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La Havane. 16 Octobre 2014

Mexique: Zones d’ombre et de lumière dans le massacre de Guerrero
• 43 étudiants portés disparus. Un charnier de 28 corps non identifiés.
Une trentaine de personnes arrêtées, dont 22 policiers

MALGRÉ les nombreuses voix qui se sont élevées pour réclamer que la lumière soit faite sur le sort des 43 jeunes de l’École normale rurale d’Ayotzinapa, disparus depuis le 26 septembre dernier, aucune réponse concrète n’a été donnée jusqu’à présent. Environ 1 800 personnes, membres des corps de police et volontaires, prennent part aux recherches. Le pays est sous le choc et les enquêtes se poursuivent, ou du moins c’est ce qu’a affirmé le procureur de Guerrero, Iñaki Blanco lors d’une conférence de presse au port d’Acapulco.

Le samedi 4 octobre; 6 fosses communes contenant des restes de 28 corps non identifiés ont été découvertes au cours d’une opération dirigée par la Marine et l’Armée, ainsi que le procureur et la police fédérale. La zone a été fermée, l’accès étant réservé aux spécialistes de l’Institut médico-légal (Semofo) et à la police.

Les habitants de la colonie Las Parotas – non loin de l’endroit où ont les fosses clandestines ont été retrouvées – ne sont pas surpris de cette situation, eux qui affirment voir « circuler constamment des véhicules sentant la charogne, remplis de corps qu’ils vont jeter dans le ravin du Cerro ». Guerrero est un État où les taux d’assassinats liés aux exécutions politiques et au crime organisé sont très élevés. Récemment, deux professeurs d’éducation spéciale ont été tués à la sortie d’un hôpital de l’ISSSTE d’Acapulco, sans que l’on puisse en déterminer les raisons, et aucune enquête n’a été engagée.

Si dans cette zone d’Iguala – contrôlée par le cartel local Guerreros Unidos (GU) –, il n’est pas rare de parler de fosses, surtout sur le trajet allant de cette ville et celle de Mezcala, dans la commune de Eduardo Neri (située à une quarantaine de minutes et théâtre d’affrontement entre les bandes criminelles rivales GU et Los Rojos), les habitants sont habitués à voir des individus descendre de camionnettes pour jeter des corps dans le ravin.

À l’entrée de Mezcala, les membres de l’Armée étaient postés près des arrêts d’autobus et à l’entrée de commerces, et procédaient à l’arrestation de toutes les personnes tentant d’entrer dans la ville. La guerre entre les groupes du crime organisé a apporté son lot de traumatismes, de pertes et de souffrances dans les communautés de l’État de Guerrero.

Selon les déclarations du procureur général, l’ordre d’exécuter les étudiants aurait été donné par l’un des chefs des Guerreros unidos, et les aveux d’une trentaine de détenus, dont 22 policiers à la solde du cartel, auraient conduit les autorités fédérales vers les fosses où étaient enterrés les corps.

Le procureur n’a pas fourni davantage d’informations sur ce qui est considéré comme un secret de Polichinelle : la collusion entre les autorités et le crime organisé. « Les recherches pour retrouver le maire d’Iguala, José Luis Abarca, en fuite, ainsi que sa femme et le chef des forces de sécurité locale, Felipe Flores, sont désormais officiellement en cours », a ajouté le procureur.

Les recoupements d’informations effectués jusqu’ici ne permettent pas encore d’établir les causes précises du massacre. Les soupçons sur la responsabilité de ces disparitions, une affaire qui provoque l’indignation au Mexique, se portent sur le maire, José Luis Abarca. La famille de sa femme, très impliquée dans l’action politique auprès de son mari, avait des liens étroits avec le cartel des Guerreros Unidos. Ce n’est pas une nouveauté au Mexique que les maires fassent partie des structures des organisations criminelles. Les pouvoirs publics sont gangrenés par les narcotrafiquants. 

Rappelons l’attitude ambiguë des autorités face au cartel de narcotrafiquants des Chevaliers templiers, dans le Michoacan, qui se livre impunément depuis des années à des activités criminelles sans que les successives opérations fédérales n’y changent rien, et il a étendu ses opérations.

Il reste encore beaucoup à enquêter. Ce que l’on sait pour l’instant, c’est que les autorités judiciaires ont confirmé que des caméras de surveillance ont filmé des voitures de police emportant des civils, plus de 20 étudiants, d’après les témoignages et les renseignements consignés dans le dossier du Procureur général de la République. Les jeunes auraient été conduits dans des véhicules officiels vers un ministère public quelconque, et ensuite dans des camionnettes de la police vers le lieu d’exécution. Jusqu’à présent, deux membres présumés d’un gang criminel ont avoué avoir tué 17 d’entre eux.

Il reste encore à faire la lumière sur le degré d’implication du maire d’Iguala et le GU et les policiers à sa solde, sur la personne ayant donné l’ordre d’exécution, ainsi que sur le sort des étudiants disparus. L’on ignore si les motivations ayant entraîné ce massacre sont d’ordre politique ou s’il s’agit d’un message adressé au groupe criminel rival Los Rojos, s’il s’agit d’un règlement de compte entre deux factions politique se disputant le pouvoir de l’État, à savoir le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et le Parti de la Révolution démocratique (PRD), ou bien d’un affrontement entre la famille Figueroa et le bloc de Angel Aguirre.

Quoi qu’il en soit, 28 corps ont été découverts dans les fosses, et les analyses ADN viendront dire si certains des étudiants disparus en font partie.

Entre-temps, des dizaines de milliers de Mexicains continuent de manifester pour exiger des autorités qu’elles rendent les étudiants disparus en vie , et de se solidariser avec leurs familles.

Quant aux étudiants de l’École normale rurale de Ayotzinapa, ils demandent la démission du gouverneur du Guerrero. Ils ont bloqué de manière intermittente mais constante l’autoroute del Sol à l’endroit connu comme Parador Marqués, ainsi qu’au point de Palo Blanco. Les jeunes et leurs familles entendent poursuivre leurs actions pour faire pression sur les autorités et pour que toute la lumière soit faite sur ces disparitions et punir les responsables de ces atrocités. (Tiré de Otramerica.com)

 

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