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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 3 Juillet 2014

Un aperçu du cinéma cubain au premier semestre 2014

Mireya Castañeda

LONGS métrages de fiction, documentaires et courts métrages aux thèmes et styles différents, caractérisent le cinéma cubain de ces derniers temps.

Un aperçu des films sortis au cours des six premiers mois de l’année et de ceux qui sont en post-production laisse apparaître le large spectre des nouvelles tendances et des formes, ainsi que la coexistence de réalisateurs confirmés avec une montée de jeunes cinéastes dont l’œuvre peut s’apprécier dans des espaces comme la Muestra Joven ICAIC (Festival du Jeune cinéma parrainé par l’Institut cubain des arts et des industries cinématographiques).

Le nombre de films, à différentes étapes de production, est aussi l’indice d’une amélioration dans la cinématographie de l’Île en cette année du 55e anniversaire de l’ICAIC.

Avant d’aborder la sortie de nouveaux films, il convient de rappeler que cette année le prix national de Cinéma a été attribué à Juan Carlos Tabio, réalisateur de films tels que Se permuta (son premier film de fiction en 1983), Plaff (1988), Liste d’attente (1999), L’éléphant et la bicyclette (1994), Aunque estés lejos (Même si tu es loin) (2003), La corne de l’abondance (2009) et El dulce amargo de la desesperacion (La douce amertume du désespoir), un des chapitres du long métrage Sept jours à La Havane (2010).

Tabio est également le codirecteur, avec Tomas Gutierrez Alea de Fraise et chocolat (1993) et de Guantanamera (1995), parmi les meilleurs films du cinéma cubain.

LES SORTIES 2014

Le réalisateur Ernesto Daranas a présenté le long métrage Conducta qui, durant les quatre semaines où il est resté à l’affiche, a enregistré plus de 300 000 entrées. Le film raconte l’histoire de Chala, un garçon de 11 ans qui mène une vie très difficile et de Carmela son institutrice. La trame du film commence au moment où Carmela tombe malade et doit s’absenter de l’école. À son retour, elle va découvrir que tout a changé, y compris la conduite de l’enfant.

Le film est interprété par des enfants sans formation d’acteur, les acrices Alina Rodriguez dans le rôle de Carmela et Yuliet Cruz dans celui de la maman de Chala.

Conducta est le troisième film de Daranas. En 2008, il a signé Los dioses rotos (Les dieux brisés), une adaptation de la vie du populaire Alberto Yarini (un proxénète assassiné au début du 20e siècle. Un mélodrame de très bonne facture, qui sans sortir des conventions du genre, est un film frais, bien interprété, porté par des personnages et des situations crédibles.

L’été nous apporte enfin Meñique (Le petit doigt), le premier dessin animé cubain en 3D, qui s’inspire d’une version que fit José Marti d’un conte traditionnel français (Le petit Poucet), inclus dans le premier numéro de L’âge d’Or, la revue littéraire enfantine du 19e siècle, fondée par José Marti.

Certains photogrammes présentés à la presse par le réalisateur Ernesto Padron, laissent deviner une recréation colorée des paysages et des personnages, sur une musique de Silvio Rodriguez. Padron reconstruit une sorte de « moyen âge cubain ». En effet, les paysages, les villes et les personnages évoquent la vallée de Viñales ou La Vieille Havane.

Une distribution de luxe pour les voix des personnages : Liéter Ledesma interprète Meñique ; Aramis Delgado Le Roi ; Enrique Molina est Pedro ; El Hacha, Le géant, Le capitaine de la garde et l’un des frères de Meñique sont interprétés par Manuel Marin ; La Poudre magique est Osvaldo Doimeadios ; La sorcière Barussa est Corina Mestre et La princesse est Yoraisy Gomez.

La sortie la plus récente est Bocaccerias habaneras, d’Arturo Sotto, qui obtint le prix Coral du scénario et le prix de la popularité au 35e Festival international du Nouveau cinéma latino-américain.

Sotto (Pon tu pensamiento en mi, Amor vertical) a adapté certains contes du Decameron, de Boccacio, écrits entre 1351 et 1353.

