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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 25 Janvier 2012

AMBROSIO FORNET
L'homme aux mille facettes

Sarahi Garcia Contreras

LA 21e Foire internationale du livre est dédiée à Ambrosio Fornet, critique littéraire, essayiste, éditeur, narrateur et scénariste. Un écrivain, lauréat du prix national de Littérature et d’édition qui, depuis 1964, s’est consacré à la critique. Il a publié plusieurs titres dans ce genre, notamment : En noir et blanc, une approche du conte cubain pendant la République, et Le livre à Cuba : 18e et 19e siècles, une étude du développement du mouvement éditorial cubain, de l’imprimerie, et l’accueil du livre dans la société de l’époque.

Ambrosio Fornet signale que de nos jours l’art de la critique souffre du peu de reconnaissance qu’elle reçoit.

« La critique et l’essai souffrent d’une sorte de crise d’identité, et parfois on ne sait ni où ni comment les classer. Dans mon cas, par exemple, je m’intéresse plus particulièrement à ce que j’appelle la "sociologie de la littérature" ou les  "études culturelles". La question se pose alors de savoir si ces deux genres font partie de la littérature, des sciences sociales ou de l’histoire de la culture. »

Dans ce cas, précise l’auteur, affirmer que l’essai et la critique sont des genres littéraires rend hommage à la tradition cubaine qui a démarré avec force au 19e siècle : elle remonte à José Marti, en passant par Enrique José Varona, Enrique Piñeiro, Juan Marinello, Jorge Mañach, Cintio Vitier, et toute une série d’écrivains qui confirment l’essai et la critique comme de la véritable littérature.

Fornet a également été lié au monde du cinéma. Le scénariste de films tels que Retrato de Teresa, Habanera et Mambi, pour n’en citer que quelques-uns, a commencé à faire des incursions dans le 7e art, par la réalisation de plusieurs documentaires didactiques.

« Aujourd’hui, dans notre milieu, la spécialisation totale est sans doute possible, mais pas auparavant. Quand on savait lire et écrire, on avait alors la possibilité, et d’une certaine manière l’obligation, de tout faire. On tenait pour acquis qu’on pouvait être polyvalent. J’avais écrit des critiques et des essais. Un beau jour, Marcia Leiseca, la vice-présidente de la Casa de las Américas, m’a proposé de faire du cinéma éducatif au Centre de production cinématographique du ministère de l’Éducation. À partir de là, j’ai commencé à faire des documentaires sur Cecilia Valdes, Nicolas Guillen, et la dénommée "littérature de campagne" (témoignages et mémoires des mambises).

Fornet se souvient qu’après cette incursion dans le cinéma éducatif, des réalisateurs comme Pineda Barnet et Pastor Vega l’ont contacté pour lui proposer d’écrire le scénario de plusieurs films, qu’il appelle aujourd’hui en souriant « cinéliture ».

L’écrivain raconte que c’est alors qu’il a écrit les scénarios de films comme Aquella larga noche et Retrato de Teresa. Après le film de Pastor Vega, vint Habanera, du même réalisateur. Ce film n’a pas eu le même succès, précisément parce que le public souhaitait trouver dans la trame une autre Teresa, et ce ne fut pas le cas, explique Fornet en se remémorant cette époque.

L’auteur n’est plus revenu au cinéma, jusqu’en 1998 où des réalisateurs de Tenerife (Canaries) lui ont proposé de tourner un film sur la présence des Canariens dans les Guerres d’indépendance, mais aux côtés des Cubains, car pendant ces batailles, de nombreux Canariens ont rejoint les troupes mambises.

C’est ainsi qu’est né le film Mambi, sa dernière collaboration comme scénariste, car selon Fornet, le cinéma est tellement passionnant qu’il en devient absorbant, si bien qu’il lui était très difficile de concilier son travail cinématographique avec ce qui est sa raison d’être : la recherche.

Il signale que le cinéma lui a appris à travailler en équipe, une chose que les écrivains ne connaissent pas, car en général, ils créent seuls et presque toujours à l’écart. De plus, il bénéficie d’une vaste projection sociale, assure l’auteur, comme cela n’existe que dans les médias.

Fornet a profité du fait qu’en ce moment se déroule l’attribution du Prix Casa de las Américas pour nous parler de ses liens avec cette institution culturelle. La Casa l’a accueilli à son retour à Cuba après son séjour en Espagne, et c’est donc là qu’il a recommencé à travailler.

« J’ai connu toutes ces personnes qui travaillent ou ont travaillé à la Casa, explique l’auteur alors qu’il observe chaque recoin de la salle Che Guevara. J’ai connu Haydée Santamaria, Marcia Leiseca, et Roberto Fernandez Retamar. Lorsque j’ai commencé à m’occuper des questions d’édition, même si je ne fréquentais plus la Casa comme avant, j’ai suivi ses activités. Aujourd’hui, je suis toujours lié à la Casa, car mon épouse Silvia et mon fils Jorge y travaillent. »

La Foire du livre rendra un hommage à ce narrateur, essayiste, critique, et éditeur. Un auteur qui a consacré sa vie à enrichir le patrimoine culturel cubain. (Tiré de Radio rebelde)
 

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