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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 6 Novembre 2014

Le désastre des politiques d’austérité

Vicenç Navarro

IL était évident que les politiques d’austérité encouragées par la Troïka – le Fonds monétaire international (FMI), la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) –, ainsi que par le Conseil européen présidé par le gouvernement allemand, seraient une catastrophe pour la majorité des pays regroupés dans la Zone euro.

Plusieurs économistes et experts en politiques publiques l’avaient prévu et publié.

Nous avions également présagé que les crises économiques et financières, causées en partie par ces politiques d’austérité seraient extrêmement impopulaires et créeraient un grave problème de légitimité, aussi bien pour les institutions européennes responsables de la gouvernance de l’Union européenne et de l’Eurozone que pour les gouvernements de leurs pays membres. Tel a été le cas.

Ce qui est d’autant plus caractéristique, c’est que ces politiques n’ont pas atteint leurs objectifs, à savoir la baisse de la dette publique des pays membres.

La grande majorité de ces pays ont vu augmenter leur dette et diminuer leur croissance économique. En réalité, pour la grande partie d’entre eux, la croissance a été négative. La Grèce, l’Espagne et l’Italie, pays où les politiques d’austérité appliquées ont été particulièrement sévères, ont vu depuis 2008 une chute sans précédent de leur croissance.

Il s’est produit la même chose avec les déficits publics de ces États. Dans les cinq plus grands pays de l’Europe des Quinze (UE-15) le déficit public a augmenté considérablement depuis le début de la crise financière en 2007.

Cette situation est due, comme l’a signalé John Weeks et plusieurs autres spécialistes, à deux causes. L’une d’entre elles est la réduction des recettes de l’État, résultat de la baisse de l’activité économique, conséquence des politiques d’austérité (qui ont notamment touché l’emploi, dans l’objectif de baisser les salaires et de réduire des dépenses publiques).

Une autre cause de ces déficits élevés vient de l’énorme dépense publique employée pour sauver les banques et le secteur financier.

L’Espagne en est un exemple parfait. Les comptes de l’État espagnol sont passés – du fait des politiques d’austérité et du plan de sauvetage bancaire – de 2 % d’excédent à 11 % de déficit en 2009.

La situation a été encore pire pour la dette publique. Ces cinq pays aux économies les plus fortes de l’UE-15 (Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie et Espagne) ont connu une augmentation de leur dette publique, de sorte qu’en 2013, celle-ci était beaucoup plus importante qu’en 2007.

LE GRAND ÉCHEC

Tous ces indicateurs démontrent clairement que le déficit et la dette publique d’un pays ne se résolvent pas en appliquant des politiques d’austérité. Ces politiques réduisent la demande de biens et de services et provoquent une baisse de la croissance économique. Cette dernière génère moins de recettes pour l’État, tout en augmentant le déficit et la dette publique. Il s’installe alors un cercle vicieux qui provoque la paralysie dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

Nous avions prévu cela en 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, et ainsi jusqu’à aujourd’hui. Les données sont accablantes, consistantes et convaincantes, mais les néolibéraux y sont insensibles. Leur idéologie se nourrit de croyance et non de preuve. Et cela continue....

J’achève cet article alors que j’en lis d’autres dans les quotidiens les plus diffusés dans le pays, écrits par des économistes, y compris par des professeurs des plus prestigieuses universités d’Espagne, qui bénéficient d’une grande visibilité médiatique, et qui continuent encore aujourd’hui, malgré l’énorme échec de telles politiques, de s’opposer à l’augmentation de la dépense publique, et cela dans un pays comme l’Espagne, qui affiche l’une des dépenses publiques par habitant (y compris le social) les plus basses de l’UE-15. Je trouve cela honteux. (Other News)
 

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