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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 21 Juin 2012

LE CENTENAIRE DE RITA LONGA
L'envol de la poésie des formes

Virginia Alberdi Benitez

ALORS qu’il roulait vers l’est de la capitale, le chauffeur d’un minibus, en passant près de la statue de la Virgen del Camino (La Vierge du chemin), fit ce commentaire à ses passagers qui lui avaient dit « être du ministère de la Culture » : « Cette Vierge, elle est vraiment géniale, elle paraît vivante. » L’un d’entre eux lui demanda s’il savait qui avait réalisé cette sculpture. Haussant les épaules, le chauffeur répondit : «  Je n’ai pas ce plaisir, mais qui que ce soit, il mérite tout mon respect. » 


« Grupo familiar », devant le Zoo de La Havane.

Un sourire illumina le visage de la femme, grande, âgée, mais aux gestes pleins de vivacité, assise sur le siège le plus confortable à l’arrière du véhicule, qui refusa cependant qu’on révèle son identité au chauffeur. À la fin du voyage, elle dit à ses compagnons : « Cet homme vient de me donner un prix. La Virgen del Camino lui appartient autant qu’à moi. »

Rita Longa n’a pas décidé d’être artiste pour se faire plaisir mais pour offrir de la beauté et la partager avec ses compatriotes. On peut dire que la vie l’a vraiment récompensée car la plupart de ses sculptures à l’air libre font partie du paysage et de l’imaginaire populaire. Les sculptures du village taino, à Guama, dans les Marais de Zapata ; la danseuse du cabaret Tropicana ; les faons à l’entrée du Parc zoologique de la rue 26 à La Havane ; la vierge Sainte Rita qui trône sur la façade de l’église de la 5ème avenue et de la rue 28 dans le quartier Miramar, et la magnifique Fontaine des Antilles, symbole des temps nouveaux à Las Tunas, en sont les meilleurs exemples.

Rita Longa est née le 14 juin, il y a 100 ans. Elle prit quelques cours dès 1928 avec Juan José Sicre à l’École nationale des Beaux-arts San Alejandro, à La Havane, puis à l’atelier d’Isabel Chapotin, au Lyceum, mais elle se dit autodidacte. Elle débuta par le modelage de la terre et du plâtre, puis elle continua par le travail du marbre, du bois et de la pierre.


« Forma, espacio y luz» , pour le Musée
national des Beaux-Arts.

À l’intérieur même des conventions réalistes qui prédominaient dans l’art de la sculpture cubaine au cours de la première moitié du 20e siècle, Rita Longa a progressivement construit ses propres codes. Le public et la critique les ont découverts avec son exposition au Lyceum en 1944, puis dans des œuvres d’utilité publique comme Ciencia y fe (1946), pour l’hôpital oncologique ; le bronze Ilusion (1950), au cinéma Payret ; et la composition Forma, espacio y luz (1953), au Musée des Beaux-arts. Elle découvrait ainsi l’envol de la poésie des formes.

Au triomphe de la Révolution, un événement dans lequel elle s’est investie corps et âme, avec des forces renouvelées, et forte d’un prestige largement mérité, Rita Longa signa une œuvre majeure, Muerte del cisne (La mort du cygne), pour les jardins du tout nouveau Théâtre national.


« La Virgen del Camino», une autre sculpture célèbre de Rita Longa.

Avec une énergie décuplée, elle réalisa les 22 sculptures du Village taino, en collaboration avec l’architecte Mario Girona, et aussi de nombreuses pièces monumentales et ornementales, en hommage à de grands penseurs et des sculptures allégoriques à des sentiments patriotiques et solidaires. Par ailleurs, elle mit toute sa passion à créer l’Atelier Guama et elle dirigea les travaux de la Commission nationale pour le Développement de la sculpture monumentale et environnementale (CODEMA).

C’est à Las Tunas, une ville dans la région orientale où elle se sentit comme dans un second foyer, qu’elle encouragea tout particulièrement le développement de la sculpture.

Lauréate du Prix national des Arts plastiques en 1995, et un an plus tard, de l’Ordre de Felix Varela, attribué par le Conseil d’État, Rita Longa est décédée à La Havane, le 29 mai 2000.

Sa raison éthique devrait servir de leçon aux artistes d’aujourd’hui et de demain : « Les gens connaissent mon œuvre parce qu’ils la voient depuis plus de 60 ans, et c’est la seule explication que je donne à ma popularité. C’est le temps, la répétition qui imposent l’œuvre d’un artiste. Peu importe qu’on se souvient ou non de son nom. C’est le travail qui reste. »
 

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