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 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. le 9 Août 2012

Mexique
Face au prochain sexennat

Juan Diego Nusa Peñalver

DURANT le prochain sexennat (2013-2018), le Mexique devra relever d’immenses défis aux niveaux politique, économique, social et sécuritaire, dans un contexte où les politiciens locaux ne semblent pas en mesure d’apporter des solutions aux problèmes complexes auxquels est confronté le pays.


La sécurité est actuellement l’une des principales préoccupations de la société mexicaine.

Il serait difficile de développer ici chacune de ces problématiques, cependant, selon les spécialistes, il semblerait que le thème dominant et le plus sensible pour les Mexicains soit celui de la sécurité ou plus exactement de l’insécurité généralisée dans les villes et villages. Après de multiples sondages, le problème de l’insécurité apparaît en effet comme le problème majeur pour les Mexicains devant l’économie, et ce, malgré la persistance du narcotrafic, moteur de la violence depuis des décennies dans la société mexicaine.

La différence avec les décennies antérieures repose sur l’augmentation de la violence liée aux activités des narcotrafiquants et du crime organisé, avec une recrudescence d’opérations sanguinaires menées par de puissants cartels comme celui des Zetas ou le cartel de Sinaloa qui se disputent à feu et à sang les routes de la drogue, dans les États hautement militarisés de Tamaulipas (nord-est), Veracruz (est), Nuevo Leon (nord) et Guerrero (ouest), les plus violents du pays.


Plus de 55 000 morts dans la guerre antidrogue au Mexique.

Une enquête du journal Excelsior et du centre de sondage BCG a diffusé une étude dans laquelle les sondés doivent exprimer leurs priorités : 75% d’entre eux ont répondu qu’ils souhaiteraient voir les candidats à la présidentielle discuter des questions de l’insécurité et de la délinquance dans le pays.

Apparaissent ensuite à 51% la question de l’emploi, de l’éducation (40%), de l’économie (25%), de la santé (12%) et le combat contre la pauvreté (9%), qui, malgré le classement reste une question prioritaire dans la deuxième nation la plus peuplée d’Amérique Latine.

Par ailleurs, Javier Oliva, chercheur spécialiste dans les questions sécuritaires à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM) va dans ce sens en signalant que le défi le plus important « est de reconstruire les conditions et les bases d’une paix sociale dans les zones les plus affectées par la violence au Mexique ».

En effet, depuis que le président Felipe Calderon a décidé de combattre le pouvoir croissant des narcotrafiquants avec les Forces armées mexicaines, le résultat a été une explosion dramatique de la criminalité, liée aux combats que se livrent le gouvernement et les narcos pour la récupération des places, des routes et de la souveraineté effective sur le terrain ; un chiffre terrifiant corrobore cette situation : 55 000 morts ont été enregistrés durant la mandat de Calderon, depuis 2006, selon des sources diverses.


Sous les gouvernements du PAN, le pays a vu augmenter le nombre de défavorisés de 15 millions depuis 2000.

Une situation dramatique qui a un impact direct sur la société mexicaine et ses institutions. En effet, l’argent du narcotrafic corrompt le tissu social et institutionnel du pays. Un foyer alimenté par la proximité du marché global le plus lucratif de la consommation de drogues illégales de tous types, contrebande d’armes et traite d’immigrants, comme l’est celui des États-Unis, qui, paradoxalement, agissent peu pour aider de manière efficace leur voisin immédiat.

Washington, au contraire, attise le problème avec le mur immoral construit à la frontière avec le Mexique, où, chaque année, des centaines d’émigrants perdent la vie, ou encore par de les scandaleuses opérations en territoire mexicain comme l’opération Fast and the Furious ( pour enquêter sur transfert illégal d’armes au Mexique), pour laquelle Eric Holder, procureur général des États-unis a été jugé par la Chambre de représentants du Congrès étasunien pour outrage au Tribunal pour un supposé manque de coopération, mesure sans précédent dans ce pays.

Craig Deare, spécialiste en sécurité internationale, confirme : « la situation pour le nouveau président mexicain se complique en raison de la complexe relation avec son voisin du Nord. S’il est indéniable qu’il existe des avantages à être voisin du plus grand marché mondial, ce marché (qui est aussi celui de la consommation de drogues) a causé et continuera de causer des problèmes majeurs au gouvernement mexicain. Il est bien connu que la demande nord-américaine destinée à la consommation colossale de drogues alimente le foyer ardent du narcotrafic. »


Le Tribunal Fédéral Électoral a jusqu’au 6 septembre pour analyser et valider ou non les résultats électoraux et par conséquent valider ou non l’élection du président de ces élections controversées.

