privés qui reçoivent des subventions de l’État.

Michelle Bachelet entend procéder à une ambitieuse réforme fiscale qui permettrait de récupérer 8,2 milliards de dollars, soit 3% du PIB, qui seraient consacrés à la refonte du système éducatif.

À noter que le Chili a le système éducatif le plus inégalitaire du monde, et que l’accès aux études supérieures de qualité reste réservé aux enfants des milieux aisés.


La présidente socialiste devra surtout relever le défi des revendications sociales, principalement la réduction des inégalités et la réforme de l'éducation.

La présidente a reconnu s’être fixée des objectifs ambitieux, mais la grande popularité dont elle jouit, ainsi que les bons résultats obtenus par l’alliance de centre gauche aux dernières élections parlementaires qui lui ont assuré la majorité aux deux chambres du Congrès, plaident en sa faveur. Ceci lui permettra, par exemple, d’adopter une réforme fiscale pour faire passer l’impôt sur les entreprises de 20 à 25%,

Cependant, elle ne jouit pas d’une majorité pour une réforme en profondeur de la loi de l’enseignement afin de modifier les cursus universitaires, réduire les profits des universités privées, ou confier au ministère de l’Éducation la gestion des écoles secondaires et non aux municipalités, qui manquent de moyens.

De sorte qu’elle devra négocier ces changements et nouer des alliances avec l’opposition conservatrice et les partis indépendants pour faire adopter la réforme de l’enseignement, ainsi qu’une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1980, imposée par la dictature afin de rompre avec le statu quo et en finir avec les « verrous » antidémocratiques, les obstacles et les relations clientélistes que l’on retrouve dans le vieux système électoral binominal injuste qui a aboli la représentation proportionnelle.

Certains analystes estiment que la nouvelle présidente pourrait obtenir facilement les voix pour matérialiser les changements dans le système d’enseignement, mais qu’elle n’a que peu de probabilités de trouver des consensus en matière constitutionnelle, où la loi exige un quorum très élevé et face à un éventuel retranchement de la droite oligarchique chilienne, héritière de l’époque de Pinochet.

Michelle Bachelet aura d’autres défis à relever comme la réduction de l’inégalité salariale et l’accroissement de la production énergétique afin de faciliter les investissements miniers dans ce pays, premier exportateur mondial de cuivre.

Sous son gouvernement précédent, elle avait procédé à une vaste réforme du système de protection sociale et avait dû faire face à la grave crise internationale de 2008-2009 avec l’argent de l’État réservé pour les périodes de « vaches maigres », ce qui lui avait permis de créer des emplois et d’assurer une croissance économique moyenne de 3,2%.

Par ailleurs, Bachelet se devra de renforcer la coalition qu’elle a formée avec les démocrates chrétiens, les socialistes et les communistes.

Pour la première fois en 40 ans, depuis le coup d’État contre Salvador Allende, le Parti communiste du Chili revient au gouvernement avec le poste ministériel de Claudia Pascual au Service national de la femme.

La sénatrice socialiste Isabel Allende, la fille de l’ex-président Salvador Allende, est devenue la première femme à présider le Sénat, ce qui est perçu comme un symbole des vents nouveaux qui soufflent dans ce pays.

Pour ce nouveau mandat, la socialiste Bachelet s’est fixée des objectifs ambitieux, promettant dans les 100 premiers jours de son gouvernement 50 mesures choc afin d’envoyer un message clair de sa volonté d’agir.

Le coût de cet effort destiné à améliorer la qualité de vie des Chiliens est évalué à 270 millions de dollars, et porte sur 15 grands thèmes qui vont de l’éducation à la croissance économique, en passant par la santé, l’emploi, les pensions, la sécurité citoyenne, environnement et culture, entre autres.

Dans l’immédiat, Bachelet se propose de soummettre au Congrès un projet pour discussion immédiate sur la dotation d’une « allocation familiale permanente », de 40 000 pesos, et qui bénéficierait à deux millions de familles.

En matière de politique extérieure, elle se propose de sortir son pays de l’isolement par rapport à ses voisins d’Amérique latine et de la Caraïbe en renforçant les liens avec l’Unasur et la CELAC, et en renouant des relations normales avec le Venezuela. Elle devra aussi mettre en application le verdict rendu par la Cour internationale de justice de La Haye, qui a accordé au Pérou une zone maritime sous souveraineté chilienne, donnant partiellement raison à Lima dans un conflit territorial maritime hérité de la guerre du Pacifique au XIXe siècle. Après six années de procédures, la CIJ a confirmé la souveraineté chilienne sur une zone maritime proche des côtes, mais a redéfini la frontière maritime en faveur du Pérou pour la partie se trouvant entre 80 et 200 milles marins au large du continent sud-américain. La présidente devra également faire face à la revendication de la Bolivie de se voir restituer son accès à la mer à l’issue de cette même guerre.

Ce n’est un secret pour personne que les relations entre le Chili et ses voisins de la région se sont refroidies à la suite de la stratégie commerciale (qui revêtait un caractère néolibéral marqué) privilégiée par le président Piñera avec l’Alliance du Pacifique, conclue en 2011 entre le Chili, la Colombie, le Pérou et le Mexique

La nouvelle présidente devra faire preuve d’intelligence pour relever le défi de mettre en oeuvre les profondes réformes qu’elle a promises afin construire un pays différent et plus juste.
 

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina
/ Directeur éditorial: Gustavo Becerra Estorino
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano
© Copyright. 1996-2013.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page