Walfredo Angulo
CLARABOYA, un roman de José Saramago, qui dénonce les
conventions sociales et politiques des années 50, vient
d’être publié en Espagne, au Portugal et au Brésil, pour
respecter le refus de l’auteur de le publier avant sa
mort.
Presque deux ans après sa mort, José Saramago, prix
Nobel de Littérature (1998), revient à la lumière avec
la parution de ce roman, alors qu’il avait été ignoré
pendant des années par les grands médias, et censuré par
la politique du dictateur portugais Antonio de Oliveira
Salazar.
En effet, une maison d’édition avait refusé de le
publier, considérant son texte dur et transgressif à
cette période obscure que dut traverser le peuple
portugais, et contre laquelle Saramago a lutté dans la
clandestinité ou en exil.
Saramago avait remis le manuscrit à un ami en 1953
qui l’avait présenté à une maison d’édition. Il n’avait
pas reçu de réponse jusqu’à ce qu’en 1989 l’éditeur
l’avait contacté pour lui proposer de publier le roman,
retrouvé au cours d’un déménagement.
Saramago avait déjà publié un premier roman Terre du
péché en 1947, mais, « il a beaucoup souffert de ce
mépris », a confié sa veuve, la journaliste Pilar del
Rio, et ensuite « il a tardé vingt ans avant d’écrire un
nouveau roman ».
Saramago l’appelait, dit-elle, « le livre perdu et
retrouvé dans le temps ». Elle a montré plusieurs
carnets portant les notes que Saramago prenait lorsqu’il
écrivait ce roman, ainsi que le manuscrit original et
celui qu’il avait envoyé à la maison d’édition.
À plus de 30 ans, marié et père d’une fille, l’auteur
devait faire face à de graves difficultés économiques,
sans aucun soutien, car son père et son grand-père
intégraient les files des dizaines de milliers de
portugais analphabètes.
Le schéma du livre est très simple: le narrateur
pénètre par une lucarne dans un vieil immeuble à
Lisbonne et change toutes les structures de l’édifice en
murs de verre, et donne à voir les pénuries et les
oppressions de l’époque.
« C’est un livre où la famille, le pilier de la
société, est une sorte de nid de vipères, avec des
viols, des amours lesbiennes, de la violence», a
expliqué Pilar del Rio lors de la présentation du roman
à Madrid.
Saramago figure parmi les écrivains de langue
d’origine latine les plus lus en Amérique du Sud et dans
la Caraïbe. Avant et après avoir reçu le prix Nobel de
Littérature, des maisons d’édition cubaines et
brésiliennes avaient publié plusieurs de ses œuvres,
dont Le Dieu manchot (1982), L’année de la mort de
Ricardo Reis (1984), Histoire du siège de Lisbonne
(1989), L’Évangile selon Jésus-Christ, L’aveuglement
(1995), La lucidité (2004) et Le radeau de pierre
(1986), une critique de l’entrée du Portugal et de
l’Espagne dans la Communauté économique européenne.
Défenseur de la Révolution cubaine dans toutes les
tribunes, il était fier d’avoir intégré les rangs du
Parti communiste portugais alors que celui-ci était
encore clandestin, et d’avoir rejoint la Révolution des
œillets en 1974, un mouvement de militaires et de forces
de gauche qui mirent fin à la dictature et apportèrent
la démocratie au Portugal.
Et pour confirmer sa résurrection et son immortalité,
on annonce la parution à la fin de l’année d’une autre
œuvre inédite : Alabardas, alabardas, espingardas,
espingardas, qui tire son titre de vers du poète et
dramaturge portugais Gil Vicente (1465-1536). Un roman
qui dénonce la course aux armements et le trafic d’armes
dans le monde.