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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 19 Juin 2014

SILVIO RODRIGUEZ ET LA TOURNÉE DANS LES QUARTIERS
La magie de la communication

                                           Marche, cours où tu dois
                                           Marche, l'avenir t'attend.
                                           Vole, les cygnes sont vivants,
                                           Mon chant est avec toi, je ne suis pas seul.

                                                                —(Silvio Rodriguez – Requiem)

Mireya Castañeda

LE chanteur et compositeur cubain Silvio Rodriguez a commencé il y a 4 ans une tournée musicale qu’il a appelée La tournée dans les quartiers. Avec ce périple musical, Silvio a voulu « sortir la musique des théâtres et la faire vivre au cœur des quartiers, en ces moments difficiles… ».


Silvio Rodriguez et le pianiste Frank Fernandez durant « La Tournée
interminable » à Mayari.

Avec pour seul décor un immense drapeau cubain, depuis le début de la tournée en septembre 2010, il a déjà donné des concerts dans 56 quartiers situés notamment dans les environs de La Havane : Cayo Hueso, San Agustin, El Fanguito et La Hata, depuis le premier concert à La Corbata, un quartier de la municipalité Playa.

Exceptionnellement, des concerts ont eu lieu dans des communautés à Santa Clara, Cienfuegos et Matanzas, et les plus récents en juin à Mayari, Nicaro et Moa, dans la province d’Holguin.

Son nom actuel, La tournée interminable, est né plus tard. « Silvio estime qu’elle mérite ce nom. C’est celui de l’exposition des photos de Silvio prises dans les quartiers, ainsi que des aquarelles réalisées à partir de ces photos par Antonio Guerrero, l’un des trois antiterroristes toujours emprisonnés aux États-Unis. C’est ainsi que Tony a appelé cette fête de la culture inaugurée au Centre Pablo de la Torriente Brau il y a deux ans », signale le directeur de cette institution, le poète Victor Casaus.

À cette occasion a eu lieu le lancement du livre d’Antonio Guerrero Enigmas y otras conversaciones (Énigmes et autres conversations). Le poète Roberto Fernandez Retamar est l’auteur de la préface : « Tony a fait de sa cellule un véritable atelier d’où s’échappent de nouveaux poèmes, des lettres, des commentaires, des chroniques, un journal, des œuvres d’art plastique. Il est toujours actif et en pleine résistance. De même qu’ils n’ont pas pu anéantir son courage, rien n’a pu pu non plus étancher sa soif de vivre, qui se reflète dans ses nombreuses créations. »

Le poète Victor Casaus lors d’un des concerts.

Pendant la soirée organisée à la salle Majadohonda du Centre Pablo, Casaus a lu un message d’Antonio Guerrero qui donne des précisions sur son exposition : « Il y a plus d’un an et demi, alors que je lisais des nouvelles de Cuba, précisément à propos d’un des concerts, j’ai vu des photos, qui selon la légende, avaient été prises par Silvio. Elles étaient en noir et blanc, car les documents que je lis sont des photocopies d’articles, mais même en noir et blanc, ces photos m’ont beaucoup impressionné. J’ai écrit à Silvio et je lui ai demandé de m’en envoyer quelques-unes pour faire quelque chose en m’inspirant de ces photos. C’était la première fois que je me lançais dans ce type de travail. J’ai choisi six photos, et j’ai placé des personnes de plusieurs quartiers dans un seul tableau. C’était le début, avec cette image géniale au centre, où deux jeunes brandissent une affiche improvisée qui dit : Vive Silvio ! ».

La tournée du chanteur-compositeur dans les quartiers est une tournée conçue pour favoriser le contact humain et c’est en cela qu’elle est spéciale. Une merveille de communication !

Victor Casaus signale également « la reconnaissance des gens envers un artiste de la dimension de Silvio qui les a toujours fascinés ». Il se souvient du jour où Silvio avait installé la scène devant la porte de la maison d’une vieille femme. À la fin du concert, celle-ci lui dit :

« Cela me fait très plaisir de serrer cette main qui a écrit les chansons qui m’ont émue tout au long de ma vie ».

Sur ces moments émouvants de partage, la journaliste Monica Rivero a raconté un incident qui s’est produit lors du concert de février à Punta Brava. Dans le public, un homme ne cessait de crier : La era... et Silvio, sans se troubler continuait de chanter ce qu’il avait prévu à son programme. La era... répétait le spectateur, pendant que d’autres demandaient Unicornio, Ojala, El necio. La era...


Un public nombreux assistait au concert de Silvio à Mayari.

« C’était déjà la troisième ou quatrième fois que cette voix s’élevait dans le public. Silvio chercha l’homme du regard et lui dit : "Je veux voir ton visage, viens, monte sur scène et chante avec moi". Un métisse d’un certain âge est monté sur scène, et au lieu de chanter, il a lancé quelques mots : "Quand cet homme a donné un concert à la prison du Combinado, dit-il en montrant Silvio, j’y étais... Le lendemain, je suis sorti de prison". Ceci dit, il est descendu de la scène ».

Cela fut un moment de grande émotion qui rappelait que Silvio Rodriguez avait effectué une tournée dans les prisons, en 2008, qu’il avait appelé Expedicion, du nom de son CD sorti en 2002.

Cette année, la tournée a débuté place San Francisco d’Assise, dans le centre historique de La Havane. Silvio était accompagné de la flûtiste et clarinettiste Niurka Gonzalez, des musiciens Emilio Vega, Jorge Reyes et Jorge Aragon, ainsi que du trio Trovarroco, et il avait pour invitée la chanteuse Ivette Cepeda.

Ce fut certainement le concert le plus populaire de ce parcours musical. Pour Eusebio Leal, l’historien de la ville de La Havane, « il s’agit d’un projet qui transcende vraiment la poésie ».

Le concert le plus récent, le 56e, vient de s’achever à Mayari, accompagné par le trio Trovarroco, Niurka Gonzalez et le percutionniste Oliver Valdés, avec pour invité exceptionnel le pianiste Franck Fernandez, originaire de cette ville et qui fêtait ses 70 ans.

Frank Fernandez a ouvert la soirée avec le Ave Maria de Schubert, suivi de Zapateo por derecho, interprété en solo, puis accompagné par Niurka Gonzalez, il a enchanté le public avec la Sonate de Mozart, la Sicilienne de Jean-Sébastien Bach et Quiéreme mucho, du Cubain Gonzalo Roig.

Frank Fernandez et Silvio ont réservé au public un duo exceptionnel avec Rabo de nube et Requiem.

Tony Guerrero demande dans son Enigma III, tiré du livre Enigmas y otras conversaciones : Au fond du lac, y a-t-il un chanteur ?

Chacun peut imaginer ce qu’il veut. Ce qui est sûr, c’est que Silvio sera toujours là avec ses chansons et sa guitare, pour nous offrir des morceaux cultes comme Gota de Rocio, Reparador de Sueños, Oleo de una mujer con sombrero et Ojala.

Il sera toujours là dans son interminable tournée dans les quartiers. Il ira où il doit aller et il ne sera jamais seul.
 

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