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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 18 Septembre 2014

La contre-attaque stratégique des finances mondiales

Joaquin Arriola

LE commerce mondial représente plus de 13 000 milliards d’euros par an. Mais ce chiffre énorme est très inférieur au volume des transactions en devises (52 000 milliards sur des marchés non réglementés, et 7 000 milliards sur des marchés réglementés). À elles seules les transactions de produits financiers liés à des devises du marché financier de Londres (environ 20 000 milliards) dépassent la valeur du commerce mondial visible. L’ensemble des marchés non réglementés de produits dérivés (devises, taux d’intérêts, matières premières, actifs…) se monte à plus de 500 000 milliards d’euros par an, et 50 000 milliards sur les marchés réglementés. Sur les marchés réglementés, des actions et des billets de trésorerie sont négociés annuellement pour une valeur d’environ 65 000 milliards d’euros, et des assurances sur des crédits manqués pour 15 000 milliards.

Pour minimes que soient les marges bénéficiaires, la plus-value retirée des marchés financiers mondiaux peut facilement dépasser la valeur de tout le commerce mondial.

Rien qu’à Bruxelles, le capital financier dispose d’un régiment de 1 700 lobbyistes et dépense plus de 120 millions d’euros par an dans des activités de lobbying (à titre de comparaison, l’argent destiné à la supervision du système financier à travers le FMI ne s’élève qu’à quelque 20 millions d’euros par an).

L’objectif principal de ces agents du capital est d’éviter que la crise financière ne se traduise en politiques de contrôle et de réglementation du marché financier qui puissent mettre en danger un négoce aussi lucratif. Ces agents contrôlent les organismes de supervision financière de l’Union européenne (UE) et, bénéficiant du rapport des forces politiques, ils sont dans une position favorable pour figurer parmi les principaux interlocuteurs de la Commission, de sorte que les politiques encouragées par Bruxelles répondent davantage au mandat du capital financier qu’au mandat populaire.

Bien que la libéralisation financière ait été une arme des États-Unis pour contrecarrer, à travers la domination financière, la dégradation de leur potentiel productif et commercial, les grandes banques allemandes et françaises (Deutsche Bank, BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale…) contrôlent également une partie importante du marché financier mondial. Les États-Unis et l’UE prétende conserver certaines spécificités dans leurs affaires respectives, et limiter l’accès des entités financières de la contrepartie à leurs marchés. Raison pour laquelle dans les négociations du Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) ou Partenariat Transatlantique pour le Commerce et l’Investissement (PTCI), les États-Unis refusent de parler d’accords en matière de réglementation financière, malgré l’insistance de l’Europe, qui en mars rédigeait son projet pour une réglementation partagée. Dans une tentative pour assouplir la position, le commissaire européen Michel Barnier s’est rendu à Washington pour exprimer la volonté des politiciens de l’UE de compter sur les États-Unis comme partenaire préférentiel également dans cette question, malgré les différents critères en matière de réglementation ou de fonctionnement des marchés dérivés d’un côté et de l’autre de l’Atlantique Nord (en Europe, tout passe par les banques ; aux États-Unis, il existe des marchés financiers extra-bancaires puissants). La position commune est claire : Washington et l’UE doivent se mettre d’accord pour s’assurer la mainmise sur un marché financier que l’on veut dominer à l’échelle mondiale.

Les désaccords ponctuels, qui révèlent un aspect des rivalités inter-impérialistes, se résolvent par des accords de base lorsqu’il s’agit d’imposer au reste du monde le modèle néolibéral – version bancaire ou version fonds d’investissements – sur le versant financier. À la suite de l’échec de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a été incapable de parvenir à un accord sur la libéralisation des services, les États-Unis et l’UE ont décidé de négocier la libéralisation des services (Trade In Services Agreement - TISA), avec la participation de pays subordonnés aux USA d’Amérique et d’Asie, afin d’imposer cette libéralisation comme un modèle à suivre par les pays et les régions où ils pourraient rencontrer plus de résistance en raison de leur modèles économiques plus autocentrés comme la Chine, l’Inde, la Russie ou les pays membres de l’ALBA.

Dans ce contexte, les USA et l’UE travaillent de concert pour imposer un accord mondial pour la libéralisation des marchés nationaux de services financiers, comme le révèle un document du mois d’avril rendu public récemment, où l’UE n’envisage aucune stratégie de prévention en matière de réglementation comme celles qu’elle s’était engagée à adopter lors des négociations du TTIP. Au contraire, tout ce document est une ode à la libéralisation la plus absolue visant à permettre aux entités financières des pays dominants – sans même disposer d’une succursale dans le pays destinataire –, d’offrir tout type de services financiers (assurances, dérivés, fonds d’investissements, etc.). Par ailleurs, le texte comporte un ensemble d’articles empêchant dans la pratique que les pays ayant adhéré à la proposition puissent modifier le cadre réglementaire, au cas où les intérêts des entités financières étrangères opérant sur ce marché venaient à être menacés.

Le secret dans lequel ces négociations sont menées confirme leur nature foncièrement antipopulaire, et leur objectif impérialiste de création de plus-value nationale à travers des instruments financiers mondiaux.

Il est également surprenant de voir les négociateurs européens – encore une preuve d’incohérence –, accepter un pacte mondial avec pour seul critère le libre accès au marché financier national alors que d’un autre côté ils insistent sur l’importance de la réglementation dans leurs conversations avec le gouvernement des États-Unis. Un exemple de comment le pouvoir financier joue au mieux ses cartes et est capable de surmonter ou de contourner les obstacles juridiques, en imposant ses propres règles dans le résultat final.

L’enjeu de cette bataille est important, car du résultat dépend la viabilité de propres sociétés démocratiques telles qu’elles sont conçues en Europe. En Espagne, l’un des pays les plus libéraux de l’UE, le défi économique est encore plus grand. (Mundo Obrero)
 

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