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La Havane. 1er Octobre 2014

La construction d’un nouveau Nicaragua
• Interview de Jacinto Suarez, secrétaire des Relations internationales du Front sandiniste de libération nationale

Sergio Alejandro Gomez

LA vie de Jacinto Suarez est une carte de l’Histoire récente du Nicaragua. Né à Managua en 1947, il s’incorpora à la lutte du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) alors qu’il était adolescent. Capturé au cours d’une opération de guérilla urbaine en 1967, il fut torturé dans les prisons du dictateur Anastasio Somoza pendant plus de sept ans. À la fin de 1974, un commando guérillero occupa la maison d’un haut dirigeant de la dictature et négocia la libération de Jacinto Suarez et celle d’autres militants prisonniers, parmi lesquels se trouvait Daniel Ortega, qui deviendrait plus tard commandant et président du Nicaragua.

Entre autres actions contre la dictature, Suarez fut chargé des relations internationales du FSLN. Après la victoire révolutionnaire du 19 juillet 1979, il occupa plusieurs responsabilités au gouvernement et aux relations extérieures.

Député et président de la Commission des Relations internationales et de l’Intégration de l’Assemblée nationale, il occupe actuellement le poste de secrétaire des Relations internationales du FSLN.

Du fait de son expérience, Suarez est un témoin exceptionnel de l’évolution politique de son pays, mais aussi des événements qui ont marqué l’Histoire de l’Amérique latine et du monde au cours de ces cinquante dernières années.

Jacinto Suaez a accordé une interview à Granma à l’occasion d’une visite officielle dans notre pays afin de renforcer les relations entre les deux pays. Cuba est un pays qu’il connait bien et dont il parle avec une affection particulière.

Son voyage se déroule à un moment clef pour le Nicaragua, dont le développement avance à pas de géant après avoir dépassé les ravages causés par la guerre et la débâcle néolibérale.

LA PREMIÈRE VAGUE RÉVOLUTIONNAIRE

Suarez se souvient du scénario que les sandinistes trouvèrent après avoir renversé Somoza et installé un gouvernement révolutionnaire à Managua. « Nous avons hérité d’un pouvoir, sans le moindre centime. Un pays détruit, dévasté par la guerre, avec toute une série de séquelles sociales, notamment un grand nombre d’orphelins. »

L’étape de reconstruction nationale venait juste de démarrer que le Nicaragua dut faire face aux agressions de l’administration du président nord-américain Ronald Reagan : une guerre sale menée par les bandes mercenaires des Contra, financée par des fonds illégaux, y compris issus du trafic de drogue. Pour le Nicaragua, cette guerre se solda par une destruction à grande échelle, avec des ponts, des écoles, des hôpitaux et autres infrastructures totalement dévastés.

« En 1984, le Nicaragua porta plainte contre les États-Unis devant la Cour internationale de justice pour agression et demanda une indemnisation. Le montant des dommages fut évalué à 17 milliards de dollars et il faut rappeler que l’agression s’est poursuivie. »

Cependant, Suarez signale que malgré la guerre, de profondes transformations sociales se sont produites. L’une des plus importantes fut la redistribution de la terre. « Au Nicaragua, du fait de la Révolution, les valeurs se sont inversées. Auparavant le latifundium prédominait et la petite propriété était minoritaire. Aujourd’hui, c’est l’inverse. »

L’usure de deux guerres, l’agression nord-américaine permanente, entre autres facteurs, explique la défaite électorale de 1990 face à une candidate de l’oligarchie traditionnelle. « De nombreux secteurs décidèrent d’abandonner les files du sandinisme, en s’imaginant que l’arrivée d’un gouvernement favorable aux États-Unis apporterait une étape de progrès et que les dollars allaient pleuvoir. »

UNE SECONDE ÉTAPE

Aux élections de 2006, le FSLN, dirigé par le gouvernement Daniel Ortega, obtint une victoire décisive qui ouvrit un nouveau chapitre pour le pays. « Nous parlons d’une nouvelle étape de la Révolution, car ses bases sont les mêmes que celles du processus démarré en 1979. Cela est de la plus haute importance, aussi bien pour le projet sandiniste que pour le Nicaragua en tant que nation. 

« Le néolibéralisme est un phénomène qui renverse le système productif d’un pays. Les producteurs agricoles et les autres secteurs, qui ont été frappés, ont vu dans le sandinisme une alternative de reconstruction ; ils ont vu en nous une force solide avec un leadership clair et ils se sont joints à ce grand projet.

« Si quelque chose nous unit tous, c’est bien la reconstruction du pays et son développement pacifique. »

Le dirigeant nicaraguayen affirme qu’une des garanties pour l’avenir, c’est la force des institutions, comme la police et l’armée du Nicaragua, qui ont supporté 16 ans de néolibéralisme, en préservant leurs valeurs.

