Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

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 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. le 21 Décembre 2011

DEPUIS HAÏTI
Un grand peuple avec un petit hôpital

Amelia Duarte de la Rosa

BASSIN BLEU est à une heure de route de Port-de-Paix, chef lieu du département Nord-Ouest. Ce n’est pas la meilleure zone, mais ce n’est pas la pire non plus. Malgré ses plus de 50 000 habitants, elle ne possède ni l’eau potable, ni de système d’assainissement, ni de rues pavées, ni l’électricité. On ne note de mouvement que dans le petit hôpital communautaire de référence, le seul à offrir des services gratuits dans la région, où travaillent des Cubains depuis plus de deux ans.

Les patients arrivent de tous les coins du département. On les voit arriver, toujours pressés, de toutes les façons possibles : à pied, en tac tac, en motos ou en brancards ou portés par des gens qui descendent des montagnes. Pour les 24 coopérants cubains, rien de neuf dans leur routine. Cependant tout surprend : chaque cas, chaque personne présente une histoire triste et précaire.

Parcourir les six salles remplit d’émotion. C’est comme dans tous les hôpitaux, mais dans celui-ci, il émane un sentiment d’altruisme. Les soins de qualité et le professionnalisme des Cubains compense la souffrance que l’on croise dans les couloirs.

Dans la salle de réanimation, en consultation médicale, au laboratoire clinique, aux urgences, en thérapie intensive, en chirurgie, en rééducation, en pédiatrie, en gynécologie-obstétrique, en ultrasonographie, dans l’infirmerie et dans la pharmacie, tout le personnel travaille sans relâche. Il semble que le temps ne suffit pas pour soigner autant de vies humaines.

Pendant ce temps, un enfant de 8 ans, arrive avec son père. Ses rares vêtements attirent l’attention, sa peau sale est couverte de croûtes et de pus. Cela fait mal de voir cette image douloureuse et tragique. Il s’appelle Drazzilien Dorelis et il souffre d’une pyodermite généralisée.

C’est une maladie courante parmi les enfants haïtiens. Les mauvaises conditions de vie, le manque d’hygiène, la surpopulation et l’humidité des habitations sont les causes principales de cette infection, due aux staphylocoques ou aux streptocoques.

Pendant l’auscultation Drazzilien pleure beaucoup, et les soins directs et le traitement par voie intraveineuse seront encore plus douloureux. Il faudra attendre 72 heures pour constater une amélioration. Malheureusement, tant qu’il vivra dans ces conditions, la maladie reviendra irrémédiablement.

À l’hôpital, le flux de personnes se poursuit, mais malgré tout, ce n’est pas un jour triste. Dans la salle de réveil, 48 heures après son opération d’une péritonite provoquée par un abcès de l’ovaire, Alita Alen se remet. Elle a marché environ 60 km pour arriver, moribonde, à l’hôpital. Elle n’avait pas d’argent pour payer son hospitalisation au Centre de santé de Port-de-Paix. Plus loin dans la salle d’accouchement, une jeune femme a mis au monde une petite fille. Une autre se repose près de ses jumeaux.

Juste à la sortie, Enrique Scarli remercie les médecins pour leurs soins. Son fils de 6 ans a été opéré d’une hernie inguinale, et il affirme que « sans les Cubains, son fils serait mort ». Et de conclure : « Les Haïtiens nous avons un proverbe qui dit : "En Haïti, après Dieu, il y a les médecins cubains."

Un des meilleurs endroits pour vérifier le proverbe haïtien, c’est Bassin Bleu, un grand hôpital pour tous les déshérités.
 

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