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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 4 Juin 2010

Etats-Unis / Mexique
Conflit sans fin?

Nidia Diaz

LE conflit entre les Etats-Unis et le Mexique vient de prendre une nouvelle tournure avec la décision annoncée par le président Barack Obama d’adjoindre 1 200 hommes de la Garde civile aux patrouilles frontalières qui sont censées protéger la frontière entre les deux nations: une frontière redessinée, soit dit en passant, après la guerre de rapine lancée par le Nord au milieu du XIXème siècle, qui a privé le Mexique de près de la moitié de son territoire.

La décision de la Maison-Blanche est intervenue immédiatement après la visite du président Felipe Calderon, dont le discours prononcé devant le Congrès de l’Union, à Washington, n’a pas manqué de susciter des remous parmi les législateurs. Calderon y en a en effet expliqué quelles sont, du point de vue mexicain, les causes qui ont conduit à l’explosion incontrôlable de la violence et du crime généralisé à la frontière, principalement côté mexicain, instaurant l’ingouvernabilité et une situation de guerre dans les villes et les campagnes du nord du Mexique.

Le président mexicain, plusieurs fois catalogué de proche du gouvernement de Washington, a demandé que des politiques énergiques soient mises en place par les Etats-Unis sur leur territoire: la persécution réelle du trafic de drogues, une véritable battue contre le crime organisé, la fin du trafic d’armes (y compris de gros calibre), un trafic croissant et incontrôlé à destination du Mexique. Plutôt que d’entreprendre ces tâches pourtant pressantes, les gouverneurs et les législateurs étasuniens des Etats frontaliers ont préféré envoyer des troupes fraîches à la frontière.

Des sources de presse étasuniennes ont soutenu que les concessions faites par le président Obama aux pressions des éléments anti-immigrants et racistes n’ont d’autre objectif que de rechercher leur adhésion future à une réforme migratoire que les minorités hispaniques, réellement combatives, réclament avec énergie.

Obama ne saurait oublier que le vote hispanique a pesé lourd dans sa victoire électorale. Il pourrait en avoir à nouveau besoin s’il cherche la réélection en 2012, auquel cas il lui faut instaurer un équilibre nécessaire, sur ce terrain comme sur tant d’autres, évitant tout affrontement ou contradiction avec les forces hétérogènes qu’il doit gagner à sa cause.

La réforme migratoire est un des défis les plus cruciaux que doit relever ce premier président noir arrivé à la Maison-Blanche. Il lui faut le relever, et vite, car chaque jour qui passe exacerbe les sentiments des immigrés hispanos dont le nombre tourne autour de 40 millions, multiplie les tensions à la frontière et détériore les relations entre les deux pays. Or, la situation politique du Mexique est instable et aggravée par l’enlèvement de l’ex-candidat présidentiel Diego Fernandez de Ceballos, un des principaux dirigeants du parti au pouvoir, le PAN, qui est en même temps une des figures les plus discutées de la politique mexicaine

L’administration Obama ne peut pas perdre de vue que les bonnes relations Etats-Unis / Mexique constituent un intérêt traditionnellement prioritaire de la politique extérieure de Washington, compte tenu de la proximité géographique des deux nations, des intérêts économiques et commerciaux dérivant du traité de libre échange, dont le principal bénéficiaire est évidemment le voisin du Nord, de l’existence aux Etats-Unis d’une nombreuse communauté d’émigrés mexicains ou d’origine mexicaine (plus de 12 millions) et des liens historiquement conflictuels qui ont tourné par le passé à l’agression et à la guerre.

La loi Arizona ou SB1070 a contribué à la dégradation de ces relations en ces moments de tension, et ce d’autant plus qu’il faut s’attendre à ce que d’autres Etats de l’Union adoptent le même genre de législation raciste et discriminatoire pour se protéger des flux migratoires. La marge d’action d’Obama s’en trouverait fortement rétrécie: il n’aurait d’autre alternative que de définir sa position ou d’opter pour une inaction coupable risquant fortement de susciter la colère d’une communauté hispanique nombreuse, qui a misé sur ses promesses de justice et de réforme.

D’autre part, les lois anti-immigrants sont essentiellement des lois anti-mexicaines et ne manqueront pas d’exercer une influence sur les prochaines élections présidentielles du Mexique (2012). Il faut s’attendre à ce que la campagne électorale soit l’occasion d’engager de très vifs débats sur l’émigration, les relations avec les Etats-Unis et leurs perspectives. Car de la manière dont ces problèmes seront abordés dépendra, pour une bonne part, l’issue de la consultation électorale.
 

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