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 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. le 15 Août 2012

Attentats inconcevables contre des journalistes chiliens
Déjà vu : le journaliste Hernan Uribe s’est vu refuser son passeport pour des « délits d’opinion » survenus il y a 61 ans. Le Collège des journalistes proteste contre des agressions à des reporters

Ernesto Carmona*

COMME si l’on vivait encore au temps de la dictature, le Chili vient de refuser une nouvelle fois son passeport au journaliste Hernan Uribe Ortega (88 ans), qui doit se rendre au Venezuela pour communiquer un rapport – sur les attentats contre des journalistes au 9e Congrès de la Fédération latino-américaine de journalistes (FELAP) – qui se tiendra à Caracas le 1er et le 2 septembre. Hernan Uribe, co-fondateur de la FELAP en 1976, a dirigé pendant 20 ans la Commission d’enquêtes sur les attentats contre des journalistes (Ciap-Felap).


Hernan Uribe

L’« affaire Uribe » a des aspects kafkaïens, sans doute malveillants. En premier lieu, cette situation s’est déjà produite en mai 2006, alors que le journaliste devait se rendre au Mexique pour y recevoir une reconnaissance pour l’ensemble de son travail au sein de la FELAP. En second lieu, parce que « l’assignation à résidence » de la Police judiciaire (PDI) date de 1951, « justifiée » à l’époque par une affaire de « délit d’opinion », rôle 23/51, suivie par le « Tribunal de Santiago » - qui a cessé de fonctionner – à la demande du gouvernement de Gabriel Gonzalez Videla (1946-1952), pour des critiques à l’encontre du journal Democracia – lui aussi disparu – alors que le jeune journaliste faisait office de « directeur responsable », une figure créée précisément pour ne pas exposer légalement le vrai directeur.

La prescription des infractions intervient au Chili dans un délai de cinq ans pour les délits communs. Les seuls crimes imprescriptibles sont les crimes contre l’humanité. Paradoxalement, Hernan Uribe, un journaliste, rapporteur et enquêteur pendant deux décennies sur les attentats contre des journalistes en Amérique latine et dans la Caraïbe, est victime aujourd’hui de cet attentat surréaliste : la perte de son identité et de son droit à voyager dans le monde globalisé.

Les passeports chiliens sont émis par le service d’État civil et d’Identification (SRCEI) – dirigé par Rodrigo Duran Lopez – dépendant du ministère de la Justice, à charge de Teodoro Javier Ribera Neumann. Le SRCEI, qui se targue de son efficacité, n’a apporté pour toute réponse que des renseignements vagues et sans aucune précision ; il rejette la responsabilité sur la PDI, et il ne s’est pas donné la peine, en plus de six ans, d’actualiser ses bases de données. C’est à l’usager que revient la tâche désespérante de retrouver « l’assignation à résidence » dans des archives vieilles de 61 ans – qui sont par ailleurs difficiles d’accès –, pour retrouver des documents qui nécessiteraient un travail de recherche fastidieux d’au moins trois mois à un avocat.

NOUVELLES AGRESSIONS CONTRE DES JOURNALISTES CHILIENS

Le Collège des journalistes a proposé d’accompagner les membres du Conseil national qui se rendront au Palais de la Monnaie afin d’exiger que le gouvernement adopte de toute urgence un projet de loi sur l’aggravation des peines concernant les agressions contre des journalistes.

Hernan Uribe a fait une demande de recours auprès des tribunaux avec le soutien du Collège des journalistes. Quant à Marcello Castillo, le président de cette organisation, il a annoncé une réunion avec le porte-parole du gouvernement, Andrés Chadwick, afin de l’informer sur plus de 30 cas d’agressions de journalistes enregistrées entre 2011 et 2012.

Outre « l’affaire Uribe », ces dernières semaines, plusieurs journalistes, photographes et caméramans ont été agressés par des gens du monde du spectacle. Auparavant, des journalistes qui couvraient des manifestations de rue ont été frappés, parfois par des hommes cagoulés ; d’autres ont été arrêtés par les carabiniers. « Quand on veut occulter la vérité, le journaliste est toujours le premier agressé », a déclaré Marcelo Castillo. « Nous travaillons en faveur du droit à l’information des citoyens, non par intérêt personnel ». (Mapocho Press 8-8-2012)

* Ernesto Carmona, de la Commission d’enquête sur les attentats contre des journalistes (Ciap-Felap), et directeur du Cercle de Santiago du Chili.
 

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