Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

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 S P O R T S

La Havane. 12 Juillet 2012 

Nelson Mandela et Teofilo Stevenson

Angel Dalmau Fernandez

En 1994, j’ai eu le privilège de présenter mes lettres de créance en qualité de premier ambassadeur de Cuba au président de l’Afrique du Sud fraîchement libérée de l’odieux système de ségrégation connu comme apartheid. Comme chacun sait, ce président était Nelson Mandela, un homme extraordinaire de l’Afrique et du monde. J’étais accompagné de ma femme Silvia, du Conseiller de l’ambassade Marcos Gonzalez, qui occupe depuis plusieurs années le poste de vice-ministre des Affaires étrangères, et de sa femme Rosa Maria.

Nelson Mandela et Teofilo StevensonAu cours de ce bref entretien diplomatique, le président m’a posé trois questions : Comment va Cuba ? Comment va mon frère Fidel ? Comment va Stevenson ?

Il se trouve que Nelson Mandela avait été boxeur dans la catégorie des poids lourds, et pendant près des trente ans passés comme prisonnier politique dans l’île de Robben Island et d’autres prisons, il suivit de près la brillante carrière du boxeur cubain, qui devint son idole en sa qualité de meilleur boxeur amateur des poids lourds du monde.

Le régime raciste se vit contraint de libérer Mandela en 1990 pour des raisons connues, dont les batailles de Cuito Cuanavale et la présence militaire massive des troupes cubaines dans le sud de l’Angola, entre 1987 et 1988. En juillet 1991, Nelson Mandela partagea l’estrade avec Fidel à l’occasion de la cérémonie nationale du 26 juillet à Matanzas. C’est au cours de ce voyage à Cuba que Mandela et Teofilo Stevenson firent connaissance et se lièrent d’amitié.

Quelques mois après que le président sud-africain ait demandé des nouvelles de Teofilo, le champion cubain arriva en Afrique du Sud pour participer à un séminaire de l’Association internationale de boxe amateur (AIBA), dans l’une des provinces proches de Pretoria, la capitale du pays.

Nous avons accueilli Stevenson à l’aéroport. Je le connaissais personnellement, mais ce fut une occasion spéciale pour le personnel de l’ambassade et d’autres camarades engagés dans la coopération de faire la connaissance du grand champion et de passer quelques moments avec lui. Parmi nous se trouvait un ami personnel de Teofilo, le Dr Jimmy Davis, et nous avons partagé des moments mémorables en sa compagnie en parlant de boxe et de sport en général.

Après avoir été informé de l’arrivée imminente de Teofilo Stevenson, j’ai passé un coup de fil à un ami sud-africain, un conseiller personnel du président Mandela. Je lui ai expliqué la situation en lui disant que le président s’était enquis des nouvelles de Stevenson. Quelques heures plus tard, notre ami a téléphoné pour nous dire que Stevenson et moi serions reçus par Mandela au Palais du gouvernement, en précisant la date et l’heure.

À notre arrivée au Palais, une femme nous a conduits dans un salon et nous a priés de patienter un moment, le président étant retenu par l’arrivée impromptue d’un visiteur important. Une vingtaine de minutes plus tard, une porte s’est ouverte et Nelson Mandela, le visage illuminé par son éternel sourire et les bras grands ouverts, s’est avancé directement vers le champion cubain en s’exclamant : « Teofilo ! », et lui a donné une franche accolade. Le président m’a salué chaleureusement et, comme d’habitude, il m’a demandé des nouvelles de Fidel. Il nous a invités à nous asseoir en disant : « Veuillez m’excuser de vous avoir fait attendre. Bon, je suis là. J’ai reçu la visite d’un président africain qui voulait me voir. Cette visite n’était pas prévue à l’agenda, mais il faut toujours recevoir les amis. Il est parti et maintenant, a-t-il dit en regardant Teofilo, on peut parler de choses importantes et agréables ».

Je savais Stevenson capable de communiquer en anglais, mais je ne l’avais jamais vu en action, si bien qu’avant que le président nous reçoive je lui ai proposé mes services comme interprète. Il m’a répondu, souriant : « S’il y a quelque chose que je ne comprends pas, je vous demanderai. Mais je vous remercie quand même, Dalmau ».

Il n’y a pas eu besoin d’interprétariat. Je me suis installé dans un fauteuil à écouter la conversation entre les deux grands hommes sur leurs expériences personnelles comme boxeurs, tous deux souriant et riant durant les 45 minutes que dura l’entretien. Mais ils n’ont pas seulement parlé de boxe. Il a aussi été question des grands problèmes de l’humanité provoqués par les injustices et les inégalités imposés aux pauvres par les riches. À un moment donné, j’ai participé à la conversation, mais pour dire les choses comme elles sont, je souhaitais davantage suivre l’entretien, pleinement conscient du moment si particulier qu’il m’était donné de vivre.

Mandela s’est aussi référé à la société non raciale que visait la direction de son parti, le Congrès national africain, et son allié le Parti communiste sud-africain. Le président a expliqué que malgré les différentes couleurs de peau des gens de son pays et dans beaucoup d’autres pays du monde, le mot multiracial implique l’existence de beaucoup de races, et que ce dernier terme en soi est discriminatoire car le genre humain est un et indivisible. Teofilo s’est dit complètement d’accord avec le président.

Pendant que je suivais attentivement cet entretien qui ressemblait davantage à des retrouvailles entre amis, même si Mandela avait plus de 33 ans de plus que Teofilo, me revenaient à l’esprit des passages de l’autobiographie – qui venait de paraître à l’époque – de Nelson Mandela intitulée Un long chemin vers la liberté, un ouvrage où l’on découvre toute la simplicité de ce grand homme. C’était aussi le cas de Teofilo Stevenson, le boxeur amateur le plus célèbre de tous les temps, toujours accompagné de cette vertu, en présence d’une personnalité comme Nelson Mandela, dont les mérites seront inscrits à jamais dans l’histoire de humanité.

Cet entretien entre boxeurs se termina par une photo des deux hommes, à la demande de Mandela qui souhaitait la montrer à ses petits-enfants, car autrement ils ne l’auraient pas cru lorsqu’il leur dirait qu’il s’était entretenu avec le meilleur boxeur amateur de tous les temps. Avant de prendre congé, le président serra Teofilo dans ses bras, le priant de transmettre cette accolade à Fidel. Je n’ai jamais su si Stevenson, qui était la modestie personnifiée, a jugé bon de transmettre le message à son destinataire...
 

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