En partant du principe que « Tout le monde a une histoire cachée à raconter », Sotto a structuré une comédie qui, affirme-t-il, a pour objectif de « proposer un spectacle cinématographique qui donne du plaisir. Ce n’est pas la recherche du rire ou de l’humour à travers une vision très critique de la réalité, c’est utiliser la réalité pour réfléchir à partir du propre sourire ».

Juan Carlos Tabio, prix national de Cinéma 2014.

Los primos (Les cousins), No te lo vas a creer (Tu ne vas pas le croire) et El Cuento del tabaco (Le conte du cigare) sont les trois chapitres qui composent cette comédie, avec une distribution qui mêle des acteurs expérimentés comme Mario Guerra, Zulema Cruz, Luis Alberto Garcia, Jorge Perugorria et Patricio Wood et des jeunes comme Yadier Fernandez, Yerlin Pérez, Claudia Alvarez, et Yudith Castillo.

Boccaccerías Habaneras, a affirmé Sotto, « est un film très raffiné dans tout ce qui concerne l’érotisme. Même dans les scènes qui peuvent être plus audacieuses, il y a un discours interne qui critique cette vision de l’érotisme qui peut aller jusqu’à la vulgarité et qui critique également tout élément qui pourrait être kitsch ».

FILMS EN POST-PRODUCTION


Leontina, dernier film de Rudy Mora, à sortir prochainement.

Leontina, le prochain film de Rudy Mora, raconte l’histoire d’un groupe d’enfants qui participent à un concours de peinture et qui ont besoin de peinture bleue. Ils ne peuvent la trouver que dans le village Palma Blanca, un lieu où le sourire a disparu et où les habitants marchent lentement, sauf dans la boutique El legionario.

Juan Carlos Cremata pour sa part donne la touche finale à Contigo pan y cebolla (Avec toi, du pain et de l’oignon). Une histoire très connue du public car c’est une des pièces parmi les plus connues du théâtre cubain. Sa version cinématographique est, selon le cinéaste, un hommage à son auteur Héctor Quintero.

Également en phase finale de post-production, Fatima, le dernier film de l’acteur Jorge Perugorria comme réalisateur, Interprété par Carlos Enrique Almirante, il est basé sur le conte El parque de la fraternidad (Le Parc de la Fraternité), de Miguel Barnet, et raconte l’histoire d’un travesti original, qui s’autoproclame « Reine des nuits havanaises ».

Fernando Pérez travaille sur La pared de las palabras (Le mur des mots), un film qui raconte la vie difficile d’un malade souffrant de handicaps psychomoteurs, la relation avec sa famille et d’autres personnages, aux vies non moins tourmentées. Une excellente recherche sur la condition humaine.

Le film a été tourné dans les studios de Santa Fé et dans la Quinta Canaria, avec une distribution remarquable : Jorge Perugorria, Isabel Santos, Laura de la Uz et Veronica Lynn, si bien que l’on peut s’attendre à une joute d’acteurs entre ces quatre grands.

Omega 3, premier long métrage de science fiction cubain est également en post-production. Dirigé par Eduardo del Llano, il est interprété par Carlos Gonzalvo et Daylenis Fuentes.

Venecia (Venise), un film sur le point de sortir en salle, parle du défi d’être une femme dans la Cuba d’aujourd’hui. Il raconte les aventures de trois jeunes coiffeuses qui, le jour de la paie, décident d’accompagner l’une d’elles pour acheter une robe. C’est le point de départ d’une série de péripéties qui durera jusqu’au lendemain et les laissera sans un sou. Au petit jour, sans argent mais avec beaucoup d’espoirs en tête, elles rêvent d’ouvrir un salon de beauté particulier auquel elles donneront le nom de Venise.

S’appuyant sur le jeu de Laura de la Uz, Luis Alberto Garcia, Jorge Perugorria et Isabel Santos, la réalisatrice Marilyn Solaya est sur le point de présenter Vestido de Novia (La robe de mariée). Le film aborde le conflit de Rosa Elena et Ernesto dans La Havane de 1994. Elle, aide-soignante, lui, chef d’une brigade de construction. Ils tombent amoureux, se marient et tentent d’être heureux jusqu’à ce qu’un secret dans la vie de la femme vienne menacer cette harmonie. Ils seront les victimes de la violence, des préjugés et des stéréotypes d’une société qui est encore dominée par le machisme.

