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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 5 Février 2014

CONFLIT SYRIEN
Le difficile chemin de Genève 2

David Meseguer

ENTRECOUPÉE de nombreuses suspensions et marquée par l’absence d’acteurs importants du conflit, la conférence de paix en Syrie dite « Genève-2 » s’est retrouvée très affaiblie et offre peu d’espoir de trouver une solution au conflit qui dure depuis près de trois ans dans ce pays. Nous exposons ci-dessous certains des facteurs qui pourraient concourir à l’échec de cette initiative :

Division de l’opposition : La Coalition nationale syrienne (CNS) est un amalgame de groupes aux intérêts et aux parrains étrangers différents. Des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie tentent d’imposer leur position conformément à leur agenda régional. La récente marche du Conseil national syrien n’a fait que fragiliser encore plus la Coalition, de même que les rangs pro-qataris. La CNS reste ferme sur un point : elle se refuse de voir Bachar-el Assad jouer un rôle quelconque dans la phase transitoire. Les positions des deux camps semblent irréconciliables sur ce qui constitue le principal obstacle.

Contrôle des zones sur le terrain : Alors que le gouvernement a sous son contrôle de vastes portions de territoire, l’Armée libre syrienne, bras armé de la CNS, s’est fragmentée et a perdu des territoires au profit du Front islamique Al-Nosra, et de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le Front islamique, fusion de sept groupes armés islamistes, qui comprend 45 000 hommes, n’est pas représenté à la CNS. Le Front Al-Nosra et l’EIIL, tous deux liés à Al-Qaïda, contrôlent de vastes zones du nord du pays. En conséquence, même si cela semble improbable, en cas de négociations sur des territoires, le CNS n’a rien à négocier, les zones sous son contrôle étant insignifiantes.

Absence de la principale faction kurde : En relation avec le point précédent, le Parti de l’union démocratique (PYD, la branche syrienne du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan), contrôle de larges secteurs du nord du pays et n’a pas été invité à la conférence de paix. Depuis le Kurdistan syrien, dont la population est estimée à près de 3 millions de Kurdes – 10% de la population syrienne –, le PYD a averti qu’ « on ne saurait concevoir de solution au conflit syrien tant que le problème des kurdes de Syrie ne serait pas réglé ». Le fait que les Nations unies aient invité toutes les parties exceptés les Kurdes suscitera certainement une réponse énergique de la principale formation politique kurde : la ville kurde syrienne de Qamishlo a annoncé une déclaration unilatérale d’autonomie.

Absence de l’Iran : L’ONU a finalement retiré son invitation à Téhéran face aux pressions de l’opposition syrienne. Une grave erreur, l’Iran étant le principal allié de la Syrie et du Hezbollah, et ayant pris une part active dans le conflit. Cette guerre fratricide oppose les sunnites, soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, et les chiites, qui veulent s’assurer l’hégémonie au Moyen Orient. La permanence de Bachar el-Assad au gouvernement de Damas est essentielle pour la survie de l’axe Téhéran-Bagdad (gouvernement d’Al-Maliki)-Damas-Hezbollah (Liban).

L’intérêt de la poursuite de la guerre : Trois ans et 150 000 morts. Et le tunnel syrien risque malheureusement de se prolonger. N’oublions pas que l’issue de la guerre ne dépend pas des Syriens, mais de la communauté internationale et des acteurs régionaux impliqués. Par delà les ventes d’armes et les affaires dérivées du conflit, plusieurs États souhaitent voir le conflit se prolonger afin de maintenir leurs ennemis sur le banc de touche. Les États-Unis, Israël et l’Union européenne observent le Hezbollah combattre les Islamistes et Al-Qaïda, et ces derniers s’entredéchirer. Quant à la Turquie, les combats en Syrie entre les milices kurdes et les djihadistes ne sont pas pour lui déplaire. Israël se frotte les mains en voyant qu’après l’Iran, ses autres ennemis régionaux sont sur le point d’être écartés. Entre-temps, les près de 6 millions de Syriens déplacés ou réfugiés continuent de subir les conséquences dramatiques de la realpolitik.

Bachar el-Assad, un moindre mal : L’Occident a appuyé le coup d’État en Égypte, ainsi que la chute des Frères musulmans. Par conséquent, cela n’aurait aucun sens de soutenir activement l’opposition armée syrienne, au sein de laquelle les Frères musulmans jouent un rôle important. Après la montée de groupes djihadistes comme le Front Al-Nosra et l’État islamique en Irak et au Levant, Bachar el-Assad apparaît comme le garant de la lutte contre le terrorisme islamiste. Les récents contacts entre Damas et les services secrets de plusieurs pays occidentaux confirment le pari de l’Occident sur le raïs. (Fragments tirés de Gara).
 

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