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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 28 Juin 2012

Rafael Consuegra ou la passion
de la sculpture

Mireya Castañeda

RAFAEL Consuegra (Santiago de Cuba, 1957) est un sculpteur qui surprend par sa vision originale et son habilité à donner vie au métal. Il réalise aussi bien des miniatures, des pièces moyennes que des œuvres monumentales.

Diplômé de l’Institut supérieur d’art (ISA) en 1983, il présente sa première exposition personnelle en 1985 : Montajes, Ensamblajes, et il a participé à plus de 70 expositions collectives à Cuba et dans plusieurs pays, dont le Brésil, la Chine, la Russie, la Slovaquie, l’Espagne, les États-Unis, le Mexique, le Salvador, le Venezuela, le Gabon, l’Autriche, et aussi en Martinique.

Certaines de ses pièces sont incluses dans les collections du Musée Servando Cabrera Moreno à La Havane ; d’Art contemporain, à Vienne ; Emilio Bacardi, à Santiago de Cuba et le musée de la sculpture de petit format de Las Tunas. Il est présent également dans les centres culturels de Nayarit, au Mexique et de Bratislava, en Slovaquie, et dans la Collection Bernardo Quetglas à Palma de Mallorca.

L’interview a lieu dans les jardins de l’Union nationale des écrivains et des artistes (UNEAC) et porte sur son œuvre la plus actuelle : sa participation à la 11e Biennale de La Havane (mai-juin 2012).

« J’ai participé à deux expositions collectives à La Cabaña, avec une grande pièce à l’extérieur Con toda la ternura que llevo dentro (Avec toute la tendesse que je porte en moi), sur l’esplanade où se déroule la Cérémonie du Coup de canon. Elle est un peu ironique. C’est une pièce morphologiquement agréable à la vue, avec des textures, adaptée au concept de la sculpture environnementale, mais elle contient un balancier avec une vraie lame tranchante.

« Le public peut interagir avec l’œuvre, avec toujours présent à l’esprit le fait qu’il peut se blesser. Sous une des voûtes, on peut voir Abriendo su propio camino (En ouvrant son propre chemin) : une pièce circulaire, compacte, avec deux éléments de 20 mm d’épaisseur. Le cercle est composé d’une pièce plus mince qui elle aussi a un tranchant. On peut interagir, mais elle a un mouvement de balancier et tourne sur son axe. Elle suggère le tranchant d’une lame. Ce sont deux œuvres de métal, car depuis assez longtemps maintenant, je travaille surtout le métal ».

Qu’est-ce que la sculpture a de spécial pour que vous l’ayez choisie comme mode d’expression?

J’avais pour référence la sculpture monumentale, celle que l’on voit dans les villes. J’ai débuté par la peinture et j’ai découvert la sculpture à l’école, avec des professeurs magnifiques comme Frometa et Guarionex. D’un point de vue formel, je m’ intéressais à la relation avec l’espace, au sens du volume ; cela correspondait plus à ce que je voulais dire. Je me suis décidé dès le niveau moyen : j’ai découvert la sculpture et j’en suis tombé amoureux.

Qu’est-ce que le travail créatif d’un sculpteur ?

Chaque artiste construit un discours à travers une idée qui lui trotte dans la tête, et à la fin cela devient un projet. Il a un thème récurrent, à long terme ou à court terme. Le plus important, c’est qu’une chose en entraîne une autre. En ce moment, je travaille sur une ligne d’idées, toutes en relation avec les gens, leur développement, leur insertion dans la société, avec le social, avec tout. J’ai une idée, je la dessine et à mesure que je l’élabore, je la perfectionne. Ensuite, intervient le processus de la sélection du matériau. J’y inclus les éléments trouvés. Nous sommes héritiers de l’histoire de l’art. Nous nous servons de tout. Aujourd’hui, je m’oriente vers le 3D et lorsque je démarre, j’ai déjà les proportions. Cela facilite le temps d’élaboration et la pièce continue également à s’enrichir au cours du processus.

