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MARGARET
ATWOOD À LA HAVANE
De la
solitude à la lumière
PAR
MIREYA CASTAÑEDA, de Granma international
MARGARET
Atwood est, sans doute, le plus éminent écrivain
canadien de l’heure. Ses romans sont brillants,
originaux, imaginatifs. Cette femme au fin sens de
l’humour revient fréquemment à Cuba, où elle
a de vieux amis, et précise immédiatement «non
parce qu’ils sont vieux mais plutôt en raison
du temps que nous nous connaissons».
Elle
se trouve maintenant à La Havane avec son
conjoint, également écrivain, Greene Gibson,
grand ami de Cuba, au moment du Prix de la Casa de
Las Américas, et ce n’est pas surprenant parce
que tant Atwood et Gibson que l’institution
hôte, ont un objectif commun de communication
avec les pays des Amériques.
Déjà
dans l’anthologie Depuis l’hiver
(1996), Atwood et Gibson, qui ont signé l’introduction
et ont eu la charge de la sélection (23
écrivains anglophones) parlent de la «profonde
influence (pas toujours positive) de la frontière
de presque neuf mille kilomètres que (le Canada)
possède avec le pays le plus puissant du monde»
et mettent en garde au sujet «d’une
constante préoccupation pour son identité».
Gibson
signale la difficulté des Canadiens à regarder
vers le sud puisque lorsqu’ils le font, leur
vision «est absorbée par ce trou noir que
sont les États-Unis» et la même chose
survient à l’inverse, aux pays comme Cuba et le
Mexique lorsqu’ils regardent vers le nord.
Mais
cette distance semble aller en diminuant et la
connaissance des deux cultures augmente par le
biais des publications et la communication directe
entre les intellectuels.
Atwood,
avec une certaine espièglerie, assure que malgré
cette pression culturelle qui leur arrive des
États-Unis, les listes de best sellers là
et au Canada sont différentes. «C’est
étonnant, parce que nous devrions déjà avoir un
lavage de cerveau mais nous avons continué,
contre vents et marées, à avoir notre identité».
Parlant
de la littérature canadienne en général, l’écrivain
commente que tandis qu’en 1960 il n’existait
que cinq maisons d’édition qui avaient publié
cinq romans en anglais, l’an dernier on en a
édité 150, selon les données du Booker Prize
(le plus important prix littéraire de langue
anglaise qui est remis à Londres).
Les
choses ont beaucoup changé, ajoute-t-elle, et le
Canada a une présence littéraire internationale,
même qu’en Grande-Bretagne (dit-elle en
souriant) on ne pense déjà plus automatiquement
que si c’est canadien, ça doit être mauvais.
Mais
au Canada, on n’écrit pas seulement en anglais,
mais aussi en français, et il y a maintenant une
«naissance», dit Atwood, de la
littérature des peuples autochtones.
Quand
j’ai écrit un livre de critique littéraire en
1972 (Survival : A Thematic Guide to Canadian
Litterature), note-t-elle, j’ai effectué
une recherche sur les contes et nouvelles écrits
par des autochtones et je n’en ai trouvé aucun,
seulement des témoignages et des autobiographies,
mais à partir de cette époque, cela a changé et
elle recommande le film Fast Runner,
tourné par et sur les communautés autochtones.
L’écrivain
croit qu’au Canada, il n’existe pas de
politique d’extermination comme dans d’autres
pays. «Nos péchés sont l’abandon et le
paternalisme en voulant les convertir en blancs.
Ce fut la politique de la Grande-Bretagne dans
plusieurs pays, y compris au Pays de Galles».
Peu
après avoir publié le roman Allas Grace
(1996), Margaret Atwood est venue à La Havane et
j’ai eu le privilège qu’elle concède une
entrevue à Granma international; je lui propose
maintenant une brève continuation de ce dialogue
et elle accepte aimablement.
Vous
avez obtenu le Booker Prize en 2000 pour votre
roman The
Blind Assassin (L’assassin aveugle).
M.A.
: Oui, ici
la narratrice est une femme de 83 ans et tout au
long du livre, on couvre pratiquement tout le XXe
siècle.
C’est
comme un coffret chinois.
M.A.
: Une
histoire dans une histoire dans une histoire et le
nom The Blind Assassin est celui d’un roman dans
un roman.
Connaissons-nous
l’assassin?
M.A.
: Oui mais
quel est le véritable assassin? Ce pourrait être
le temps.
Écrire
est une action solitaire, comment le succès vous
atteint-il ?
M.A.
: Certainement, comme profession, cela n’attire
pas les personnes qui ont peur de la solitude.
Celui qui a besoin d’être entouré de gens ne
sera jamais un écrivain. Le succès est quelque
chose de différent et, de plus, je ne suis pas la
seule Canadienne connaissant le succès aujourd’hui
(malgré cela, ce qui est certain c’est que dans
n’importe quel questionnaire où l’on demande
le nom d’un écrivain canadien, on répond :
Atwood). Le succès est impossible à expliquer.
Être écrivain comprend trois éléments : l’auteur,
le livre et le lecteur. La relation est entre le
lecteur et ce que tu as écrit. Il y a un certain
temps, j’ai écrit un livre sur ce qu’est
écrire, Negotiating with the dead).
Titre
étrange.
M.A.
: Il a six
chapitres et dans le septième, on verra pourquoi
je l’ai intitulé ainsi. Je considère que l’écrivain
va toujours à des endroits obscurs pour trouver
des connaissances et, de là, il retourne à la
lumière.
Vous
continuez à écrire de la poésie?
M.A.
: Oui, le dernier livre est Morning in the
burned house (1995).
Vous
voyez une relation entre la narration et la
poésie?
M.A.
: À mon
avis, sont impliquées deux parties différentes
de l’esprit. Celle qui a à voir avec la poésie
est plus près de la musique et de la
mathématique, une relation dans l’espace,
tandis que la narration est plus proche de la
partie du cerveau que nous utilisons dans la
conversation.
Vous
écrivez aussi des contes.
M.A.
: Ah, oui, ceux-ci se trouvent dans la partie
intermédiaire du cerveau (dit-elle en riant).
On
parle toujours de féminisme dans votre œuvre,
quelque chose que vous avez nié à plus d’une
occasion.
M.A.
: De toutes façons, le sujet de la femme est
fondamental, en outre il est plus facile d’écrire
sur les femmes si tu es une femme. Mais nous
verrons ce qui arrivera puisque mon prochain roman
qui sortira en avril (Oryx and Crake)
a un homme comme narrateur.
Pourquoi?
M.A.
: Je me
suis lassée de la question sur le féminisme et
les femmes. J’ai écrit des choses sur les
hommes et personne ne s’en souvient. Maintenant,
nous verrons.
Nous
verrons certainement ce que sortira de sa manche
cette magicienne des lettres qu’est Margaret
Atwood.
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