« Nous ne sommes pas une colonie ! »
Angie Todd
LA décision très honorable du gouvernement équatorien
d’accorder l’asile politique au fondateur de WikiLeaks,
Julian Assange, le 15 août, a suscité une vive polémique.
|

Julian
Assange : « Les États-Unis doivent mettre
fin à leur chasse aux sorcières ». |
Assange a trouvé refuge dans l’ambassade de
l’Équateur il y a deux mois à Londres, après avoir perdu
sa bataille juridique au Royaume-Uni pour éviter son
extradition en Suède, où il est accusé d’abus sexuels.
De là, il serait probablement extradé vers les États-Unis,
où il pourrait être jugé par des tribunaux exceptionnels
pour avoir diffusé des secrets militaires et
diplomatiques d’État.
Les premières révélations de WikiLeaks ont jeté la
lumière sur la réalité néfaste des guerres des États-Unis
et de leurs alliés contre l’Irak et l’Afghanistan. Ce
même 12 août, l’avocat du soldat étasunien Bradley
Manning, la « source » présumée d’Assange sur les
actions militaires des États-Unis en Irak, a dénoncé une
atteinte, de la part de l’Armée des USA, aux droits de
son client. Manning avait été arrêté en mai 2010 et
devrait répondre de 22 chefs d’accusation pour avoir
dévoilé des renseignements liés à la défense nationale à
une personne non autorisée, une accusation très grave.
Ce soldat a passé la plupart de sa détention en
isolement pendant 23 heures dans une cellule de 1,8 x
2,4 mètres, soumis à des traitements dégradants et
cruels.
Ce militaire étasunien aurait remis à WikiLeaks une
vidéo prise depuis des d’hélicoptères US pendant une
attaque à Bagdad en juillet 2007, un document que ce
site a intitulé Meurtre collatéral.
Pendant le premier raid, deux hélicoptères ont ouvert
le feu sur une dizaine d’hommes, la plupart d’entre eux
désarmés, y compris deux correspondants de Reuters,
Saeed Chmagh et Namir Noor-Eldeen. Huit personnes ont
été tuées dans cette attaque, dont Noor-Eldeen, et
Chmagh a été blessé.
La deuxième attaque avait pour cible Chmagh et deux
hommes désarmés lorsqu’ils s’apprêtaient à transporter
le journaliste blessé dans une camionnette pour le
conduire à l’hôpital. Deux enfants qui se trouvaient
dans la camionnette ont été blessés, et trois autres
personnes ont été tuées, dont Chmagh et le père des
enfants.
Bradley Manning a comparu en cour martiale en février
2012 mais n’a pas fait de déposition. Son procès doit
commencer en septembre.
Après ces révélations, les autorités étasuniennes ont
tenté de bloquer WikiLeaks, mais les fuites ont
continué. Beaucoup d’entre elles ont révélé des
instructions adressées par le Département d’État à ses
responsables basés dans plusieurs pays d’Amérique latine
qui travaillent en faveur de l’unité régionale. Il
s’agit d’actions d’ingérence ouvertes dans les affaires
souveraines et dans leurs processus politiques.
L’ARROGANCE BRITANNIQUE
Pendant les deux derniers mois, la diplomatie
équatorienne a travaillé intensément mais vainement pour
obtenir des garanties de la part des autorités
britanniques et suédoises pour que le retour d’Assange
en Suède ne soit le préalable à une extradition vers les
États-Unis.
Le 14 août, anticipant la décision de l’Équateur, les
autorités du Royaume-Uni ont menacé de lancer un assaut
contre l’ambassade équatorienne à Londres pour accomplir
« l’obligation légale » d’extrader Assange vers la Suède.
Bien entendu, un tel acte serait une violation de la
Convention de Vienne sur l’immunité diplomatique.
Après l’annonce, par le ministre équatorien des
Affaires étrangères, de la décision d’accorder l’asile
politique à Julian Assange, ratifiée par le Parlement de
son pays, sa contrepartie britannique, Wilial Hague, a
intensifié les menaces contre l’intégrité de l’ambassade
de ce pays. « Le Royaume-Uni n’accepte pas le principe
de l’asile diplomatique en tant que tel. Même pour les
pays qui reconnaissent l’asile diplomatique, on ne
saurait y recourir pour se soustraire au cours normal de
la justice », a-t-il signalé, et il a ensuite insinué
que cet usage indu de la mission diplomatique
équatorienne pourrait aboutir à la révocation de son
statut.
Le chef de la diplomatie équatorienne a souligné
quant à lui que « l’Équateur n’est pas une colonie »,
ajoutant que la réaction britannique équivaut à une
menace : « En gros, on nous dit : "Nous allons frapper
dur si tu ne te comportes pas comme il faut" ».
Quoi qu’il en soit, en dehors de savoir si le
fondateur de WikiLeaks mérite d’être condamné ou non,
s’il a été victime ou non d’un complot de la CIA, la
persécution d’Assange est politique, pour avoir révélé
les actions militaires et diplomatiques douteuses des
États-Unis.
Prenant la parole depuis le balcon de l’Ambassade,
Assange a demandé au président Barack Obama de mettre
fin à cette chasse aux sorcières dont il est victime, et
de libérer le soldat Bradley Manning.
Les grands médias corporatifs déploient aujourd’hui
de gros efforts pour présenter une image manipulée,
déformée et fausse des événements mondiaux pour
perpétrer le statu quo des pouvoirs impériaux, ces mêmes
pouvoirs qui ont encouragé et approuvé l’assassinat des
journalistes qui ont osé dénoncer les mensonges. La
question essentielle ici demeure celle du droit des
peuples à recevoir des informations vraies.