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 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. 17 Octobre 2014

ÉLECTIONS EN BOLIVIE
Pourquoi Evo Morales a-t-il gagné ?

Atilio A. Boron

LA victoire écrasante d’Evo Morales a une explication très simple : il a gagné parce que son gouvernement a été sans conteste le meilleur gouvernement de l’histoire convulsée de la Bolivie. « Mieux » parce qu’il a transformé en réalité la grande promesse, tant de fois bafouée, de toute démocratie : assurer le bien-être matériel et spirituel des grandes minorités, de cette grande masse du peuple opprimée, exploitée et humiliée pendant des siècles. On n’exagère pas en affirmant que la personnalité d’Evo Morales a marqué un point d’inflexion dans l’histoire bolivienne, qu’il y a eu une Bolivie avant son gouvernement, et une autre, différente, meilleure, à son arrivée au Palacio Quemado. Cette nouvelle Bolivie, cristallisée dans l’État plurinational, a définitivement enterré l’autre, coloniale, raciste, élitiste, que rien ni personne ne pourra ressusciter.

Une erreur fréquente consiste à attribuer cette véritable prouesse historique à l’ « aubaine économique » pour la Bolivie à partir des « vents arrière » de l’économie mondiale, et à ignorer que peu après l’avènement d’Evo au gouvernement le monde a été plongé dans un cycle de récession dont il n’est pas encore sorti.

Il ne fait aucun doute que son gouvernement a su faire preuve d’une gestion habile de la politique économique mais, ce qui à nos yeux est tout à fait essentiel pour expliquer son leadership extraordinaire, c’est qu’Evo Morales a déclenché une véritable révolution politique et sociale, dont le signe le plus évident est l’instauration, pour la première fois dans l’Histoire de la Bolivie, d’un gouvernement des mouvements sociaux.

Le MAS (Mouvement vers le socialisme) n’est pas un parti dans le sens stricte du terme, mais une grande coalition d’organisations populaires diverses, qui tout au long de ces années s’est développée jusqu’à rallier des secteurs de classes moyennes qui, par le passé, avaient été des opposants farouches du dirigeant « cocalero ».

Il n’est donc pas surprenant que le processus révolutionnaire bolivien (rappelons que la révolution, ce n’est pas un acte, mais un processus) a soulevé de nombreuses contradictions qu’Alvaro Garcia Linera, le compagnon de formule d’Evo, a interprété comme des tensions créatives inhérentes à toute révolution.

Aucune n’est exempte de contradictions, comme tout ce qui vit ; mais ce qui distingue la gestion d’Evo Morales, c’est qu’il a su les résoudre correctement, en renforçant le mouvement populaire et en réaffirmant sa force au niveau de l’État. Un président qui, par exemple, a su reconnaître son erreur et faire marche arrière en 2010 lors de la crise du « gasolinazo » (augmentation du prix des carburants) pour répondre aux revendications des organisations populaires. Cette rare sensibilité et cette capacité à écouter la voix du peuple, et à agir en conséquence, expliquent qu’Evo ait pu transformer sa majorité électorale en hégémonie politique pour constituer un nouveau bloc historique et construire des alliances de plus en plus vastes, mais toujours sous la direction du peuple organisé au sein des mouvements sociaux.

Il est évident que son habileté politique ou la fascination exercée par un récit sur l’épopée des peuples originaires à elle seule n’aurait pas suffi à justifier ces actions. Sans un ancrage dans la vie matérielle, tout cet effort se serait envolé sans laisser de trace. Mais il a été accompagné d’importantes avancées économiques qui ont créé les conditions nécessaires à la construction d’une hégémonie politique qui a permis sa victoire écrasante. De 2005 à 2013, le PIB est passé de 9,525 à 30,382 milliards de dollars, et le PIB par habitant de 1,010 à 2,757 dollars pendant cette même période. La clé de cette croissance – et de cette distribution ! – sans précédent dans l’histoire de la Bolivie, réside dans la nationalisation des hydrocarbures. Si par le passé 82% des bénéfices liés au pétrole et au gaz allaient dans les poches des transnationales, alors que l’État ne recevait que 18% de cette manne, cette tendance s’est inversée avec Evo Morales, qui a redonné à l’État bolivien un rôle majeur dans la refonte de l’économie bolivienne. Il n’est donc pas étonnant qu’un pays qui connaissait des déficits chroniques des comptes fiscaux ait augmenté ses réserves internationales à 14,430 milliards de dollars à la fin de 2013, contre 1,714 milliard en 2005.

Pour bien saisir l’importance de ce chiffre, il suffit de dire que cette somme équivaut à 47% du PIB, de loin le pourcentage le plus élevé d’Amérique latine. Ajoutons à ceci que de 2005 à 2013, l’extrême pauvreté a reculé de 39% à 18%, et que le gouvernement se propose d’éradiquer ce fléau d'ici 2025.

Evo Morales sera au Palacio Quemado jusqu’en 2020, moment où son projet de refonte aura atteint le point de non retour. Reste à voir s’il retiendra la majorité des deux tiers au Congrès, ce qui permettrait de procéder à une réforme constitutionnelle ouvrant la voie à une réélection indéfinie. Au grand dam de certains qui ne manqueraient pas de crier au scandale et d’accuser le président de dictateur voulant se perpétuer au pouvoir. Des voix hypocrites et faussement démocratiques qui n’ont jamais montré la moindre inquiétude devant les 16 ans de gestion d’Helmut Kohl, ou les 14 ans du lobbyiste des transnationales espagnoles Felipe Gonzalez. Ce qui en Europe est une vertu, est considéré, dans le cas de la Bolivie, comme un vice intolérable qui traduit l’essence prétendument despotique du projet du MAS. Rien de nouveau : il y a une morale pour les Européens, et une autre morale pour les Indiens. C’est bien simple. (Tiré de l’Agence latino-américaine d’information).
 

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