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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 15 Août 2012 

L’État assassin

Manuel E. Yepe

UN essai paru dans la revue Counterpunch qualifie de surprenante la transparence avec laquelle les États-Unis ont officiellement reconnu disposer depuis plus d’un demi-siècle d’un programme d’assassinats collectifs, auquel est venue s’ajouter la banalisation des assassinats par drones (avions sans pilotes guidés du sol) dans de nombreux points de la planète.


Des milliers de civils ont été tués par des frappes de drones dans le cadre d’opérations menées avec le feu vert des plus hautes autorités de Washington.

L’hypothèse selon laquelle il existerait une « liste d’assassinats » étudiée au plus haut niveau de l’exécutif des États-Unis a assuré une couverture importante à cette question, qui suscite même l’inquiétude dans certains cercles du « pouvoir invisible ».

Dans un éditorial, le Washington Post signale qu’« aucun gouvernement n’a autant eu recours aux assassinats d’individus pour atteindre ses objectifs en matière de sécurité nationale ». Pour sa part, le New York Times qualifie de « sans précédent dans l’histoire présidentielle le rôle d’Obama comme superviseur de cette guerre de l’ombre… »

Dans un article paru dans le New York Times, l’ancien président James Carter affirmait que « l’on ignore combien de centaines de civils innocents sont morts dans ces frappes (de drones), chacune ayant été autorisée par les plus hautes autorités à Washington. C’est quelque chose d’impensable ».

Toujours est-il que ces homicides à distance et les assassinats ciblés exécutés avec le feu vert présidentiel datent d’au moins 50 ans, et que jusqu’ici la « machine à tuer » avait été gérée dans le secret. La seule nouveauté réside dans le fait que les récentes « listes des personnes à éliminer » et les assassinats par drones interposés sont de notoriété publique.

« Ceux qui s’alarment des récentes révélations sur les listes de personnes à supprimer d’Obama devraient se demander, dans une perspective historique, combien de gens notre pays a assassinés dans le monde », souligne Doug Noble, un militant anti-guerre résidant dans la ville de Rochester, dans l’État de New York.

L’auteur aborde en trois parties les 50 ans de massacres et d’assassinats sélectifs commis par les États-Unis. La première décrit l’histoire du programme Phoenix contre le Vietnam, qu’il définit comme la source des stratégies et des tactiques terroristes ultérieures des États-Unis. La deuxième partie traite des listes de gens à supprimer en Amérique latine, et d’autres, moins connues, de « cibles » à frapper sur d’autres continents. La troisième partie est consacrée à la relance du programme Phoenix en Irak, en Afghanistan et dans un nombre croissant de pays attaqués sans déclaration de guerre.

Phoenix était une opération classée top secret conçue par la CIA pour le Vietnam qui visait à « neutraliser » l’infrastructure du Vietcong en assassinant des civils vietnamiens soupçonnés d’aider les combattants vietnamiens du Nord et du Vietcong.

Même si William Colby, le directeur de la CIA de l’époque, a déclaré devant le Congrès en 1971 que « Phoenix n’est pas un programme d’assassinats », il a admis plus tard que les opérations lancées dans le cadre de cette opération ont provoqué la mort de plus de 20 000 personnes entre 1967 et 1967. Le massacre de My Lai n’était qu’une opération de plus dans le cadre du programme Phoenix.

Chiffres et arguments à l’appui, Noble nous renseigne sur les répercussions de ce programme sur l’Amérique latine. La communauté US du renseignement adapta Phoenix à l’Amérique du Sud à travers l’ultrasecret Projet X. Les méthodes et les techniques de Phoenix furent utilisées dans l’Opération Condor, qui coûta la vie à plusieurs centaines de milliers de patriotes latino-américains. Les organisations criminelles de la quasi-totalité des pays de la région se mirent au service de Phoenix pour l’obtention et l’échange d’informations, ainsi que dans la répression de toute velléité d’opposition à l’hégémonisme des États-Unis dans le sous-continent. Pendant l’administration Carter, les États-Unis suspendirent l’application du Projet X à cause de soi-disant violations des droits de l’Homme, mais ce programme fut aussitôt repris par l’administration Reagan.

« Le programme étasunien des assassinats par drones a été sorti du placard. Ceux qui comme nous avons protesté et combattu pendant des années contre l’utilisation illégale, immorale et stratégiquement contre-productive des drones, l’attitude schizophrénique qui consiste à semer la mort par télécommande, la terreur que provoque une attaque par drones et la mort inévitable (ou intentionnelle) de nombreux civils « soupçonnés de terrorisme », assistons à présent à une prolifération des drones dans

le monde, et à leur utilisation par les forces de police et les patrouilles frontalières pour des missions de surveillance et des objectifs soi-disant non mortels », souligne Noble. Le programme Phoenix a pris une ampleur mondiale, contribuant à faire des États-Unis un véritable État assassin.
 

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