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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 4 Septembre  2014

Les cent ans du plus grand cronopien

L’AMÉRIQUE LATINE fête le centenaire du grand cronopien, Julio Cortazar, écrivain connu pour ses annotations d’œuvres picturales, ses nouvelles mordantes et raffinées, et ses contes au genre narratif indéfinissable, points de départ d’une œuvre empreinte d’un engagement politique qui traduit l’expression d’une nouvelle notion de l’intellectuel organique, semant l’idée d’utopies réalisables.

Avec Roberto Fernandez Retamar
à la Casa de las Américas, à La Havane, en 1979.

« J’ai compris que le socialisme, qui jusqu’alors m’avait paru un courant historique acceptable et même nécessaire, était le seul courant des temps modernes qui était basé sur le fait humain essentiel », signalait l’écrivain dans une lettre envoyée au poète cubain Roberto Fernandez Retamar en 1967.

Le 26 août 1914, au prélude de la Première guerre mondiale, quand l’Allemagne occupait Bruxelles, Julio Florencion Cortazar Descotte naît en Belgique, de parents argentins. Dès son enfance, il écrira ses premiers essais littéraires, auxquels il ajoutera ses premiers sonnets, son goût pour le jazz et la boxe.

« Lorsque j’avais 30 ou 32 ans – en plus d’une grande quantité de poèmes que j’ai par ci par là, perdus ou brûlés – j’ai commencé à écrire des contes » raconte-t-il à Luis Harss dans son livre Los Nuestros.

À l’époque de sa première publication, Presencias (1938), paru sous le pseudonyme de Julio Denis, il donna des cours dans la ville et province de Buenos Aires. Une période qui lui conféra un sentiment de non conformité qui plus tard s‘est traduit en maturité politique.

Cortazar avec sa troisième épouse Carol Dunlop.

Son opposition au péronisme – dont il a affirmé tout de suite ne pas avoir compris – l’a conduit à la Faculté de philosophie dans la province de Mendoza, en 1945, afin de protester et plus tard de s’exiler en France avec sa compagne Aurora Bernardez, et travailler comme traducteur à l’UNESCO.

À la fin de cette décennie, il publie son premier conte, Casa tomada, dans la revue Anales de Buenos Aires, sous la direction de Jorge Luis Borges, et il devient plus prolifique à partir de ce moment avec Bestiario (Le bestiaire) (1951), Manuel de instrucciones (1953), Final de juego (1956), La armas secretas (Les armes secrètes) (1959), Historias de cronopios (Histoire des cronopiens) et Rayuela (Marelle) (1962).

L’utopie réalisable

L’année 1961 marqua un point d’inflexion dans la vie de l’écrivain, quand il se rendit à Cuba avec sa seconde compagne, Ugné Kervelis, traductrice lituanienne de gauche, passionnée d’Amérique latine, qui l’a accompagné dans un processus de réflexion le conduisant à devenir un défenseur de la Révolution cubaine.

« Sans le justifier, sans une analyse préalable, j’ai eu de bonne heure le sentiment merveilleux que mon parcours idéologique coïnciderait avec mon retour latino-américain, dont cette Révolution, la première révolution socialiste qui m’était donnée de voir de près, était une révolution latino-américaine », écrit-il dans sa lettre à Fernandez Retamar, publiée dans la revue Casa de las Américas.

L’auteur de « Marelle» avec le président chilien Salvador Allende.

« Ce fut le moment où je me suis attaché aux liens mentaux, et dans lequel je me suis demandé ou je me suis dit que je n’avais jamais tenté de comprendre le péronisme », pense-t-il dans une conversation avec Omar Prego, publiée dans La fascination de las palabras (1985). Ce contact avec la Révolution cubaine éveille en Cortazar un nouveau type de sensibilité qui donne un tournant à son œuvre, ce qui est évident dans des textes tels que Reunion, un récit consigné dans Todos los fuegos, El fuego, (Tous les feux, le feu) le poème Yo tuve un hermano, ou l’admirable Silaba viva, dédiés à Ernesto Che Guevara.

L’écrivain défiera les courants intellectuels en assumant la littérature comme un espace dans lequel il livrera la bataille politique, en traçant l’interprétation du monde à travers l’esthétique qui le caractérise, l’objectif des textes et l’ordre combinatoire des langages.

Contre les vampires des multinationales

En défendant ses idées politiques, Cortazar a déclaré dans une interview pour la revue Crisis (1973) que « chacun a ses mitrailleuses spécifiques . La mienne, pour le moment, c’est la littérature », en faisant référence à son oeuvre récente, Libro de Manuel, où il dit avoir abordé les eaux dans les problèmes latino-américains..

L’oeuvre comprend des éléments réels en intégrant dans le texte des témoignages de tortures et des notes de presse qui dénonçaient les violations commises contre les mouvements de gauche dans le Cône sud, au sein d’un récit qui racontait l’histoire d’un groupe de révolutionnaires latino-américains qui vivaient à Paris.

« Ce livre a été écrit lorsque les groupes guérilleros étaient en pleine action. J’avais personnellement connu quelques-uns des meneurs ici, à Paris, et j’étais bouleversé par ce sentiment dramatique, tragique, de leur action », commente Cortazar à Prego à propos de sa nouvelle, dont il a été fait don à des prisonniers politiques en Argentine.

En 1975, il publie Fantomas contre les vampires des multinationales, une utopie réalisable, une nouvelle courte où il introduit de la fiction, la bande dessinée et des fac-similés pour créer un récit sur la sentence du tribunal Russell II, qui en septembre 1973, à Bruxelles, lieu de naissance de l’écrivain, dénonça les violations des droits de l’Homme en Amérique latine.

L’auteur utilise quelques lignes narratives recréant le format pulp fiction (fiction pulpeuse) dans une histoire d’un autodafé mondial, fait de fiction qui souligne des faits réels : les entreprises multinationales et les gouvernements laquais du Cône sud, dirigés à l’époque par des dictatures militaires.

Fantomas fait face au malheur avec des intellectuels latino-américains, dont le narrateur Cortazar qui démasque les vrais méchants dans un document véridique que sont les actes réels du tribunal Russell II, dans la suite de son premier livre qui condamnait les crimes au Vietnam en 1966.

La sentence condamne « les gouvernements des États-Unis d’Amérique et spécialement Henry Kissinger, dont la responsabilité dans le coup d’État fasciste au Chili est évidente pour le tribunal ».

À la fin des années 1970, Cortazar, accompagné par sa troisième épouse, Carol Dunlop, devient une voix d’un poids international. Il s’oppose à la dictature argentine de José Rafael Videla, critique la guerre des Malouines et, en 1983, pour saluer la Révolution sandiniste, publie Nicaragua, tan violentamente dulce.

Le 12 février 1984, à Paris, le plus grand cronopio quitte ce monde, lui qui a modernisé les formes du récit et la réflexion : « Ce qui est bien dans les utopies, c’est qu’elles sont réalisables ». (Tiré de Telesur)
 

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