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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 5 Avril 2012

Le « livre perdu » de José Samarago

Walfredo Angulo

CLARABOYA, un roman de José Saramago, qui dénonce les conventions sociales et politiques des années 50, vient d’être publié en Espagne, au Portugal et au Brésil, pour respecter le refus de l’auteur de le publier avant sa mort.

Presque deux ans après sa mort, José Saramago, prix Nobel de Littérature (1998), revient à la lumière avec la parution de ce roman, alors qu’il avait été ignoré pendant des années par les grands médias, et censuré par la politique du dictateur portugais Antonio de Oliveira Salazar.

En effet, une maison d’édition avait refusé de le publier, considérant son texte dur et transgressif à cette période obscure que dut traverser le peuple portugais, et contre laquelle Saramago a lutté dans la clandestinité ou en exil.

Saramago avait remis le manuscrit à un ami en 1953 qui l’avait présenté à une maison d’édition. Il n’avait pas reçu de réponse jusqu’à ce qu’en 1989 l’éditeur l’avait contacté pour lui proposer de publier le roman, retrouvé au cours d’un déménagement.

Saramago avait déjà publié un premier roman Terre du péché en 1947, mais, « il a beaucoup souffert de ce mépris », a confié sa veuve, la journaliste Pilar del Rio, et ensuite « il a tardé vingt ans avant d’écrire un nouveau roman ».

Saramago l’appelait, dit-elle, « le livre perdu et retrouvé dans le temps ». Elle a montré plusieurs carnets portant les notes que Saramago prenait lorsqu’il écrivait ce roman, ainsi que le manuscrit original et celui qu’il avait envoyé à la maison d’édition.

À plus de 30 ans, marié et père d’une fille, l’auteur devait faire face à de graves difficultés économiques, sans aucun soutien, car son père et son grand-père intégraient les files des dizaines de milliers de portugais analphabètes.

Le schéma du livre est très simple: le narrateur pénètre par une lucarne dans un vieil immeuble à Lisbonne et change toutes les structures de l’édifice en murs de verre, et donne à voir les pénuries et les oppressions de l’époque.

« C’est un livre où la famille, le pilier de la société, est une sorte de nid de vipères, avec des viols, des amours lesbiennes, de la violence», a expliqué Pilar del Rio lors de la présentation du roman à Madrid.

Saramago figure parmi les écrivains de langue d’origine latine les plus lus en Amérique du Sud et dans la Caraïbe. Avant et après avoir reçu le prix Nobel de Littérature, des maisons d’édition cubaines et brésiliennes avaient publié plusieurs de ses œuvres, dont Le Dieu manchot (1982), L’année de la mort de Ricardo Reis (1984), Histoire du siège de Lisbonne (1989), L’Évangile selon Jésus-Christ, L’aveuglement (1995), La lucidité (2004) et Le radeau de pierre (1986), une critique de l’entrée du Portugal et de l’Espagne dans la Communauté économique européenne.

Défenseur de la Révolution cubaine dans toutes les tribunes, il était fier d’avoir intégré les rangs du Parti communiste portugais alors que celui-ci était encore clandestin, et d’avoir rejoint la Révolution des œillets en 1974, un mouvement de militaires et de forces de gauche qui mirent fin à la dictature et apportèrent la démocratie au Portugal.

Et pour confirmer sa résurrection et son immortalité, on annonce la parution à la fin de l’année d’une autre œuvre inédite : Alabardas, alabardas, espingardas, espingardas, qui tire son titre de vers du poète et dramaturge portugais Gil Vicente (1465-1536). Un roman qui dénonce la course aux armements et le trafic d’armes dans le monde.
 

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