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 C U L T U R E L L E S

La Havane 9 Octobre 2014

Le centenaire de Roberto Faz

Rafael Lam

LE village du bord de mer de Regla célèbre le centenaire de la naissance de Roberto Faz (18 septembre 1914-26 avril 1966), l’un des interprètes les plus populaires de Cuba, toujours admirés des chanteurs pour sa voix et sa personnalité charismatique.

Roberto Faz est né à La Havane, au numéro 62 de la rue Calixto Garcia entre Céspedes et Agramonte. Le Dr Carlos Gonzalez le décrit ainsi : « de petite taille, les yeux bruns, une grosse tête – on l’appelait affectueusement El Cabezon (la grosse tête) – les cheveux touffus, châtain clair ; il portait parfois une moustache. Il n’était ni gros ni maigre, même s’il donnait l’impression d’un certain embonpoint. De peau blanche et au sourire facile. Il lui manquait un doigt à la main gauche. Chanteur à succès, il remplissait les salles et il était très apprécié dans son village » (interview de Leonardo Depestre)

D’origine modeste, Roberto Faz eut de nombreux emplois : chauffeur de bus, barman, mais en même temps, sa guitare à la main, il aimait faire la fête dans les bars de Regla. C’était l’époque des jours glorieux de l’explosion du son dans la capitale, même si dans la zone de Regla et de Guanabacoa régnait l’ambiance des religions et des fêtes afro-cubaines, des rumbas et des congas très populaires dans cette partie de la ville. N’oublions pas que c’est à Regla que débarquèrent les esclaves amenés d’Afrique et les Chinois de Canton.

C’était la mode des septettes. En 1927, Roberto Faz intégra un orchestre d’enfants appelé le Champan Sport, dirigé par Carlos Toledo. Felix Chapottin qui, en 1950, prit la direction de l’ensemble Arsenio Rodriguez, jouait également dans ce groupe.

Le dimanche, le père de Roberto cuisinait un savoureux porc rôti pour Chapottin, sachant que celui-ci allait apprendre à son fils les secrets du son et des autres musiques cubaines.

C’est le père de Roberto Faz qui monta l’ensemble Tropical pour son fils. « Mon père Pascual était une sorte d’administrateur – me dit un jour Roberto – il faisait jouer son influence partout pour que je sois chanteur à tout prix… et il y parvint. J’ai appris à jouer de tous les instruments de percussion. C’était l’une des distractions de la jeunesse à Regla, à une époque où la télévision n’existait pas ».

En 1930, Roberto Faz chantait dans plusieurs septettes, comme Ultramar, dont son père assurait l’administration ; en 1932, il entra dans la carrière professionnelle comme chanteur dans un cabaret appelé Hit. Fort de cette expérience, il devint chanteur de l’orchestre Habana, puis de l’orchestre Cosmopolita. Une de ses épreuves de feu fut sa présentation avec l’orchestre Hermanos Palau, à l’élégant cabaret Sans Souci, un des plus chics de cette époque.

En 1939, il devint artiste exclusif de la station de radio CMQ, dans la rue Prado y Monte, et réalisait ainsi l’un des rêves de tout chanteur qui visait le succès. Sa popularité grandit jusqu’à ce qu’il se produise au cabaret Parisien de l’Hôtel National, avec l’orchestre de Osvaldo Estivil, où chanta également Tito Gomez.

1944 marqua un tournant décisif dans la carrière de Roberto Faz avec son entrée dans l’orchestre Kubavana, d’Alberto Ruiz, au cabaret Zombie Club, qui se trouvait dans la rue Zuleta, entre Trocadero et Animas (ancien Eden Concert).

Cette même année 1944, après sa grande expérience avec Kubavana, il connut la consécration, quand il fut engagé par Roberto Espi dans le Conjunto Casino. L’ensemble marquera son époque dans les salons cubains avec Roberto Espi, Rolito Reyes et Agustin Ribot.

« Avec cet ensemble, j’ai connu le succès avec des boleros, des guarachas et des chansons de José Antonio Méndez (Quiéreme y veras), César Portillo de la Luz (Realidad y fantasia) et de délicieuses guarachas, comme A romper el coco (Otilio Portal), Que se corra la bola (Alberto Ruiz). »

Avec le Conjunto Casino, il voyagea aux États-Unis, à Porto Rico et au Venezuela entre 1946 et 1946. En 1948, il enregistra pour la RCA Victor et connut le succès à la radio et à la télévision. Pendant quelque temps, l’ensemble joua dans le salon de l’hôtel Saratoga et à la radio Cadena Habana.

En 1955, le Conjunto Casino cessa d’exister. Le 16 janvier, Roberto Faz et certains membres du Casino formèrent leur propre groupe, très attendu par le public. Le 4 février 1956, le nouvel ensemble démarra avec une soirée mémorable au Liceo de Regla, et lança la chanson Deuda, de Luis Marquetti.

Avec son nouvel ensemble, il est invité à Key West, Tampa et au Panama. En 1958, il fit une tournée en Amérique du Centre et en Amérique du Sud, où il obtint un énorme succès. En 1957, il chanta une saison au cabaret Ali Bar, où Benny Moré était déjà le Roi.

En 1961, il enregistra le boléro Comprension, de Cristobal Dobal, qui lui valut un grand succès, puis d’autres comme Como vivo en Luyano, un son de René Barrera, Cositas que tiene mi Cuba, son-montuno de Parmenio Salazar, Melao de caña, Sabrosona, Píntate los labios Maria (repris par Eliades Ochoa) et Carolina dengue, dédié à Pérez Prado.

Durant sa dernière étape, comme cadeau de fin d’année, le Conjunto de Roberto Faz, sortit un nouveau rythme en décembre 1965, le Dengue de Pérez Prado. En 1966, El Dengue con su tiquitiqui et d’autres morceaux firent fureur pendant les carnavals de La Havane.

Puis vint la mode des pots-pourris de boléros, au cours desquels les trompettistes faisaient les chœurs de fond. C’était le temps où d’autres rythmes naissaient : Juanito Marquez avec le rythme Pa’ca ; Eddy Gaytan avec le wawa ; le pilon d’Enrique Bonne et le mozambique de Pello el Afrokan.

Le 26 avril 1966, Roberto Faz décède, en peine apogée du mozambique et du dengue, trois ans après Benny Moré.

Pour mieux connaître Roberto Faz, il suffit de s’embarquer sur la « lanchita » qui relie l’avenue du port de La Havane à Regla, surnommée le « tapis magique » par Alejo Carpentier, pour aller visiter le musée municipal, où sont exposées des photos de Roberto Faz et du légendaire Liceo de Regla, quartier général de ce grand chanteur cubain.

Roberto Faz a traversé plus de trois décennies en chantant dans les sociétés de musique les plus exigeantes, les salles de danse, les fêtes et les carnavals cubains. Il a marqué tous les danseurs et les amateurs de musique cubaine. À l’étranger, ses disques passent de main en main parmi les collectionneurs.
 

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