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Attentats
inconcevables contre des journalistes chiliens
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Déjà vu : le journaliste Hernan Uribe
s’est vu refuser son passeport pour des « délits
d’opinion » survenus il y a 61 ans. Le Collège des
journalistes proteste contre des agressions à des
reporters
Ernesto Carmona*
COMME si l’on vivait encore au temps de la dictature,
le Chili vient de refuser une nouvelle fois son
passeport au journaliste Hernan Uribe Ortega (88 ans),
qui doit se rendre au Venezuela pour communiquer un
rapport – sur les attentats contre des journalistes au 9e
Congrès de la Fédération latino-américaine de
journalistes (FELAP) – qui se tiendra à Caracas le 1er
et le 2 septembre. Hernan Uribe, co-fondateur de la
FELAP en 1976, a dirigé pendant 20 ans la Commission
d’enquêtes sur les attentats contre des journalistes (Ciap-Felap).
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Hernan Uribe |
L’« affaire Uribe » a des aspects kafkaïens, sans
doute malveillants. En premier lieu, cette situation
s’est déjà produite en mai 2006, alors que le
journaliste devait se rendre au Mexique pour y recevoir
une reconnaissance pour l’ensemble de son travail au
sein de la FELAP. En second lieu, parce que « l’assignation
à résidence » de la Police judiciaire (PDI) date de
1951, « justifiée » à l’époque par une affaire de « délit
d’opinion », rôle 23/51, suivie par le « Tribunal de
Santiago » - qui a cessé de fonctionner – à la demande
du gouvernement de Gabriel Gonzalez Videla (1946-1952),
pour des critiques à l’encontre du journal Democracia –
lui aussi disparu – alors que le jeune journaliste
faisait office de « directeur responsable », une figure
créée précisément pour ne pas exposer légalement le vrai
directeur.
La prescription des infractions intervient au Chili
dans un délai de cinq ans pour les délits communs. Les
seuls crimes imprescriptibles sont les crimes contre
l’humanité. Paradoxalement, Hernan Uribe, un journaliste,
rapporteur et enquêteur pendant deux décennies sur les
attentats contre des journalistes en Amérique latine et
dans la Caraïbe, est victime aujourd’hui de cet attentat
surréaliste : la perte de son identité et de son droit à
voyager dans le monde globalisé.
Les passeports chiliens sont émis par le service
d’État civil et d’Identification (SRCEI) – dirigé par
Rodrigo Duran Lopez – dépendant du ministère de la
Justice, à charge de Teodoro Javier Ribera Neumann. Le
SRCEI, qui se targue de son efficacité, n’a apporté pour
toute réponse que des renseignements vagues et sans
aucune précision ; il rejette la responsabilité sur la
PDI, et il ne s’est pas donné la peine, en plus de six
ans, d’actualiser ses bases de données. C’est à l’usager
que revient la tâche désespérante de retrouver « l’assignation
à résidence » dans des archives vieilles de 61 ans – qui
sont par ailleurs difficiles d’accès –, pour retrouver
des documents qui nécessiteraient un travail de
recherche fastidieux d’au moins trois mois à un avocat.
NOUVELLES AGRESSIONS CONTRE DES JOURNALISTES
CHILIENS
Le Collège des journalistes a proposé d’accompagner
les membres du Conseil national qui se rendront au
Palais de la Monnaie afin d’exiger que le gouvernement
adopte de toute urgence un projet de loi sur
l’aggravation des peines concernant les agressions
contre des journalistes.
Hernan Uribe a fait une demande de recours auprès des
tribunaux avec le soutien du Collège des journalistes.
Quant à Marcello Castillo, le président de cette
organisation, il a annoncé une réunion avec le porte-parole
du gouvernement, Andrés Chadwick, afin de l’informer sur
plus de 30 cas d’agressions de journalistes enregistrées
entre 2011 et 2012.
Outre « l’affaire Uribe », ces dernières semaines,
plusieurs journalistes, photographes et caméramans ont
été agressés par des gens du monde du spectacle.
Auparavant, des journalistes qui couvraient des
manifestations de rue ont été frappés, parfois par des
hommes cagoulés ; d’autres ont été arrêtés par les
carabiniers. « Quand on veut occulter la vérité, le
journaliste est toujours le premier agressé », a déclaré
Marcelo Castillo. « Nous travaillons en faveur du droit
à l’information des citoyens, non par intérêt personnel ».
(Mapocho Press 8-8-2012)
* Ernesto Carmona, de la Commission
d’enquête sur les attentats contre des journalistes (Ciap-Felap),
et directeur du Cercle de Santiago du Chili.
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