Amelia Duarte de la Rosa
BASSIN BLEU est à une heure de route de Port-de-Paix,
chef lieu du département Nord-Ouest. Ce n’est pas la
meilleure zone, mais ce n’est pas la pire non plus.
Malgré ses plus de 50 000 habitants, elle ne possède ni
l’eau potable, ni de système d’assainissement, ni de
rues pavées, ni l’électricité. On ne note de mouvement
que dans le petit hôpital communautaire de référence, le
seul à offrir des services gratuits dans la région, où
travaillent des Cubains depuis plus de deux ans.
Les patients arrivent de tous les coins du
département. On les voit arriver, toujours pressés, de
toutes les façons possibles : à pied, en tac tac, en
motos ou en brancards ou portés par des gens qui
descendent des montagnes. Pour les 24 coopérants cubains,
rien de neuf dans leur routine. Cependant tout surprend :
chaque cas, chaque personne présente une histoire triste
et précaire.
Parcourir les six salles remplit d’émotion. C’est
comme dans tous les hôpitaux, mais dans celui-ci, il
émane un sentiment d’altruisme. Les soins de qualité et
le professionnalisme des Cubains compense la souffrance
que l’on croise dans les couloirs.
Dans la salle de réanimation, en consultation
médicale, au laboratoire clinique, aux urgences, en
thérapie intensive, en chirurgie, en rééducation, en
pédiatrie, en gynécologie-obstétrique, en
ultrasonographie, dans l’infirmerie et dans la pharmacie,
tout le personnel travaille sans relâche. Il semble que
le temps ne suffit pas pour soigner autant de vies
humaines.
Pendant ce temps, un enfant de 8 ans, arrive avec son
père. Ses rares vêtements attirent l’attention, sa peau
sale est couverte de croûtes et de pus. Cela fait mal de
voir cette image douloureuse et tragique. Il s’appelle
Drazzilien Dorelis et il souffre d’une pyodermite
généralisée.
C’est une maladie courante parmi les enfants haïtiens.
Les mauvaises conditions de vie, le manque d’hygiène, la
surpopulation et l’humidité des habitations sont les
causes principales de cette infection, due aux
staphylocoques ou aux streptocoques.
Pendant l’auscultation Drazzilien pleure beaucoup, et
les soins directs et le traitement par voie
intraveineuse seront encore plus douloureux. Il faudra
attendre 72 heures pour constater une amélioration.
Malheureusement, tant qu’il vivra dans ces conditions,
la maladie reviendra irrémédiablement.
À l’hôpital, le flux de personnes se poursuit, mais
malgré tout, ce n’est pas un jour triste. Dans la salle
de réveil, 48 heures après son opération d’une
péritonite provoquée par un abcès de l’ovaire, Alita
Alen se remet. Elle a marché environ 60 km pour arriver,
moribonde, à l’hôpital. Elle n’avait pas d’argent pour
payer son hospitalisation au Centre de santé de Port-de-Paix.
Plus loin dans la salle d’accouchement, une jeune femme
a mis au monde une petite fille. Une autre se repose
près de ses jumeaux.
Juste à la sortie, Enrique Scarli remercie les
médecins pour leurs soins. Son fils de 6 ans a été opéré
d’une hernie inguinale, et il affirme que « sans les
Cubains, son fils serait mort ». Et de conclure : « Les
Haïtiens nous avons un proverbe qui dit : "En Haïti,
après Dieu, il y a les médecins cubains."
Un des meilleurs endroits pour vérifier le proverbe
haïtien, c’est Bassin Bleu, un grand hôpital pour tous
les déshérités.