Qu’est-ce qui détermine le choix du matériau ?

Je choisis le matériau consciemment, cela facilite ce que je veux exprimer. Le matériau, comme l’idée, le format, la couleur, apportent du contenu à l’œuvre. J’ai travaillé différents matériaux y compris des matériaux nobles, légers, éphémères, mais aussi le marbre, le granit, le métal, le bronze, le plâtre, la terre, une vaste gamme, mais assez conservateurs, au regard des nouveaux matériaux utilisés : les acryliques, la fumée. Dans le conventionnel, le matériel que j’utilise s’apparente à l’idée.

Le métal en particulier ?

J’ai toujours dit que je construis une œuvre en parallèle. Par exemple, quand je faisais des rétables et que j’utilisais de la toile, je faisais également des travaux en fer à ciment. Pour les expositions et les salons, j’utilisais des toiles, du bois, des morceaux de meubles. Mais il y a toujours du métal. En 2004, une exposition était prévue dans ce qui est aujourd’hui la Maison-musée Servando Cabrera, et on avait besoin de sculptures adaptées aux intempéries. Les toiles ne convenaient pas, si bien que j’ai pensé au métal. J’aime souder et couper et j’avais quelques idées en attente. J’ai donc réalisé Lourdes qui est devenue une des pièces de l’institution. C’est là que j’ai démarré et maintenant, c’est devenu une constante.

Comment choisissez-vous le sujet ? Vos motivations ?

C’est une dérivation. Quand j’étais à l’école, j’étais particulièrement intéressé par le mouvement, le rythme, l’équilibre. Cela me rapprochait de la danse et du sport, qui placent l’être humain au centre. Ensuite, alors que dans ma famille, on n’est pas croyant, je me suis inspiré de la religion catholique et de l’afrocubaine, dont je connaissais l’atmosphère, les congas, les carnavals, les tambours et ses rituels, mais je n’ai jamais été pratiquant.

De toutes façons, les congas et les tambours m’ont introduit au rythme. Mon thème a toujours été l’Homme. Le religieux a ouvert la voie aux états d’âme du croyant, à des thèmes sociaux, et ensuite, je me suis intéressé à des aspects quotidiens, universels. C’est ce que je fais aujourd’hui : l’Homme et son environnement, son développement social, ses aspirations et ses frustrations.

Que recherchez-vous quand vous réalisez une sculpture pour un espace public ?

C’est la décoration des hôtels qui m’a permis d’inclure mon œuvre dans les espaces publics. La seule limitation, c’est que le thème m’était étranger. Pas autant que cela d’ailleurs, car pour ma thèse à l’ISA, j’ai eu la chance de réaliser une sculpture environnementale qui se trouve à l’entrée de l’hôtel Tuxpan, à Varadero. Dans une sculpture publique, il faut tenir compte de l’environnement, du visuel, des voies de communication, des lumières, de la proportion et des couleurs.

Des œuvres qui vous ont rapproché de vous-même et du public ?

La sculpture à l’hôtel Tuxpan, qui fut une sorte de rupture, me fit sortir de l’anonymat après l’ISA. Cela m’a donné une autre vision de ce dont j’étais capable. J’ai été très rigoureux car c’était ma première œuvre. Elle est en fer à béton, près de la mer. Je dois avouer que je m’identifie beaucoup aux retables.

À quoi travaillez-vous aujourd’hui ?

Je travaille sur un projet pour un symposium à Santiago de Cuba qui me tient à cœur, car mes œuvres sont exposées dans de nombreuses provinces, mais dans ma ville natale, je n’en ai qu’une de taille moyenne dans la collection du musée Bacardi. Celle-ci est pour un espace extérieur que j’ai conçue en métal dont le thème est l’homme, la société. Ella aura pour nom : El despegue (L’envol) ».

Rafael Consuegra tire son inspiration de tout ce qui l’entoure, aussi bien le matériel que le spirituel. Il sculpte avec passion tous types de matériaux, avec une prédilection pour le métal et selon un concept plus contemporain.
 

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