Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

TEXTE seulement  

I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 14 Juillet 2011 

Le négoce de l'immigration
illégale aux USA
• Les arrestations d'immigrants augmentent au profit
des sociétés de prisons privées

Pilar Marrero

CERTAINES entreprises gagnent beaucoup d’argent avec les arrestations croissantes d’immigrants : un négoce prospère de nos jours aux États-Unis.

Les sociétés de prisons privées ont connu un boom ces dernières années, non pas grâce aux contrats publics qu’elles se sont vu attribuer – les États étant confrontés à des problèmes budgétaires –, mais du fait de leurs affaires avec le gouvernement fédéral, et notamment de la hausse du nombre d’arrestations d’immigrants clandestins.

Il y avait jusqu’ici trois grands acteurs dans l’industrie des prisons privées aux États-Unis qui se voient octroyer des contrats publics : Corrections Corporations of America (CCA), Geo Group et Cornell Companies. Cette dernière société a été avalée par le Geo Group l’année dernière.

Ces deux groupes privés ont engrangé des revenus de l’ordre de 3 milliards de dollars en 2010, et ils contrôlent 75% du marché des prisons privées. S’il est vrai que la plupart de leurs activités sont en rapport avec l’exécution de contrats publics, leur avenir se trouve ailleurs, les gouvernements étatiques n’ayant plus d’argent pour construire de nouvelles prisons.

« L’argent se trouve dans l’immigration », signale Paul Ashton, chercheur au Justice Policy Institute, une organisation qui il y a quelques jours a rendu public un rapport sur les profits de l’industrie correctionnelle privée, et sur la manière dont elle cherche à influencer les politiques publiques qui renflouent ses caisses.

« Les problèmes de budget ont contraint les États à adopter des mesures d’austérité dans tous les domaines, et les prisons n’y ont pas échappé. Mais le gouvernement fédéral n’a pas cette pression. Ils investissent de plus en plus d’argent dans la détention d’immigrants ».

« La détention d’immigrants a enregistré une croissance constante depuis 1996, jusqu’à tripler. Rien que dans les cinq dernières années, le nombre d’immigrants clandestins détenus a doublé, révèle un rapport de Detention Watch Network.

L’immigration illégale est indéniablement l’un des moteurs de la croissance des prisons privées. Alors que le nombre global de prisonniers aux États-Unis a augmenté de 49%, la population carcérale dans les pénitenciers privés a augmenté de 354%, d’après des statistiques fédérales.

A l’heure actuelle, le Service d’immigration et des douanes (ICE) procède à une réforme du système de détention des immigrants. Une partie de ce processus consiste à transférer les prisonniers reclus dans des prisons locales sous-traitées vers des centres de détention spécialisés, ce qui comporte la construction de nouveaux centres pour immigrants non criminels.

Le Geo Group a publié récemment dans sa revue institutionnelle trimestrielle (Geo World) qu’il obtiendra des gains considérables grâce à deux nouveaux espaces qui lui ont été confiés par le gouvernement fédéral, l’un en Californie et l’autre au Texas.

« Nous sommes sur le point de terminer le Centre de traitement d’Adelanto à l’usage du client fédéral, d’une capacité de 650 lits », a révélé la revue. Adelanto, une ville de San Bernardino située à quelque 9 milles de Victorville, a été obligée de vendre sa prison locale à Geo Group pour 28 millions de dollars car la ville était au bord de la banqueroute et avait besoin d’argent pour assurer le maintien des services publics.

Afin d’éviter que les employés de la prison ne perdent leur travail, Adelanto a signé un contrat avec l’ICE pour disposer d’un centre de détention d’immigrants sous-traité au Geo Groupe, qui rajoutera 650 nouveaux lits et assurera la gestion du pénitencier.

Dans plusieurs points du pays, Geo Groupe a conclu des accords similaires avec des villes et des États qui lui ont confié des immigrants détenus. Ainsi, le Texas sera doté d’un « nouveau centre de détention civile » pour immigrés à faible risque, autrement dit non criminels.

Tout cela représente beaucoup d’argent pour Geo, qui empochera environ 15 millions de dollars par an, d’après Geo World.

Depuis 2001, CCA a vu augmenter quant à lui son chiffre d’affaires de 88%, et Geo de 121%. L’entreprise multinationale Geo est l’un des principaux intervenants sur le marché des prisons et offre des « services pénitentiaires » dans plusieurs pays.

Par exemple, Geo est chargée de la gestion d’une prison pour immigrants en Ecosse située dans un château qui fut d’un duc et qui appartient aujourd’hui au gouvernement britannique.

Mais non seulement ces entreprises signent des contrats pour proposer leurs services de gestion de prison aux gouvernements. D’après un récent rapport du Juctice Policy Institute, elles dépensent des millions en manœuvres auprès des hommes politiques qui prennent les décisions sur les budgets pour la détention et les politiques de lutte contre le crime. « Il est difficile de savoir combien d’argent elles dépensent réellement, car leurs finances ne sont pas transparentes, précisément parce qu’il s’agit d’entreprises privées et non pas publiques », signalait Emily Tucker, de Detention Watch Network. « A l’heure actuelle nous nous penchons sur les relations de ces compagnies avec les fonctionnaires et les anciens fonctionnaires du gouvernement dans la sphère de l’immigration ».

Par exemple, Julie Meyer, qui était sous-secrétaire à la Sécurité nationale et directrice de l’ICE sous l’administration Bush, a été chargée de manœuvrer pour le compte de Geo Group une fois que cette entreprise a acheté Behavioral Intervention (B.I.), que Meyer représentait auprès du gouvernement.

B.I. propose des alternatives à la détention carcérale comme l’implantation aux immigrants d’une puce permettant de les localiser et de les suivre.

D’après une étude de Detention Watch Network, les cinq entreprises ayant des contrats avec Service d’immigration ont dépensé plus de 20 millions en manœuvres au cours des dix dernières années. CCA et Geo ont manœuvré auprès de plusieurs instances du gouvernement. (Tiré de La Opinion de Los Angeles)
 

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina
/ Directeur éditorial: Gustavo Becerra Estorino
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano
© Copyright. 1996-2011.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page