Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

 

TEXTE seulement  

 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. 20 Mars 2014

« El País » et la Révolution bolivarienne au Venezuela

Salim Lamrani

DEPUIS le triomphe de la Révolution bolivarienne au Venezuela avec l’élection du Président Hugo Chavez en 1998 (jusqu’à 2013) et la victoire de son successeur Nicolas Maduro en 2013, El País, principal quotidien espagnol et leader d’opinion, a délaissé l’impartialité dans le traitement de la réalité de ce pays. Pis encore, le journal espagnol a abandonné le journalisme équilibré et nuancé au profit d’une critique systématique et à sens unique du pouvoir démocratiquement élu de Caracas.

Une démocratie ?


Grâce au projet de la Révolution bolivarienne du président Hugo Chavez, de 1999 à 2011 le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.

Dans une tribune du 9 mars 2014, El País expose son point de vue et déclare que « le Venezuela n’est plus un pays démocratique ». Peu importe qu’il y ait eu 19 consultations populaires depuis 1998 et que les chavistes aient remporté 18 de ces scrutins au cours d’élections reconnues comme irréprochables et transparentes par tous les organismes internationaux, de l’Organisation des États américains à l’Union européenne, en passant par le Centre Carter. Mieux encore, l’ancien président des États-Unis, Jimmy Carter, qualifie le système électoral vénézuélien comme étant le « meilleur au monde ».

La liberté de la presse

Le quotidien madrilène déplore « une asphyxie systématique de la liberté d’expression ». Là encore, l’affirmation résiste difficilement à l’analyse. Selon un rapport du ministère de la Communication et de l’Information de 2011, en 1998, il existait au Venezuela 587 radios et télévisions dont 92,5% privées et 7,5% publiques. Aujourd’hui, elles sont 938 dont 70% privées, 25% communautaires et 5% publiques. La Révolution bolivarienne a au contraire multiplié le nombre de médias télévisuels et radiophoniques et le paysage médiatique est toujours dominé par le secteur privé. Loin d’être étouffés, les médias privés ont ainsi augmenté de 28,7% en 12 ans.

La Révolution bolivarienne, un échec ?

Un an après la disparition d’Hugo Chavez, qui a succombé à un cancer foudroyant le 5 mars 2013, El País dresse un panorama assez sombre de la situation vénézuélienne, par le biais de son correspondant à… Miami : « Chavez a légué une opportunité perdue, une économie en faillite qui ne tient que par l’endettement et la spéculation ». Le quotidien ajoute que « durant la dernière décennie de son gouvernement, le revenu pétrolier du Venezuela a été sept fois plus important qu’en 1998 quand il a assumé le pouvoir ». Cependant, « l’inflation et les pénuries dont a souffert le pays de façon cyclique durant la dernière décennie ont atteint des pics alarmants parmi les secteurs les plus pauvres ».

À la lecture de ce bilan, on en conclut que la Révolution bolivarienne a été un échec. Mais en fait, El País occulte la réalité factuelle. D’abord, le quotidien madrilène omet de souligner que si le prix du pétrole a presque décuplé, c’est avant tout grâce à Hugo Chavez qui a réussi à réactiver une OPEP moribonde en limitant la production de pétrole et faisant passer le prix du baril de 16 dollars en 1998 à plus de 100 dollars aujourd’hui.

Ensuite, le journal évoque la situation des « secteurs les plus pauvres » sans fournir de chiffres et présente « l’inflation et la pénurie » comme des conséquences de la politique chaviste. En réalité, l’inflation a caractérisé l’économie vénézuélienne depuis au moins 70 ans et les statistiques disponibles sur la réalité sociale du pays apportent un démenti implacable au point de vue de El País.

En effet, de 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999. Le taux de malnutrition général est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim.

Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.

En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier. Durant la présidence de Chavez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.

Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2014 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation, qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999.

Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit d’un des salaires minimums en dollars les plus élevés d’Amérique latine. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum. Les femmes seules et les personnes handicapées reçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011.

Depuis 1998, près de 1,5 million de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011, et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités.

Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 300%. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 million de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 million de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires ont retrouvé la vue.

Loin de l’image apocalyptique présentée par El País, la Révolution bolivarienne a été une indéniable réussite sociale. Ainsi, selon le rapport annuel World Happiness de 2012, le Venezuela est le deuxième pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.

Le cas du journal El País illustre l’incapacité des médias occidentaux – dont la plupart sont entre les mains de conglomérats économiques et financiers – à représenter de manière impartiale et équilibrée la Révolution bolivarienne. Il est une raison à cela : le processus de transformation sociale initiée en 1999 a bouleversé l’ordre et les structures établis, a remis en cause le pouvoir des dominants et propose une alternative sociétale où – malgré tous ses défauts, ses imperfections et ses contradictions qu’il convient de ne pas minimiser – les puissances de l’argent ne règnent plus en maître, et où les ressources sont destinées à la majorité des citoyens et non à une minorité.
 

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina
/ Directeur éditorial: Gustavo Becerra Estorino
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano
© Copyright. 1996-2013.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page