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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 26 Juin 2014

La balkanisation de l’Irak

Manlio Dinucci

L’OFFENSIVE en Irak de l’Émirat islamique en Irak et au Levant (EIIL) n’a pas surpris les États-Unis, pour la simple raison que les commandants historiques de cette force djihadiste étaient déjà officiellement alliés de l’OTAN en Lybie. Malgré toutes les gesticulations rhétoriques de Washington, l’offensive de l’Émirat islamique en Irak et au Levant en territoire irakien fait partie de la stratégie visant au démantèlement de l’Irak, adoptée par le Sénat étasunien en 2007, sur proposition de … Joe Biden.

Les terroristes de l’Émirat islamiste en Irak et au Levant (EIIL) ont été armés, entraînés et financés par les services secrets US pour renverser le gouvernement libyen de Mouammar el-Kadhafi.

Si ce qui se dit à Washington était vrai : que l’offensive en Irak de l’EIIL (connu comme Daesh en arabe), a pris de court les États-Unis, le président Obama devrait immédiatement destituer tous les dirigeants de la Communauté du Renseignement, à laquelle appartiennent la CIA et les nombreuses agences fédérales qui ont pour mission l’espionnage et l’exécution d’opérations secrètes pour le compte des États-Unis à l’échelle mondiale.

Mais il ne fait pas de doute au contraire que le président les a félicités en privé. L’EIIL est en fait un instrument de la stratégie des États-Unis pour détruire des États à travers des guerres secrètes. Plusieurs chefs de ce groupe islamiste sont issus des formations islamistes libyennes qui, d’abord classifiées comme terroristes, ont été armées, entraînées et financées par les services secrets US afin de renverser Mouammar el-Kadhafi.

En 2007, le vice-président nord-américain Joe Biden fit adopter au Sénat un plan pour démembrer l’Irak, afin que Washington puisse prendre le contrôle de ce pays.

Et c’est l’EIIL lui-même qui le confirme en commémorant la mort de deux de ses commandants libyens : Abu Abdullah al-Libi, qui combattit en Libye avant d’être tué en Syrie – le 22 septembre 2013 – aux mains d’un groupe rival et Abu Dajana, qui combattit également en Libye et fut tué en Syrie le 8 février 2014 durant un affrontement avec un groupe d’al-Qaeda, auquel il avait été allié auparavant.

Au début de la guerre secrète pour abattre le président Bashar al-Assad, de nombreux combattants qui se trouvaient en Lybie sont passés en Syrie, pour rejoindre d’autres groupes qui, dans leur grande majorité n’étaient pas syriens, mais provenaient d’Afghanistan, de Bosnie-Herzégovine et de Tchétchénie, entre autres pays. Ce fut précisément en Syrie où l’EIIL construisit une grande partie de sa force, et ce fut également en Syrie où les « rebelles », infiltrés de Turquie et de Jordanie, reçurent des chargements d’armes, en provenance de Croatie, à travers un réseau organisé par la CIA (réseau dont l’existence a été notamment révélée par une enquête du New York Times).

Les États-Unis ne voient pas d’un bon œil le rapprochement de l’Irak à l’Iran et la Chine. Sur la photo, le président iranien, Hassan Rohani (à droite) en compagnie du premier ministre irakien Nouri al-Maliki.

Est-il possible que la CIA et autres agences étasuniennes – dotées d’un vaste réseau d’espions, de drones efficaces et de satellites militaires – aient ignoré que l’EIIL préparait une offensive de grande envergure contre Bagdad, précédée par ailleurs par une série d’attentats ? Il est évident que l’administration nord-américaine était au courant. Alors pourquoi Washington n’a-t-il pas donné l’alarme au début de cette offensive ? Parce que son objectif stratégique n’était pas de défendre l’État irakien mais de le contrôler.

Après avoir dépensé dans la seconde guerre en Irak plus de 800 milliards de dollars en opérations militaires, les États-Unis s’aperçoivent que la Chine est de plus en plus présente en Irak : elle lui achète environ la moitié de sa production pétrolière, en pleine augmentation, et effectue de gros investissements dans son industrie d’extraction.


Le EIIL est en fait un instrument de la stratégie US de destruction des États à travers des guerres secrètes, en l’occurrence elle vise au démantèlement de l’Irak.

Mais ce n’est pas tout. En février, pendant la visite du ministre des Affaires étrangères chinois à Bagdad, les deux gouvernements ont signé plusieurs accords prévoyant la fourniture d’équipements militaires par la Chine. En mai, à Shanghai, le premier ministre irakien Nouri al-Maliki a participé, à la Conférence sur les mesures d’interaction et de renforcement de la confiance en Asie (CICA), de même que le président iranien, Hassan Rouhani. Il convient de signaler qu’en novembre 2013, le gouvernement d’al-Maliki a défié l’embargo de Washington en signant un accord, avec Téhéran qui prévoit l’achat d’armement iranien pour un montant de 195 millions de dollars.

C’est dans ce contexte que se produit l’offensive de l’ÉIIL, qui met le feu à l’Irak en utilisant une matière hautement inflammable : la rivalité sunnites-chiites, exacerbé par la politique d’al-Maliki. Ceci permet aux États-Unis de relancer leur stratégie pour prendre le contrôle de l’Irak.

Dans ce contexte, on ne saurait perdre de vue le plan, que l’actuel vice-président Joe Biden fit adopter au Sénat en 2007, lequel prévoit « le morcellement de l’Irak en trois régions autonomes : kurde, sunnite et chiite », avec un « gouvernement central limité à Bagdad ».

En d’autres termes, le démembrement de l’Irak. (Tiré du Réseau Voltaire)
 

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