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Etats-Unis / Mexique
Conflit sans fin?
Nidia
Diaz
LE conflit entre les Etats-Unis
et le Mexique vient de prendre une nouvelle tournure
avec la décision annoncée par le président Barack
Obama d’adjoindre 1 200 hommes de la Garde civile
aux patrouilles frontalières qui sont censées
protéger la frontière entre les deux nations: une
frontière redessinée, soit dit en passant, après la
guerre de rapine lancée par le Nord au milieu du
XIXème siècle, qui a privé le Mexique de près de la
moitié de son territoire.
La décision de la Maison-Blanche
est intervenue immédiatement après la visite du
président Felipe Calderon, dont le discours prononcé
devant le Congrès de l’Union, à Washington, n’a pas
manqué de susciter des remous parmi les législateurs.
Calderon y en a en effet expliqué quelles sont, du
point de vue mexicain, les causes qui ont conduit à
l’explosion incontrôlable de la violence et du crime
généralisé à la frontière, principalement côté
mexicain, instaurant l’ingouvernabilité et une
situation de guerre dans les villes et les campagnes
du nord du Mexique.
Le président mexicain,
plusieurs fois catalogué de proche du gouvernement
de Washington, a demandé que des politiques
énergiques soient mises en place par les Etats-Unis
sur leur territoire: la persécution réelle du trafic
de drogues, une véritable battue contre le crime
organisé, la fin du trafic d’armes (y compris de
gros calibre), un trafic croissant et incontrôlé à
destination du Mexique. Plutôt que d’entreprendre
ces tâches pourtant pressantes, les gouverneurs et
les législateurs étasuniens des Etats frontaliers
ont préféré envoyer des troupes fraîches à la
frontière.
Des sources de presse
étasuniennes ont soutenu que les concessions faites
par le président Obama aux pressions des éléments
anti-immigrants et racistes n’ont d’autre objectif
que de rechercher leur adhésion future à une réforme
migratoire que les minorités hispaniques, réellement
combatives, réclament avec énergie.
Obama ne saurait oublier que
le vote hispanique a pesé lourd dans sa victoire
électorale. Il pourrait en avoir à nouveau besoin
s’il cherche la réélection en 2012, auquel cas il
lui faut instaurer un équilibre nécessaire, sur ce
terrain comme sur tant d’autres, évitant tout
affrontement ou contradiction avec les forces
hétérogènes qu’il doit gagner à sa cause.
La réforme migratoire est un
des défis les plus cruciaux que doit relever ce
premier président noir arrivé à la Maison-Blanche.
Il lui faut le relever, et vite, car chaque jour qui
passe exacerbe les sentiments des immigrés hispanos
dont le nombre tourne autour de 40 millions,
multiplie les tensions à la frontière et détériore
les relations entre les deux pays. Or, la situation
politique du Mexique est instable et aggravée par
l’enlèvement de l’ex-candidat présidentiel Diego
Fernandez de Ceballos, un des principaux dirigeants
du parti au pouvoir, le PAN, qui est en même temps
une des figures les plus discutées de la politique
mexicaine
L’administration Obama ne
peut pas perdre de vue que les bonnes relations
Etats-Unis / Mexique constituent un intérêt
traditionnellement prioritaire de la politique
extérieure de Washington, compte tenu de la
proximité géographique des deux nations, des
intérêts économiques et commerciaux dérivant du
traité de libre échange, dont le principal
bénéficiaire est évidemment le voisin du Nord, de
l’existence aux Etats-Unis d’une nombreuse
communauté d’émigrés mexicains ou d’origine
mexicaine (plus de 12 millions) et des liens
historiquement conflictuels qui ont tourné par le
passé à l’agression et à la guerre.
La loi Arizona ou SB1070 a
contribué à la dégradation de ces relations en ces
moments de tension, et ce d’autant plus qu’il faut
s’attendre à ce que d’autres Etats de l’Union
adoptent le même genre de législation raciste et
discriminatoire pour se protéger des flux
migratoires. La marge d’action d’Obama s’en
trouverait fortement rétrécie: il n’aurait d’autre
alternative que de définir sa position ou d’opter
pour une inaction coupable risquant fortement de
susciter la colère d’une communauté hispanique
nombreuse, qui a misé sur ses promesses de justice
et de réforme.
D’autre part, les lois anti-immigrants
sont essentiellement des lois anti-mexicaines et ne
manqueront pas d’exercer une influence sur les
prochaines élections présidentielles du Mexique
(2012). Il faut s’attendre à ce que la campagne
électorale soit l’occasion d’engager de très vifs
débats sur l’émigration, les relations avec les
Etats-Unis et leurs perspectives. Car de la manière
dont ces problèmes seront abordés dépendra, pour une
bonne part, l’issue de la consultation électorale.
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