Ceci explique les niveaux de sécurité citoyenne dans le pays, enclavé dans unes des régions les plus violentes du monde. « Notre pays jouit d’une sécurité citoyenne qui favorise les investissements. Nous estimons que la police, c’est la communauté et la communauté, c’est la police. C’est la même chose qu’à Cuba. D’ailleurs, la Police nationale révolutionnaire cubaine a aidé à la formation de notre police. »

Dans le succès de cette nouvelle étape de la Nation, Suarez souligne l’importance du leadership du commandant Daniel Ortega et sa définition idéologique du sandinisme.

« Daniel a dirigé aussi bien les luttes sociales que le maintien d’une force véritablement révolutionnaire. Ces éléments lui apportent la force et le leadership dont il dispose aujourd’hui. Il a également la capacité de comprendre les phénomènes et de mettre en place la concertation avec d’autres secteurs de la population. »

La physionomie du pays, ajoute-t-il, a changé radicalement grâce aux différents programmes sociaux qui sont en application depuis 2007, dans des domaines comme la santé, l’éducation et le pouvoir populaire.

À ce sujet, il souligne le rôle des initiatives dans le cadre de l’ALBA, fruit du génie de Fidel Castro et d’Hugo Chavez, qui à travers Petrocaribe ont transformé la dette pétrolière en levier pour le développement de l’économie des peuples.

Concernant la relation historique de Fidel avec le Nicaragua, Jacinto Suarez se souvient d’une anecdote précise. « Fidel arrive au Nicaragua en 1980. Ceux qui ont vécu cette visite gardent le souvenir inoubliable d’une place pleine de gens, que la présence de Fidel rendit silencieux. Un silence de considération et de respect. »

Il se souvient que ses premières paroles furent que Zomoza avait demandé aux mercenaires de Giron de lui rapporter un poil de la barbe de Fidel. « Ils ne lui ont pas rapporté de poil: je suis là, tout entier, avec vous », a affirmé Fidel, ce qui provoqua une exclamation unanime.

L’AVENIR DU NICARAGUA

Les Nicaraguayens ont en point de mire un projet qui pourrait donner un énorme coup d’accélérateur à leur développement : la construction d’un canal interocéanique.

« Sa mise en route signifierait le paiement de la dette sociale des Nicaraguayens. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce point ; certains associent le canal avec la vente de notre souveraineté. Il faut lire la loi pour se rendre compte que c’est faux.

Le Nicaragua conserve la souveraineté sur cette zone. Il concède des tarifs, des garanties économiques et les lois protègent les investissements, car sinon, personne n’investirait. »

Le Canal aura un impact sur le Nicaragua, mais aussi sur tout le commerce régional et mondial, avec les évidentes retombées sociales et politiques. « La droite locale a conscience que si le Front sandiniste et le gouvernement de Daniel Ortega réussit un projet de cette envergure qui lui permettra de résoudre tous les problèmes, elle meurt… »

« Il est clair que tout ceci est orchestré par certains secteurs de la droite internationale et par des intérêts financiers d’autres groupes qui voudraient que ce canal soit « made in USA ». Nous, nous construisons un canal multinational, comme le rêvait notre héros national Sandino : un canal latinoaméricain…

« Si nous pouvions le faire avec l’Amérique latine, nous le ferions, mais nous le construisons avec la concession d’une entreprise chinoise à laquelle participent des entreprises et des gouvernements de plusieurs pays, car c’est un très grand projet. Le projet est désormais en place et les premiers travaux commenceront à la fin de cette année.

Le canal n’est pas un rêve. Il va changer la configuration du pays. Notre défi, c’est qu’il soit bien géré. Autre question : préserver la vocation productive du pays afin de ne pas dépendre seulement de ce canal. » « Nous avons encore une énorme dette accumulée dans la société à cause du sous-développement et de la guerre », explique-t-il. « Nous aurions besoin d’une croissance soutenue d’un minimum de 9% au moins pendant 10 ans pour rembourser la dette sociale. »

UN CHANGEMENT D’ÉPOQUE

L’actuel secrétaire des Relations internationales du FSLN a un longue trajectoire diplomatique; il a été l’un des artisans des avancées des forces progressistes de la région.

« Ici, il y avait une vieille discussion, à savoir si nous assistions à une ère de changements ou à un changement d’époque. Je pencherais pour la seconde.

Des processus sont en cours en Amérique latine, lesquels dans de nombreux cas seront irréversibles, dans la mesure où, de façon stratégique, nous saurons les consolider. C’est un moment où l’impérialisme n’est ni mort ni fragilisé, mais un espace s’est ouvert dans lequel nous pouvons avancer.

« L’habileté consiste à avancer au maximum pour parvenir à une consolidation stratégique, ce qui est précisément ce que nous sommes en train de faire. »

Le leader sandiniste considère qu’il est nécessaire de créer de nouvelles valeurs chez l’être humain qui feront en sorte que le socialisme soit une réalité. Et de conclure : « Mais d’abord, nous devons obtenir la stabilité, la richesse et la paix, sinon quel socialisme va-t-on construire ? »

 

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