Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

 

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 21 Août 2014

Il ne reste pas grand chose
de la Palestine
• Israël l’efface de la carte...

Eduardo Galeano*

POUR se justifier, le terrorisme de l’État fabrique des terroristes : il sème de la haine et récolte des alibis. Tout indique que cette boucherie de Gaza, qui selon ses auteurs veut en finir avec les terroristes, réussira à les multiplier. Depuis 1948, les Palestiniens vivent condamnés à une humiliation perpétuelle. Ils ne peuvent même pas respirer sans permission. Ils ont perdu leur patrie, leurs terres, leur eau, leur liberté, leur tout. Ils n’ont même pas le droit de choisir leurs gouvernants. Quand ils votent pour celui pour lequel ils ne doivent pas voter, ils sont punis. Gaza est punie. C’est devenu une souricière sans sortie, depuis que le Hamas a proprement gagné les élections en 2006. Quelque chose de semblable était arrivée en 1932, quand le Parti communiste a triomphé aux élections au Salvador.



Environ 150 volontaires se sont assis dans des caisses en bois sur la
Place du Parlement pour protester contre les conditions de vie à Gaza lors d’une manifestation à Londres le 14 août.

Baignés dans le sang, les habitants du Salvador ont expié leur mauvaise conduite, et depuis ils ont vécu soumis à des dictatures militaires. La démocratie est un luxe que tous ne méritent pas. Filles de l’impuissance sont les roquettes « maison » que les militants du Hamas, parqués à Gaza, lancent maladroitement sur les terres qui avaient été palestiniennes et que l’occupation israélienne a usurpées. Et le désespoir, au bord de la folie suicidaire, est la mère des bravades qui nient le droit à l’existence d’Israël, des cris sans aucune efficacité, tandis que la guerre très efficace d’extermination nie, depuis des années, le droit à l’existence de la Palestine. Il ne reste pas grand chose de la Palestine. Petit à petit, Israël l’efface de la carte.

Les colons envahissent, et derrière eux les soldats corrigent la frontière. Les balles sacralisent la spoliation, en légitime défense. Il n’y a pas de guerre agressive qui ne dit pas être une guerre défensive. Hitler a envahi la Pologne pour éviter que la Pologne envahisse l’Allemagne. Bush a envahi l’Irak pour éviter que l’Irak envahisse le monde. A chacune de ses guerres défensives, Israël a dévoré un autre morceau de Palestine, et le festin continue. Il est justifié par les titres de propriété que la Bible a concédés pour les deux mille ans de persécution soufferts par le peuple juif, et par la panique que provoquent les Palestiniens à l’affût. Israël est le pays qui ne respecte jamais les recommandations ni les résolutions des Nations Unies, qui ne tient aucun compte des sentences des tribunaux internationaux, qui se moque des lois internationales; c’est aussi le seul pays ayant légalisé la torture de prisonniers.

Qui lui a donné le droit de refuser les droits ? D’où vient l’impunité avec laquelle Israël est en train d’exécuter la tuerie de Gaza ? Le gouvernement Espagnol n’aurait pu impunément bombarder le Pays Basque pour le liquider l’ETA, ni le gouvernement britannique supprimerait l’Irlande pour en finir avec l’IRA. Est ce que par hasard la tragédie de l’Holocauste implique une politique d’éternelle impunité?

Ou ce feu vert provient-il de la puissance, le grand manitou qui a en Israël le plus inconditionnel de ses vassaux ? L’armée Israélienne, la plus moderne et sophistiquée au monde, sait très bien qui elle tue. Elle ne tue pas par erreur. Elle tue par horreur. Les victimes civiles son appelées « dommages collatéraux », selon le dictionnaire d’autres guerres impériales.

A Gaza, sur dix dommages collatéraux, trois sont des enfants. Et ils sont des milliers, de mutilés, victimes de la technologie du dépeçage humain que l’industrie militaire pratique avec succès dans cette opération de nettoyage ethnique. Et comme toujours, toujours la même chose : à Gaza, cent pour un. Par chaque centaine de Palestiniens morts, un Israélien. Des gens dangereux, avertit l’autre bombardement, celui-ci pour le compte des médias de masse de manipulation, qui nous invitent à croire qu’une vie israélienne vaut autant que cent vies palestiniennes. Et ces médias nous invitent à croire au caractère humanitaire des deux cents bombes atomiques d’Israël, et qu’une puissance nucléaire appelée Iran a anéanti Hiroshima et Nagasaki.

Existe-t-il ce qu’on nomme « communauté internationale »? Est-ce autre chose qu’un club de financiers, de banquiers, de guerriers ? Est-ce autre chose que le nom artistique que se donnent les États-Unis quand ils font du théâtre?

Devant la tragédie de Gaza, l’hypocrisie mondiale se révèle une fois encore. Comme toujours, l’indifférence, les discours vides, les déclarations et déclamations assourdissantes, les postures ambiguës, rendent leur tribut à la sacro sainte impunité. Devant la tragédie de Gaza, les pays arabes se lavent les mains. Comme toujours. Et comme toujours les pays européens se frottent les mains.

La vieille Europe, tellement capable de beauté et de perversité, verse larme sur larme et, secrètement, célèbre ce coup de maître. Car la chasse au juif a toujours été une coutume européenne. Mais voici un demi siècle que l’on fait payer aux Palestiniens cette dette historique, eux qui sont aussi des sémites et qui ne sont ni n’ont jamais été antisémites. Ils sont en train de payer, en sang comptant et trébuchant, une facture étrangère.

* Eduardo Galeano est un écrivain et journaliste uruguayen. Figure importante du mouvement anti-impérialiste international, il est l'auteur notamment de la trilogie Mémoire du feu (1986), Le football, ombre et lumière (1995), Les veines ouvertes de l'Amérique latine (1971) et Sens dessus dessous : L'école du monde à l'envers (1999).

(Cet article a été repris en 2012 sur plusieurs sites. En raison de son actualité et de son importance Granma International le publie dans cette édition).
 

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