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 S P O R T S

La Havane. 18 Janvier 2012 

Il y a 50 ans
Naissance d’un nouveau baseball

Sigfredo Barros

CES compétitions n’avaient même pas le nom qu’elles portent aujourd’hui : Série nationale. La presse de l’époque parlait de Tournoi national de baseball amateur, ou tout simplement de Tournoi de l’INDER (Institut national des sports et des loisirs). Il réunissait quatre équipes issues des éliminatoires régionales qui étaient disputées dans les provinces. Le pays comptait six provinces à l’époque.

Naissance d’un nouveau baseballLe tâche, même si beaucoup n’en avaient pas saisi l’envergure, s’annonçait titanesque. Il s’agissait de remplacer la Ligue cubaine de baseball professionnel, qui datait de 1878 et s’était maintenue pendant 83 ans, jusqu’à janvier 1961.

Une ligue dans laquelle avaient évolué de très grands joueurs. Des baseballeurs de la classe de Martin Dihigo, José de la Caridad Mendez, Cristobal Torriente – aujourd’hui membres du prestigieux « Hall of Fame » de Cooperstown –, ainsi que d’autres qui ont brillé sous d’autres latitudes (comme Conrado Marrero) écrivirent des pages glorieuses en 80 ans de baseball professionnel.

Mais une Révolution venait de conquérir le pouvoir et était pourvue d’une force suffisante pour tout changer. Le sport en général, et le baseball en particulier, n’étaient pas une exception. Un décret-loi avait tiré un trait définitif sur tout sport professionnel.

Le 14 janvier 1962, le stade Latinoamericano de La Havane avait été pris d’assaut par 25 251 spectateurs curieux de voir des baseballeurs pratiquement inconnus mais soucieux d’offrir un bon spectacle.

Ce fut une journée historique. En présence du commandant en chef. Et un détail curieux : après les hymnes national et l’Internationale, les quatre coachs se sont dirigés vers Fidel : Tony Castaño, de l’équipe Azucareros, tenant une batte, Fermin Guerra (Occidentales), un gant de première base, Pedro « Natilla » Jiménez (Orientales), avec une balle, et José Maria Fernandez (Habana) avec un gant, afin que le chef de la Révolution choisisse la manière de donner le coup d’envoi du championnat, d’après le quotidien Revolution du lendemain.

Fidel a choisi la batte, et après deux lancers il a frappé un roulant entre le premier et le deuxième but des Azucareros, inaugurant ainsi la première de nos Séries nationales.

Quelques minutes plus tard, notre collègue aujourd’hui disparu Eddy Martin interviewait Fidel qui, visiblement ému, signalait : « Le baseball est aussi passé aux mains du peuple. En premier lieu, les joueurs sont des jeunes issus du peuple, des garçons humbles qui ont eu la chance de pratiquer ce sport. Le baseball est maintenant encore plus national. Un autre aspect très important de ce nouveau système sportif c’est que pour la première fois les villages et les villes de l’intérieur du pays – Santiago de Cuba, Pinar del Rio, Santa Clara, Camagüey, Matanzas et beaucoup d’autres – ont pu jouir de ces compétitions de haut niveau, alors qu’avant ils n’avaient droit qu’à des matchs d’exhibition ».

Et d’ajouter plus loin : « Nous aurons de grands baseballeurs et nous battrons les Américains en baseball ».

Il n’aura pas fallu attendre longtemps. Sept ans plus tard, certains des joueurs qui avaient débuté ce 14 janvier – Andrés Telemaco, Ramon Echevarria, Owen Blandino, ce dernier sacré meilleur batteur – firent un retour triomphal de République dominicaine, pays qui avait accueilli la Coupe du monde de 1969, après avoir remporté une victoire spectaculaire sur l’équipe des États-Unis, et sous les encouragements d’un public dominicain qui, massé dans le stade Quisqueya, n’arrêta pas de crier « Cuba, Cuba, Cuba ! », et « Yankees go home ! ».

Cinquante ans se sont écoulés depuis cet événement mémorable. Le baseball cubain est monté à maintes reprises sur la plus haute marche du podium aux compétitions internationales. Une journée du baseball a été organisée dans tout le pays, dans tous les stades et terrains de sport pour fêter cette date.
 

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