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 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. le 23 Août 2012

L’ÉQUATEUR ACCORDE L’ASILE POLITIQUE À JULIAN ASSANGE
« Nous ne sommes pas une colonie ! »

Angie Todd

LA décision très honorable du gouvernement équatorien d’accorder l’asile politique au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, le 15 août, a suscité une vive polémique.


Julian Assange : « Les États-Unis doivent mettre fin à leur chasse aux sorcières ».

Assange a trouvé refuge dans l’ambassade de l’Équateur il y a deux mois à Londres, après avoir perdu sa bataille juridique au Royaume-Uni pour éviter son extradition en Suède, où il est accusé d’abus sexuels. De là, il serait probablement extradé vers les États-Unis, où il pourrait être jugé par des tribunaux exceptionnels pour avoir diffusé des secrets militaires et diplomatiques d’État.

Les premières révélations de WikiLeaks ont jeté la lumière sur la réalité néfaste des guerres des États-Unis et de leurs alliés contre l’Irak et l’Afghanistan. Ce même 12 août, l’avocat du soldat étasunien Bradley Manning, la « source » présumée d’Assange sur les actions militaires des États-Unis en Irak, a dénoncé une atteinte, de la part de l’Armée des USA, aux droits de son client. Manning avait été arrêté en mai 2010 et devrait répondre de 22 chefs d’accusation pour avoir dévoilé des renseignements liés à la défense nationale à une personne non autorisée, une accusation très grave. Ce soldat a passé la plupart de sa détention en isolement pendant 23 heures dans une cellule de 1,8 x 2,4 mètres, soumis à des traitements dégradants et cruels.

Ce militaire étasunien aurait remis à WikiLeaks une vidéo prise depuis des d’hélicoptères US pendant une attaque à Bagdad en juillet 2007, un document que ce site a intitulé Meurtre collatéral.

Pendant le premier raid, deux hélicoptères ont ouvert le feu sur une dizaine d’hommes, la plupart d’entre eux désarmés, y compris deux correspondants de Reuters, Saeed Chmagh et Namir Noor-Eldeen. Huit personnes ont été tuées dans cette attaque, dont Noor-Eldeen, et Chmagh a été blessé.

La deuxième attaque avait pour cible Chmagh et deux hommes désarmés lorsqu’ils s’apprêtaient à transporter le journaliste blessé dans une camionnette pour le conduire à l’hôpital. Deux enfants qui se trouvaient dans la camionnette ont été blessés, et trois autres personnes ont été tuées, dont Chmagh et le père des enfants.

Bradley Manning a comparu en cour martiale en février 2012 mais n’a pas fait de déposition. Son procès doit commencer en septembre.

Après ces révélations, les autorités étasuniennes ont tenté de bloquer WikiLeaks, mais les fuites ont continué. Beaucoup d’entre elles ont révélé des instructions adressées par le Département d’État à ses responsables basés dans plusieurs pays d’Amérique latine qui travaillent en faveur de l’unité régionale. Il s’agit d’actions d’ingérence ouvertes dans les affaires souveraines et dans leurs processus politiques.

L’ARROGANCE BRITANNIQUE

Pendant les deux derniers mois, la diplomatie équatorienne a travaillé intensément mais vainement pour obtenir des garanties de la part des autorités britanniques et suédoises pour que le retour d’Assange en Suède ne soit le préalable à une extradition vers les États-Unis.

Le 14 août, anticipant la décision de l’Équateur, les autorités du Royaume-Uni ont menacé de lancer un assaut contre l’ambassade équatorienne à Londres pour accomplir « l’obligation légale » d’extrader Assange vers la Suède. Bien entendu, un tel acte serait une violation de la Convention de Vienne sur l’immunité diplomatique.

Après l’annonce, par le ministre équatorien des Affaires étrangères, de la décision d’accorder l’asile politique à Julian Assange, ratifiée par le Parlement de son pays, sa contrepartie britannique, Wilial Hague, a intensifié les menaces contre l’intégrité de l’ambassade de ce pays. « Le Royaume-Uni n’accepte pas le principe de l’asile diplomatique en tant que tel. Même pour les pays qui reconnaissent l’asile diplomatique, on ne saurait y recourir pour se soustraire au cours normal de la justice », a-t-il signalé, et il a ensuite insinué que cet usage indu de la mission diplomatique équatorienne pourrait aboutir à la révocation de son statut.

Le chef de la diplomatie équatorienne a souligné quant à lui que « l’Équateur n’est pas une colonie », ajoutant que la réaction britannique équivaut à une menace : « En gros, on nous dit : "Nous allons frapper dur si tu ne te comportes pas comme il faut" ».

Quoi qu’il en soit, en dehors de savoir si le fondateur de WikiLeaks mérite d’être condamné ou non, s’il a été victime ou non d’un complot de la CIA, la persécution d’Assange est politique, pour avoir révélé les actions militaires et diplomatiques douteuses des États-Unis.

Prenant la parole depuis le balcon de l’Ambassade, Assange a demandé au président Barack Obama de mettre fin à cette chasse aux sorcières dont il est victime, et de libérer le soldat Bradley Manning.

Les grands médias corporatifs déploient aujourd’hui de gros efforts pour présenter une image manipulée, déformée et fausse des événements mondiaux pour perpétrer le statu quo des pouvoirs impériaux, ces mêmes pouvoirs qui ont encouragé et approuvé l’assassinat des journalistes qui ont osé dénoncer les mensonges. La question essentielle ici demeure celle du droit des peuples à recevoir des informations vraies.
 

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