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La Havane. le 28 Juin 2012

Paraguay : le renseignement US derrière le retour de la mafia des Stroessner

Jean-Guy Allard

LA confiance qui règne entre Federico Franco et l’ambassade des États-Unis est si grande que, déjà en 2009 Franco lui avait évoqué la possibilité d’évincer son président, Fernando Lugo, comme l’a révélé quelque mois plus tard un document mis en ligne par WikiLeaks, qui rapporte sa conversation avec un fonctionnaire du renseignement de l’ambassade US à Asuncion.

Paraguay : le renseignement US derrière le retour de la mafia des StroessnerLe document, daté du 6 mai 2009, aurait été rédigé par un membre de la représentation diplomatique (à savoir, la CIA) et rendu public plus tard par le site de l’Australien Julian Assange. Il met en évidence les divergences observées entre le président et son vice, et donne des précisions sur les intentions de ce dernier.

« Certes, les désaccords entre Lugo et Franco se sont accentués. Mais Franco a dit à l’ambassadeur le 28 avril qu’il n’est mêlé à aucun projet visant à renverser Lugo, et que sa position est de faire preuve de patience pour appuyer les institutions démocratiques paraguayennes », est-il dit textuellement dans le rapport secret.

Federico Franco appartient au Parti libéral radical authentique (PRLA-droite), l’ « opposition» dite molle autorisée par le Parti Colorado du dictateur Alfredo Stroessner, qui a imposa pendant 35 ans sa dictature sanguinaire au Paraguay. L’arrivée de ce médecin libéral de droite au pouvoir aux côtés de Lugo fut le résultat de contorsions politiques dont seule la base politique traditionnelle a les secrets.

Les relations plus qu’amicales de Franco avec l’ambassade des États-Unis à Asuncion montrent à quel point la pieuvre de la diplomatie yankee serrait de près ce vice-président qui ne cachait pas sa répugnance pour « le curé » qu’il accompagnait aux commandes du pays.

Et d’une manière évidente, il discutait et échangeait des vues avec les diplomates yankees, reconnaissants pour les nombreuses frictions qui émaillaient ses rapports avec son chef.

Déjà à son arrivée à la présidence, le Département d’État lui avait assigné un interlocuteur bien préparé pour affronter une conjoncture inévitable. L’ambassadeur yankee était à l’époque James Cason, qui s’était « illustré » quelque temps plus tôt en tant que chef de la Section des intérêts US à La Havane, station locale de la CIA à Cuba.

À Asuncion, le caporal Cason faisait l’intéressant – y compris comme interprète amateur de folklore guarani. Mais il ne se limitait pas à faire le clown. Rappelons qu’à Cuba ce proche de la mafia cubano-américaine s’évertua à provoquer le plus d’incidents possibles pour mettre à l’épreuve les autorités révolutionnaires.

L’actuelle ambassadrice US à Asuncion, Liliana Ayalde, décida même de le prendre sous son aile pour s’assurer de son soutien aux plans concoctés par les héritiers de Stroessner, ceux-là mêmes qui contrôlent le parlement national et ne cessent de comploter.

UN INCIDENT RÉVÉLATEUR

En mars 2010, le ministre paraguayen de la Défense, l’ex-général Luis Bareiro Spaini, avait été cité à comparaître devant la Chambre des députés pour «manquement aux usages diplomatiques », et pour « l’outrage fait à la représentante des États-Unis ». La majorité de droite au Congrès avait adopté une motion de censure contre le ministre de la Défense, à qui on reprochait d’avoir accusé l’ambassadrice des États-Unis, Liliana Ayalde, d’ingérence dans les affaires du pays.

Le ministre avait demandé des explications à l’ambassadrice des États-Unis à travers un courrier : « au cours d’un déjeuner organisé par la diplomate américaine, auquel participaient le vice-président Franco, des membres de la classe politique et un groupe de généraux américains, la fonction et la politique du président Lugo ont été dénigrées de façon sarcastique et insultante ». La diplomate US avait encouragé un débat sur la situation politique paraguayenne et sur la possibilité de destituer le président Lugo !

L’opposition s’est ainsi attaquée non pas à Franco, mais au ministre de la Défense « pour s’être immiscé dans des fonctions qui sont du ressort du ministre des Affaires étrangères ».

Le complot était en marche.

LUGO ENTOURÉ DE REQUINS

Le document de 2010 contenait déjà des spéculations sur le départ de Lugo et « le degré de participation du vice-président dans ces plans ».

Il est fait état de certains « acteurs politiques », des informateurs de l’ambassade qui ont placé Franco sous leur loupe. Il est signalé le vice-président Franco serait parvenu à un accord avec le général putschiste Lino Oviedo pour accélérer le procès politique contre Fernando Lugo pour qu’il prenne le pouvoir avec Oviedo, éventuellement élu vice-président.

Le rapport de l’ambassade des États-Unis à Asuncion fait également état de l’intérêt de certains politiciens pour écourter le gouvernement de Lugo.

Des rumeurs persistent selon lesquelles l’ancien général putschiste Lino Oviedo, l’ex-président Nicanor Duarte Frutos et/ou le vice-présdident Federico Franco cherchent les moyens d’écourter le délai de Lugo », signale la dépêche de WikiLeaks, qui est accompagné de dépêches de la CIA énonçant les choses beaucoup plus crûment encore.

Le message secret émis par l’ambassade et adressé au Département d’État parlait aussi de l’existence de « requins politiques » autour du président.

« Nous pensons qu’il subit une grosse pression », est-il signalé, avant d’évoquer la possibilité que certains pourraient trouver le moyen de le faire abdiquer ou de lui intenter un procès politique. Ceci « peut devenir une possibilité de plus en plus crédible ».

Quotidiennement informée de chaque incident survenu dans les plus hautes sphères du pouvoir, et profitant de la complicité de chaque « requin », la machine d’espionnage de l’ambassade US n’avait plus qu’à guider les pas à Federico Franco, ce nostalgique du général assassin qui gouverna son pays d’une main de fer.
 

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