Vuelos prohibidos (Vols interdits), titre du dernier projet cinématographique de Rigoberto Lopez, interprété par le chanteur de salsa Paulo FG, a été filmé à La Havane et à Paris.

Quant à la jeune réalisatrice Jessica Rodriguez, elle met la dernière main à son premier film, Espejuelos oscuros (Lunettes noires), avec Luis Alberto Garcia et Laura de la Uz, qui jouent chacun quatre rôles différents. Selon la réalisatrice, « le film se déroule à quatre moments différents de l’Histoire de Cuba et il traite chaque fois des conflits d’une femme entre ses désirs et ce que la société attend d’elle. Des conflits très forts même s’ils concernent des femmes à la vie médiocre et ordinaire ».

LE DOCUMENTAIRE

Le documentaire cubain s’est toujours détaché par son style, sa vaste gamme thématique, et même s’il n’est pas privilégié dans les programmations, on continue d’en réaliser. Cette année, à l’occasion du 55e anniversaire de l’ICAIC, trois documentaires, consacrés à divers aspects de la culture, sont sortis en salle.

Le premier d’entre eux, Humberto, de Carlos Barba, est une approche de la figure du grand cinéaste cubain Humberto Solas (1941-2008). Un document sensible et profond et un hommage à la vie et à l’œuvre du cinéaste cubain (Lucia, Cecilia, Un hombre de éxito) qui a laissé une marque profonde dans le cinéma latino-américain.

Le deuxième, Yo sé de un lugar (Je connais un lieu), dirigé par le Suisse Beat Porter est un documentaire sur le populaire musicien cubain Kelvis Ochoa, dans lequel on retrouve les lieux et les personnalités qui ont marqué la vie et l’œuvre de l’artiste, notamment Silvio Rodriguez, Pablo Milanés, Frank Fernandez, Yusa et Ernan Lopez-Nussa.

Me dicen Cuba (On m’appelle Cuba), de Pablo Massip, est un documentaire réalisé pour rendre hommage aux Cinq Cubains, à travers des témoignages de plus de 70 musiciens cubains, dont Silvio Rodriguez, Sergio Vitier, le duo Buena Fe, Vicente Feliu, le chanteur compositeur Lazaro Garcia, la directrice du Chœur nacional Digna Guerra, Raul Paz, Luna Manzanares, Vania Borges, et Paulo FG. Ces musiciens, qui font partie de l’avant-garde musicale cubaine actuelle, parlent de valeurs universelles telles que la patrie, la famille, la musique, l’amour, l’amitié, l’héroïsme et la paix, en autres thèmes.

Auparavant, on a pu voir dans les salles le documentaire de Lourdes Prieto, Hay un grupo que dice (Il y a un groupe qui dit), très bien accueilli par le public, sur l’histoire du Groupe d’expérimentation sonore de l’ICAIC, créé en 1969, dans lequel on retrouve des interviews de Leo Brouwer, Silvio Rodriguez, Sara Gonzalez, Eduardo Ramos, Sergio Vitier, Pablo Menéndez, Noel Nicola, Pablo Milanés et Victor Casaus, qui en fut le producteur avec le Centre culturel Pablo de la Torriente Brau.

Le court métrage de fiction a aussi sa place dans la cinématographie cubaine. Ainsi, Tarde para Ramon (Après-midi pour Ramon), du jeune réalisateur Daniel Chile, de dix minutes, avec pour interprète Jorge Perugorria, accompagné de Maydely Pérez, Yaniel Castillo, Yasmany Guerrero, Lyn Cruz, Gina Morales et Omar Franco, s’inscrit dans le genre drame. Il raconte l’histoire de Ramon qui doit prendre une décision pour résoudre un conflit qui l’oppose à sa fille et les situations imprévues qui décideront de leurs vies.

Au vu de cette longue liste, nous avons des raisons de penser que le cinéma cubain en 2014 ne saurait mieux se porter.
 

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