Dans cette perspective, les options politiques pour le futur président seront limitées, il devra choisir entre la stratégie actuelle, saupoudrée de quelques retouches superficielles, de l’utilisation des Forces armées pour combattre les cartels sanguinaires des narcotrafiquants et supporter la difficile relation avec les États-unis dans ce domaine, avec le danger de compromettre la souveraineté de son pays, ou s’attaquer de front à ce fléau et prendre le mal à la racine, en développant l’emploi et l’éducation, en réduisant la pauvreté et l’exclusion sociale, terreau dont se nourrit le crime organisé mexicain.

L’insécurité et le narcotrafic sont par conséquent des problèmes qui dépassent largement les frontières mexicaines et malheureusement, le prochain chef d’État, indépendamment des décisions qu’il pourra prendre, ne résoudra pas la question essentielle du marché hautement lucratif des drogues aux États-unis, où sont dépensés annuellement 65 milliards de dollars pour l’achat de drogues, selon les propres chiffres de la DEA (agence antidrogue des États-unis).

Le nouveau gouvernement mexicain aura à relever un autre grand défi : celui de l’emploi ; il devra accélérer la création d’emplois afin d’éviter que la jeunesse ne continue de tomber dans le secteur informel ou finisse par grossir les rangs du crime organisé, car la population active mexicaine augmente plus rapidement que dans les pays voisins.

Restaurer le tissu social


Les enfants représentent environ la moitié des 52 millions de Mexicains pauvres sur un total de 112 millions d’habitants dans le deuxième pays le plus peuplé d’Amérique Latine et des Caraïbes.

La réduction de la pauvreté a reculé au Mexique durant ces dernières années, avec des conséquences pour l’avenir du pays. Les enfants représentent environ la moitié des 52 millions de Mexicains pauvres (sur un total de 112 millions d’habitants), élément qui « indique que la pauvreté pourrait avoir des répercussions à long terme et plus profondes que dans d’autres pays », comme le souligne un récent rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Le Mexique a donc besoin d’accroître ses dépenses publiques afin de prendre en charge les besoins des plus vulnérables. Et ce, dans un contexte où la pauvreté, d’après les chiffres du Conseil national d’évaluation de la politique de développement social (Coneval), a augmenté de 51% durant le dernier mandat de Calderon.

Deuxième économie d’Amérique Latine, le Mexique a vu augmenter de 15 millions sa population défavorisée depuis l’an 2000, sous les gouvernements du Parti d’action nationale (le PAN), ce qui explique, entre autre, le vote sanction contre la candidate de ce parti , Josefina Vazquez Mota., lors des dernières élections présidentielles.

LES BLESSURES DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE

Selon le décompte final de l’Institut fédéral électoral (IFE), les meilleurs scores ont été ceux du candidat Enrique Peña Nieto du Parti révolutionnaire institutionnel ( PRI) qui a remporté l’élection le 1er Juillet avec 38,21 % des suffrages, suivi par Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO) du Parti de la révolution démocratique (PRD), candidat d’une coalition de gauche avec 31,59% des votes ; la candidate du parti au pouvoir Vazquez Mota a terminé en troisième position avec 25,41 % des voix.

AMLO a contesté les résultats et dénoncé l’achat d’environ cinq millions de votes et le dépassement des frais de campagne; le PAN a, quant à lui, reconnu les résultats de l’élection, mais il a admis un manque d’équité évident. Ces éléments sont à analyser dans le cadre du processus électoral mexicain qui donne le délai du 6 septembre au Tribunal fédéral électoral (le TRIFE) pour analyser et valider ou non les résultats et par conséquent confirmer ou non l’élection du Président de ces élections controversées.

Dans le futur Congrès, le PRI émerge comme la première force politique mais il ne bénéficiera pas de la majorité absolue ou simple dans les deux Chambres législatives, nécessaire pour imposer seul son programme, ce qui l’obligera à trouver des alliances.

Quelle que soit l’issue de ces élections, le prochain président aura pour difficile mission de panser les blessures amères de cette bataille électorale, donner de la cohésion au pays et reconstruire une base minimale de consensus, en particulier au niveau du pouvoir législatif, afin d’appliquer son programme gouvernemental.

Le 1er septembre, le Nouveau congrès de l’union s’installera au pouvoir et le 1er décembre aura lieu l’investiture du nouveau président de la République. Ils auront pour lourde tâche de redonner au Mexique la perspective de meilleurs lendemains.
 

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