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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 31 Octobre 2014

LE BAREFOOT COLLEGE
Inde : un temple de respect
pour le monde

Oscar Sanchez Serra

TILONIA, en plein milieu du désert du Thar, dans le Rajasthan, à environ sept heures de Delhi, la capitale de l’Inde, est le siège d’un projet qui, au cours des 42 dernières années, s’est distingué par son amour pour l’Humanité, le Barefoot College – littéralement le collège aux pieds nus –, un havre de paix et un temple de respect pour ce monde de plus en plus menacé par l’espèce humaine.

Dans ce lieu, sous les idéaux de Gandhi, sont pris en charge, éduqués et soutenues des personnes aux maigres ressources pour leur apprendre à créer un mode de vie durable dans leurs villages et leurs communautés.

Parmi les objectifs de l’établissement figure l’apport de moyens d’existence stables et l’autonomisation de la femme, mère et grand-mère, pilier de la famille et de la société.

« Un vieux proverbe oriental dit qu’éduquer un petit garçon, c’est former un homme. Mais éduquer une petite fille c’est former tout un village », a déclaré à Granma international Rodrigo Paris, représentant du Barefoot College pour l’Amérique latine et la Caraïbe.

Comment cette idée est-elle née ?

L’institution fut fondée en 1972 par un militant social et éducateur du nom de Bunker Roy, dans le souci de promouvoir les valeurs et les idéaux de Gandhi. Il reçut une bonne éducation au sein de sa famille, et au lieu de suivre les pas de ses aînés, de trouver un emploi pour gagner de l’argent, il décida de miser sur le travail social au service des personnes aux moindres revenus. Il a créé une école, où il vit et travaille pour venir en aide à ces gens.

Pourquoi des femmes de plus de 35 ans ?

Elles sont le centre de la famille et de la communauté. Plus de 35 ans, parce qu’elles ont des enfants, elles pensent en tant que mères et ont de fortes racines dans leur communauté. À cet âge, la femme ne pense pas seulement à son propre bien-être mais à celui de ses enfants et de sa communauté, à l’avenir. Les mères vivant en milieu rural sont plus attachées à leur communauté, ce qui permet de conserver les connaissances et les technologies dans la communauté. Elles partagent leurs savoirs spécialisés, assurant ainsi la durabilité des projets. Les emplois verts offrent aux femmes de vastes possibilités d’apporter des ressources supplémentaires à leur famille et à leur communauté. Le programme principal du Barefoot College est axé sur l’énergie solaire. La plupart des stagiaires à Tilonia proviennent de régions rurales du monde entier, où il n’y a pas d’électricité. C’est justement l’une des valeurs phares de l’institution : l’enseignement de l’utilisation des sources renouvelables d’énergie dans un monde caractérisé par ses nombreuses agressions à l’environnement.

Quelle est la durée de la formation ?

Les cours ont commencé par un programme de formation à l’ingénierie solaire d’une durée de six mois, à l’intention de villageoises illettrées. Le programme accueille une quarantaine de femmes venues d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie. Les stagiaires n’ont pas de langue en commun. Les femmes apprennent à identifier les pièces par leur forme et leur couleur, à acquérir les compétences nécessaires en suivant des instructions mimées et à exécuter des tâches techniques en suivant des exemples. Ce projet s’est avéré être une belle réussite écologique, sociale et environnementale. Titulaires de leur diplôme de BSE (Barefoot solar engineers), les villageoises repartent avec un sentiment partagé de satisfaction et de nostalgie. Elles se sont fait des amies parmi des femmes venues d’ailleurs et se sont imprégnées de la culture indienne. Elles ont compris que l’éducation est un trésor et deviennent un exemple extraordinaire pour leurs enfants et leurs petits-enfants.

Les premières femmes latino-américaines venaient de communautés pauvres du Paraguay. Elles étaient handicapées et se déplaçaient en chaise roulante, ce qui ne les a pas empêchées de devenir de véritables ingénieurs en énergie solaire. Quant aux Haïtiennes, elles ont apporté leur musique, et dans les moments de pause, elles ont fait partager leurs chants et leurs danses. Ce projet permet de mettre en valeur la diversité et la richesse culturelle des pays représentés, par-delà la couleur de peau, la langue, la religion ou les origines.

Depuis le mois de septembre dernier, Acelia Arias Reyes et Mileidis Fonseca Oliva, deux Cubaines de la province de Granma, dans l’est de l’Île, sont au Barefoot College pour enrichir leur expérience dans l’utilisation de l’énergie solaire en tant que source d’électricité, un projet qu’elles mènent dans le village de Magdalena, non loin de la ville de Bayamo.

À l’instar du reste des participantes, elles ne parlent pas anglais, mais elles ont suivi des cours élémentaires dans le cadre du système national d’enseignement

cubain. Pour la première fois, elles ont pris l’avion pour se rendre à l’autre bout du monde.

Elles ont débarqué en Inde avec la même soif de savoir que les autres stagiaires, et animées par la philosophie de Mahatma Gandhi contenue dans cette phrase d’une grande sagesse : « Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si le monde devait durer toujours ».

L’initiative du Barefoot College est un exemple pour le monde, dans un pays qui représente aujourd’hui l’une des économies émergentes les plus importantes de la planète, et qui est membre du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L’Inde, depuis Tilonia, nous fait découvrir l’une des plus belles expressions de la coopération Sud-Sud qui trouve son essence dans une autre citation de Gandhi : « L’amour est la force la plus puissante que possède le monde, et pourtant elle est la plus humble que l’on puisse imaginer ».
 

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