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La Havane. 19 Juin 2014

Chili : rejet du projet HidroAysén prévu en Patagonie

Marianela Jarroud

LE gouvernement chilien a rejeté mardi 10 juin un projet hydroélectrique très controversé, qui aurait consisté en cinq barrages dans la région Aysén (en Patagonie, sud du pays), en raison de son impact sur l’environnement.

Le gouvernement de la présidente Michelle Bachelet a rejeté le projet géant controversé d'HidroAysén : cinq barrages hydroélectriques en Patagonie chilienne.

« C’est un jour historique ! », s’est exclamé le coordinateur de la campagne Pour une Patagonie sans barrages à la nouvelle de cette décision. « Je suis ému de constater que les citoyens – car c’est une victoire des citoyens – sont parvenus à persuader un gouvernement à agir correctement face à ce mégaprojet », a-t-il ajouté.

En gestation depuis sept ans, le projet était fortement contesté par les groupes écologistes qui craignaient qu’il ne défigure l’un des derniers paysages vierges de la planète, une région de forêts, de lacs et de glaciers.

La décision a été adoptée après trois mois de discussions au sein du Comité ministériel du gouvernement de la socialiste Michelle Bachelet.

Composé des ministres de l’Environnement, de l’Énergie, de l’Agriculture, des Mines, de l’Économie et de la Santé, le Comité a approuvé à l’unanimité les 35 objections présentées contre le projet, dont 34 ont été introduites par les communautés et les opposants à cette initiative.

L'équipe de la campagne « Pour une Patagonie sans barrages » laisse éclater sa joie à l'annonce de la décision du Comité ministériel de rejeter le projet de HidroAysén.

Après six ans de bataille juridique, les habitants de la Patagonie chilienne sont descendus dans les rues pour fêter cette victoire.

« Le Comité ministériel a décidé d’accepter les réclamations présentées par la communauté et de laisser sans effet la résolution de qualification environnementale du projet. Le projet hydroélectrique HidroAysen a été rejeté », a déclaré le ministre de l’Environnement Pablo Badenier.

Formé par la compagnie chilienne Colbun (49% du capital) et l’espagnole Endesa (51%) – contrôlée par l’italienne Enel –, le consortium dispose à présent de 30 jours pour faire appel de la décision du gouvernement devant le tribunal de Valdivia, dans le sud du pays.

La présidente Michelle Bachelet, qui ne trouvait l’initiative ni « viable ni bien pensée », a tenu sa promesse de campagne sur ce sujet.

Au mois de mai, en annonçant son agenda public, la présidente s’était engagée dans la promotion des énergies renouvelables non conventionnelles et du gaz naturel, en opposition au programme de son prédécesseur Sebastian Piñera (2010-2014), qui misait sur l’hydroélectricité.

Présenté en août 2007, le projet du complexe HydroAysén prévoyait la construction de cinq grandes centrales hydroélectriques sur les fleuves Baker et Pascua dans la région d’Aysén, en Patagonie. L’année suivante, 32 des 34 services publics ont été invités à se prononcer sur la question et ont rejeté le projet.

Située à environ 1 600 kilomètres de la capitale Santiago, la zone australe d’Aysén, qui devait accueillir l’ouvrage, est considérée par les groupes écologistes comme un patrimoine naturel de l’Humanité pour sa vaste diversité et comme une des plus grandes réserves d’eau douce de la planète.

Pour la construction des barrages, le projet prévoyait d’inonder 5 900 hectares et était destiné à produire 2.750 mégawatts pour augmenter de 20% la capacité électrique du Chili (14 000 Mw).

Ce pays possède une capacité installée de 17 000 Mw : 74% en provenance du réseau de transmission du système central d’interconnexion Norte Grande (SING), et le reste des réseaux moyens des régions australes d’Aysén et Magallanes.

Le projet comportait également une ligne de transmission de 1 912 kilomètres, la plus longue du monde, qui devait traverser neuf des quinze régions du Chili et 66 communes.


