Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 19 Juillet 2012 

La honte des militaires yankees

Manuel E. Yepe

JE me suis souvent imaginé le malaise et la souffrance que doit ressentir un citoyen commun des États-Unis devant les manifestations qui ont lieu un peu partout dans le monde contre la politique extérieure US sous le slogan « Yankee go home ».


Le symbole du mépris impérial envers notre pays : des Marines ivres urinant sur la statue de José Marti, le Héros de notre indépendance.

Ce devrait être encore pire pour le GI envoyé dans n’importe quel pays du tiers monde ayant subi les fréquentes invasions, occupations, bombardements et assassinats commis contre les populations. Dans ces pays meurtris, l’indignation atteint souvent des proportions extrêmes et provoque des réactions incontrôlables contre les militaires étasuniens.

Je me souviens que lorsque j’étais enfant, à l’époque de la Seconde guerre mondiale, les militaires des États-Unis m’inspiraient de la sympathie.

Ma mère travaillait comme commissionnaire au Valencia, une boutique pour touristes de La Havane dont les propriétaires étaient d’origine chinoise. Mon père, lui, faisait la « chasse » aux touristes, à savoir aux militaires étasuniens, qui étaient les seuls visiteurs étrangers à l’époque, et qu’il attirait vers la boutique afin que ma mère puisse toucher la commission.

En général, les officiers et soldats détachés dans les bases militaires US à Cuba à l’époque provenaient de familles aux revenus supérieurs à la moyenne. Ils avaient suffisamment d’influence pour être affectés loin des champs de bataille et relativement près de leurs foyers.

Ainsi, les officiers et les soldats yankees dont j’entendais parler étaient presque tous généreux et agréables. Et les commissions sur leurs achats à la boutique des chinois constituaient le seul soutien financier de ma famille.

Mon père parlait couramment l’anglais parce qu’il était issu d’une famille d’ouvriers du tabac qui avaient l’habitude de se rendre chaque année aux États-Unis pendant la « saison morte » pour chercher un emploi provisoire dans les fabriques de cigares de Key West ou Tampa, dans l’État de la Floride. Ils faisaient le voyage sur de fragiles chalands qui faisaient la navette entre les deux pays. Sa mère (ma grand-mère) l’accompagnait avec sa machine à coudre et travaillait comme couturière pour aider la famille.

À la fin de la guerre, nous nous sommes tous – mon père, ma mère, mon frère et moi – installés à Tampa, où nous avons vécu pendant neuf mois. Par la suite, mes parents ont pensé rester définitivement aux États-Unis, mais nous n’avons pas obtenu de visa. Les plans ont échoués et nous sommes revenus au pays.

Ce fut un grand soulagement pour mon frère et moi, car dans le quartier peuplé en grande majorité de Noirs et de Latinos de Ybor City, où nous vivions, nous avions subi dans notre propre chair la discrimination et la xénophobie, ainsi que des incidents provoqués par les militaires casqués et armés de mitraillettes qui surveillaient les fréquents exercices connus sous le nom de « blackouts » (coupures de courant), en imposant des sortes de couvre-feu que les enfants noirs et latinos comme nous aimions braver.

Lorsque, à la fin des années 40, se produisit le honteux incident des marins étasuniens ivres qui ont uriné sur la statue de José Marti, le héros cubain de l’indépendance, au Parc central de La Havane, qui souleva une indignation générale, je fus en proie à un sentiment de culpabilité pour avoir un jour éprouvé de la sympathie pour ces jeunes militaires que j’avais connus au Valencia.

À présent, après les expériences de la sanglante lutte insurrectionnelle contre une dictature soutenue par les conseillers militaires US dans les forces armées et la police, et après plus d’un demi-siècle d’hostilité et de menaces d’agression contre la Révolution, de la part de Washington, j’ai compris que ce ne sont pas les militaires – en leur qualité d’être humain – les coupables de tous les crimes commis contre les peuples du monde, y compris celui des États-Unis, mais la clique oligarchique basée à Wall Street, qui devrait être la cible de la réprobation mondiale.

Je comprends aujourd’hui que ce n’est pas en brûlant des drapeaux des États-Unis ni en lançant des offenses contre leurs militaires, leurs hommes politiques, leurs diplomates ou leurs représentants que nous rendrons plus efficace la lutte contre l’impérialisme, mais en lançant et en exigeant des actions pour s’attaquer directement aux intérêts du grand capital, des grandes corporations bancaires, des grands médias, du commerce et de l’industrie transnationale qui dirigent aujourd’hui le monde à leur guise.
 

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