Andrés Correa ou la
passion
du flamenco
Angela Oramas
Camero
ANDRÉS Correa, un des chanteurs cubains de flamenco
les plus connus, qui fête ses 25 ans de carrière
artistique, était présent au concert Chants de Cuba et
d’Espagne, à l’occasion de la 24e édition du Festival La
trace d’Espagne, dédié cette année à l’Andalousie.
Andrés Correa a débuté au Ballet espagnol de Cuba où il
est resté comme soliste jusqu’en 1999. Aujourd’hui, il
fait partie de la compagnie de flamenco Ecos.
|

Alicia
Alonso et Irene Rodriguez (à gauche) à
l’inauguration du Festival La Trace de
l’Espagne. |
Andrés Correa nous a accordé un entretien pour nous
parler de ces événements. « Le concert Chants de Cuba et
d’Espagne a eu lieu le 2 juin à l’auditorium du Musée
national des Beaux-arts. J’étais accompagné par la
pianiste Amelia Ruiz, le guitariste Yovany Brito et les
danseuses Ana Rosa Meneses et Angela Badell de la
compagnie flamenca Ecos. »
En 1993, vous avez débuté comme chanteur au Ballet
espagnol de Cuba, puis vous complétez votre formation
artistique aux Séminaires du flamenco à La Havane
organisés sous les auspices du Ballet national de Cuba
et de la Junte d’Andalousie. Les souvenirs de cette
époque ?
Un apprentissage chargé d’émotions, assuré par
d’excellents professeurs de chant : les Espagnols
Vicente Gelo, Juan José Amador et le directeur du Centre
andalou de flamenco de Séville, Segundo Falcon. J’ai
aussi assisté aux cours magistraux de compas (rythme)
donnés par le chanteur Diego Carrasco, aux conférences
didactiques du danseur Mario Maya, et aux conférences
théoriques de Juan Verjillos, un critique reconnu du
flamenco et journaliste andalou .
Qui vous a amené au flamenco et qu’est-ce qui vous a
séduit ?
Dès mon plus jeune âge, j’ai été attiré par la
musique espagnole. En fait, c’est un cousin germain,
aujourd’hui décédé, le Dr Eider Hernandez , lui-même
chanteur de flamenco amateur, qui m’a initié. Il
m’emmenait à des « tertulias » organisées par des amis,
tous passionnés par le flamenco. J’ai grandi dans cette
ambiance où j’ai vécu des expériences qui se sont
révélées décisives. Mon autre source d’inspiration,
c’est la chanson Castillo de arena (Château de sable).
En l’écoutant, je me suis dit : c’est le chemin que je
dois suivre. Aujourd’hui, je ne pense pas abandonner le
chant flamenco, malgré mon nouveau projet de spectacle
où j’ai introduit des boléros, des ballades et des
chansons cubaines traditionnelles.
Parlez-nous de votre amour du flamenco...
Le flamenco est un art merveilleux qui s’insinue en
toi comme un virus, et tu meurs avec lui, parce qu’il
est incurable. Il imprègne notre temps et il s’enrichit
des expériences des nombreuses cultures ancestrales qui
lui ont donné naissance, comme les gitans et les Maures,
sans oublier l’apport modeste des Africains et les
expériences qui se sont accumulées, en particulier à
Cuba, pendant la conquète et la colonisation du Nouveau
Monde. Cest un genre qui me permet d’exprimer ce que je
ressens et d’exorciser mes démons. Je profite pleinement
de tous les chants parce qu’ils sont chargés de poésie
et de toute les histoires d’autrefois.
L’hommage à Antonio Gades à l’Oratorio San Felipe de
Neri. Quest-ce que cela a signifié pour vous ?
Rendre hommage à Antonio Gades a été un grand
honneur. Cet homme a écrit une page de l’histoire, et il
a laissé une trace indélébile sur le flamenco. On lui
doit énormément. Le legs d’Antonio Gades à la danse
espagnole en général a été prodigieux.
Quelles ont été les critiques lors de vos
représentations en Espagne?
Je ne me plains pas, en effet… En 2009, je suis allé
en Espagne pour des raisons personnelles. J’ai visité
Madrid, Séville, Barcelone et la communauté valencienne.
À Séville, j’ai chanté à la peña Torres Macarena lors
d’une fête dédiée à la chanteuse Pastora Pavon (La fille
aux peignes). Ce fut une soirée inoubliable. Tu imagines
ce que cela a représenté pour moi de chanter dans le
temple du flamenco ! Là-bas, il y avait beaucoup de fins
connaisseurs du flamenco qui m’ont applaudi. J’ai pris
des cours au Centre d’Art et du Flamenco de Séville
donnés par la prestigieuse chanteuse Esperanza
Fernandez.
Avec quelles autres figures espagnoles avez-vous
partagé la scène ?
« J’ai été accompagné à la guitare flamenca par Paco
Jarana, et j’ai chanté avec Segundo Falcon en hommage à
Eva la Yerbabuena dans une solea. J’ai aussi été invité
par un important groupe de flamenco gitan, la famille
Fernandez, lors d’une de ses représentations à la salle
Garcia Lorca du Grand théâtre national ».
Andrés Correa a effectué des tournées artistiques
dans plusieurs villes cubaines, ainsi qu’au Mexique, en
Colombie et en Espagne. Pour son album, il a enregistré
des morceaux avec d’autres musiciens et des groupes
cubains, dont Barbaro Torres, Liuba Maria Hevia, Fiebre
Latina, Aceituna sin Huesos et Jorge Luis Chicoy.
Correa a également débuté au cinéma : il a chanté
dans le film Al menos un quejio du groupe espagnol
Martires del Compas, et il fait une apparition dans le
film britannique Arrythmia, du groupe Tough Monkey Music
Limited. Récemment, il a enregistré le thème du
feuilleton télévisé japonais Don Quichotte, transmis
actuellement par la télévision de ce pays.