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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 29 Mai 2014

Chine et Russie, une alliance ?

Xulio Rios

PEUT-ON affirmer qu’une alliance est née à Shanghai entre la Chine et la Russie ? Nous assistons sans aucun doute à une avancée substantielle de la coopération stratégique. Dans la conception de la politique extérieure chinoise, les associations de haut niveau élaborées dans l’intérêt de leur propre développement et de la situation internationale ne prévoient pas d’alliances de type traditionnel reposant essentiellement sur la conception militaire et l’assistance face à des pays tiers. Même sur le plan politique, il faudra faire montre de prudence, car il sera aussi difficile pour la Chine d’appuyer tous et chacun des pas de la Russie, comme par exemple dans la crise ukrainienne, qu’il ne le sera pour la Russie de seconder les actions de la Chine dans son contentieux avec le Japon, pour n’en citer que deux exemples.


Les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping ont présidé à Shanghai la signature d’un méga-contrat d’approvisionnement gazier entre Gazprom et le géant pétrolier chinois CNPC, qui porte sur un montant de 400 milliards de dollars et sur une durée de 30 ans.

Précaution mise à part, il est incontestable que la coopération entre les deux pays est entrée dans une nouvelle ère cette année avec cette deuxième rencontre entre Xi Jinping et Vladimir Poutine qui se sont accordés des préférences mutuelles en matière de politique extérieure.

Au terme de la signature du contrat de fourniture de gaz russe à la Chine (estimé à plus de 400 milliards de dollars, le plus important jamais conclu par le géant russe Gazprom) d’autres engagements économiques de grande envergure concernent des secteurs tels que l’industrie aéronautique civile (ce projet renforce les positions de ces deux pays dans la concurrence avec le monopole de Boeing et d’Airbus), la construction, l’industrie automobile, le secteur spatial, les transports, les infrastructures (dont le projet d’un grand pont sur le fleuve Amour, la première ligne ferroviaire entre les deux pays), la création de zones économiques spéciales en Sibérie et dans l’Extrême-Orient, l’augmentation des échanges réciproques de devises, etc. Tous ces programmes devraient se traduire par une augmentation importante du volume commercial et des investissements, qui actuellement sont en deçà de leur potentiel. Si les échanges commerciaux avaient atteint les 90 milliards de dollars en 2013, les deux pays ont à présent pour ambition de faire passer ce volume à 200 milliards de dollars en 2020.

Si ces deux pays parviennent à diversifier leur commerce et à dépasser la dynamique de l’énergie en mettant davantage en valeur la complémentarité de leurs économies avec la production de biens industriels et de haute technologie en formant des alliances dans ces secteurs, la Russie pourra non seulement réduire sa dépendance au marché européen, une question conjoncturelle qui pourrait l’inquiéter du fait de la crise en Ukraine, mais il lui sera aussi possible d’opérer des changements substantiels dans ses relations économiques avec la Chine.

Les deux parties se doivent encore de gommer quelques aspérités pour parvenir à d’autres accords d’une portée considérable, comme la revitalisation de la Route de la soie proposée par Pékin à l’Union euro-asiatique, appuyée par la Russie. Ou les projets prévus dans les régions sibériennes, où l’asymétrie géographique pourrait suggérer des garanties spécifiques. C’est aussi le cas des relations respectives complexes que la Chine et la Russie entretiennent avec des pays d’un poids économique important.

En plus de la coopération énergétique stratégique et économique, le facteur géopolitique joue un rôle clé dans cette nouvelle étape de rapprochement bilatéral. À l’heure d’évaluer les tendances globales et le rôle de l’Occident en tant qu’instigateur de sa contention, l’entente russo-chinoise pourrait avoir des conséquences dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai, mais aussi au sein du G20 et d’autres réunions multilatérales, où une position commune contre l’unilatéralisme et l’hégémonisme pourrait aboutir à des actions concrètes permettant de contrecarrer la capacité de leurs adversaires stratégiques.

Dans le communiqué bilatéral, les deux parties ont confirmé leur volonté de résister à l’« ingérence extérieure » et aux « sanctions unilatérales », soulignant le préjudice causé à leurs pays par le mauvais usage des nouvelles technologies de l’information et exigeant l’internationalisation de leur gestion (Internet). Par ailleurs, elles ont revendiqué leur droit à préserver leur système politique et de valeurs, ainsi que leur voie de développement.

La coopération militaire progresse également à bon rythme, même si les deux parties veulent éviter de donner une impression trompeuse. La séquence d’exercices de coopération navale comme ceux réalisés en Mer de Chine orientale est accompagnée de mesures symboliques comme la première inspection conjointe des frontières communes. Pour 2015 sont annoncées de nouvelles manœuvres militaires à grande échelle, dans le but avoué de rappeler l’héritage de la Seconde guerre mondiale, que les deux parties estiment en danger en raison des lectures erronées qui cherchent à minimiser le rôle de l’ancienne Union soviétique dans la défaite du nazisme, ainsi que la responsabilité du Japon dans les agressions perpétrées en Asie.

La rencontre de Shanghai inaugure indubitablement une nouvelle ère de coopération et de construction, qui sera probablement accompagnée d’initiatives destinées à freiner les plans des concurrents stratégiques qui misent sur une politique de contention vis-à-vis de ces deux pays, et entraînera une redéfinition de l’architecture mondiale.

En Asie, les États-Unis sont partisans d’un « rééquilibre stratégique » pour contenir Pékin et manœuvrer autour de la Russie pour empêcher la consolidation d’un monde tripolaire. S’ils unissaient leurs forces, la Chine et la Russie pourraient jeter les bases d’un nouvel équilibre stratégique mondial. (Fragments tirés de Rebelion)
 

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