Les communautés de la Patagonie chilienne se sont fortement opposées à la construction des centrales hydroélectriques sur leur territoire.

Le ministre de l’Énergie Maximo Pacheco a signalé que le projet HidroAysén présentait des problèmes importants dans son exécution, car il n’avait pas suffisamment pris en compte les besoins des personnes vivant dans cette région.

Il a souligné qu’en sa qualité de ministre de l’Énergie, « il avait voté en toute tranquillité ».

« La décision qui a été prise ne compromet en rien la politique énergétique que nous avons conçue dans l’Agenda de l’énergie, car elle se limite spécifiquement à ce projet », a-t-il précisé.

Pour l’environnementaliste Juan Pablo Orrego, le rejet de la construction de HidroAysén marque « la fin de l’ère des mégaprojets énergétiques, thermoélectriques et hydroélectriques, une ère terminée depuis longtemps dans les pays développés ».

Le Chili importe 97% de ses besoins en combustible, et sa matrice énergétique se compose de 40% d’hydroélectricité et le reste de combustibles fossiles et polluants en provenance des centrales thermoélectriques.

La pénurie de sources énergétiques a situé le coût de production d’un mégawatt heure parmi les plus chers d’Amérique latine, plus de 160 dollars, alors que ce même mégawatt heure coûte 55 dollars au Pérou, 40 en Colombie et 10 en Argentine.

Rodrigo Castillo, directeur exécutif de l’Association syndicale des entreprises électriques, a affirmé que cette décision « concerne un projet en particulier et n’entraînera pas l’impossibilité future d’exploiter les ressources hydriques du sud du Chili ».

René Muga, de l’entreprise Generadores de Chile, a indiqué quant à lui que HidroAysén représente 40% de l’énergie dont le pays a besoin dans les dix prochaines années, ce qui équivaut, selon les données, à la production de sept ou huit centrales à charbon. « Nous avons vraiment besoin de cette énergie ».

Par ailleurs, Juan Pablo Orrego a affirmé que la décision du gouvernement de Bachelet pourrait avoir pour elle « des conséquences politiques très importantes ».

« C’est un geste courageux », a-t-il dit, mais « inspiré par la citoyenneté, il n’en fait aucun doute ».

Il a rappelé que « ce sont beaucoup d’années de lutte qui aboutissent à cette victoire éclatante des citoyens ».

La campagne Patagonie sans barrages, lancée par un groupe d’organisations écologistes et de citoyens, dirigée par Orrego, et par Sara Larrain, directrice de l’Association de défense de l’environnement Chili durable, était parvenue à mobiliser la totalité du pays contre le projet HidroAysén.

D’après les sondages, 75% des Chiliens interviewés s’opposent au Projet, et au début de 2011, plus de 100 000 personnes ont marché contre HidroAysén, une mobilisation à laquelle ont adhéré d’autres courants comme le mouvement étudiant, qui en a profité pour y ajouter ses propres revendications.

Orrego, écologiste et lauréat du prix de la Right Livehood Awards Foundation 1998, a remercié le Chili, car « cette campagne a été menée par l’ensemble du pays ».

Patricio Segura, de la Coalition citoyenne Aysén Réserve de vie, a signalé que la décision du gouvernement « est correcte en termes de durabilité et pour construire la matrice énergétique que nous méritons en tant que pays ».

« Nous caressions l’espoir de voir honoré l’engagement politique de la présidente Michelle Bachelet, mais aussi qu’elle assume le devoir d’écarter un projet irrégulier qui a avancé à coup de lobbying et de pressions », a-t-il dit.

Il a reconnu que le projet a créé une polarisation impressionnante dans la région d’Aysén, soulignant que cette décision jette les bases pour qu’à Aysén « nous nous asseyons pour discuter de ce qui est vraiment le plus important pour la région : qu’Aysén doit rester une Réserve de vie ».

« À présent, il nous faut discuter de la création d’une matrice énergétique souveraine et durable pour la région d’Aysén, y compris des ressources hydriques et de l’énergie éolique, forts abondantes dans notre région », a-t-il conclu.
 

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