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La Havane. 7 Décembre 2011 

DON ET TRANSPLANTATION D’ORGANE À CUBA
Oui à la vie

• Environ 138 greffes de rein ont été effectuées cette années, 27 de plus qu’en 2010. Cuba dépense 55 millions de dollars pour la prise en charge des patients souffrant d’insuffisance rénale chronique


Lisandra Fariñas Acosta

LA liste d’attente des personnes ayant besoin d’un organe vital pour survivre augmente de façon accélérée chaque jour dans le monde face à la couverture insuffisante des système de santé pour répondre à la demande, car le nombre de receveurs dépassent considérablement celui des donneurs.

La 1 000e greffe de rein, effectuée à Santiago de Cuba, a été pratiquée en octobre sur Gisela Marrero Ferreiro. Près d’elle, le Dr Jorge Lockhart et Barbara Diaz, la plus ancienne patiente transplantée.
La 1 000e greffe de rein, effectuée à
Santiago de Cuba, a été pratiquée en
octobre sur Gisela Marrero Ferreiro.
Près d’elle, le Dr Jorge Lockhart et
Barbara Diaz, la plus ancienne patiente transplantée.

 

Consolider le programme de don et de transplantation à Cuba est une des priorités du système de Santé publique.
Consolider le programme de don et de transplantation à Cuba est une des priorités
du système de Santé publique.

 

Si bien que dans de nombreux pays, le trafic d’organes augmente également. En effet, ce commerce se révèle le principal impulseur du tourisme de transplantation qui incite des milliers de patients en attente de greffe à se rendre chaque année dans d’autres pays pour y acheter des organes à des prix exorbitants. Cependant, bien que Cuba soit un pays sous-développé, soumis à un cruel blocus, le pays réalise d’immenses efforts pour développer son programme de don et de transplantation, et jouit désormais d’un vaste prestige international.

En 1970, 16 ans après la prouesse de la première greffe de rein réalisée dans le monde développé, notre pays s’est inscrit dans la liste des pays qui pouvaient la pratiquer, et devenait le troisième pays d’Amérique latine à l’effectuer.

TRANSPLANTATION RÉNALE À CUBA: RÉUSSITES ET DÉFIS

L'Insuffisance rénale chronique (IRC), une maladie qui oblige le patient à avoir recours aux méthodes de substitution de la fonction rénale, comme les hémodialyses et les greffes, est considérée aujourd'hui par les spécialistes comme une maladie épidémique du fait de son augmentation significative chaque année. En effet, ses principales causes – l'hypertension artérielle et le diabète mellitus – sont en progression également. Actuellement, Cuba compte 2 714 patients en dialyse, soit 242 patients par million d'habitants, nombre qui progresse de 10% chaque année.

Le Dr Alexander Marmol Soñara, spécialiste de second degré en néphrologie et fonctionnaire de l’Organisation nationale de transplantation (ONT) du ministère de la Santé publique a expliqué au journal Granma que, selon les études réalisées, Cuba doit destiner 20 000 dollars par an, soit 54 280 000 dollars pour chaque patient en méthodes de substitution – pour les 2 714 mentionnés –.

Cependant, la greffe rénale est une méthode plus économique, car elle revient la première année à environ 10 000 dollars, en comptant les médicaments du premier mois (extrêmement coûteux), l'utilisation de technologie, de matériel consommable et en électricité. Au cours de la deuxième année après la transplantation, les coûts s’élèvent à moins de 5 000 dollars.

 « De plus, pour le patient la greffe rénale a un impact important sur le plan bio-psychosocial et de la récupération, du fait de ne plus dépendre d'un "artificiel rein" pour survivre », a-t-il précisé.

À Cuba, c’est l'ONT qui est chargée de garantir et de contrôler le don et les transplantations d'organes, ainsi que de surveiller les résultats chez les receveurs, avec l'aide de commissions conseillères. Par exemple, le Centre coordinateur national de l'Institut de Néphrologie gère la sélection du candidat à une greffe de rein, sous des conditions essentiellement biologiques, et selon le degré de compatibilité requis.

 « Cuba dispose du programme le plus important de donneurs décédés de toute l’Amérique latine (davantage de donneurs décédés que de donneurs vivants), un rapport semblable à celui des pays développés. Pour ce qui concerne les donneurs vivants, dans notre pays seuls les parents de première ligne sont acceptés (frères, parents ou enfants majeurs), pour s’assurer une plus grande compatibilité immunologique et multiplier les chances de réussite. Jusqu’à ce jour, 4 489 transplantations rénales de donneurs décédés ont été effectuées, et 338 de donneurs vivants », a précisé le Dr Marmol Soñora.

Cuba pratique la transplantation rénale chez des enfants depuis 20 ans, et elle a obtenu d’excellents résultats dans le programme de donneur vivant qui compte déjà 28 greffes sur les 105 réalisées jusqu'à ce jour.

L'ONT a tracé des stratégies destinées à augmenter les dons, comme la seule forme de garantir la systématisation du programme et la réponse rapide aux milliers de patients en attente. En fait, chaque don pourrait sauver quatre personnes au minimum.

Actuellement à Cuba, le taux de survie après une greffe de rein s’élève à 70 % par an, ce qui est une réussite pour un pays comme Cuba.

BLOCUS CONTRE LA VIE

Pour une réalisation correcte d'une transplantation rénale, il est indispensable de pratiquer sur le patient un typage immunologique (HLA), afin de vérifier la compatibilité avec l'organe donneur. Cuba réalise cette technique par sérologie depuis1973.

Le Dr Marmol Soñora a expliqué au journal que seul le laboratoire nord-américain One Lamda produit des tests sérologiques dans le monde, et il a décidé de ne plus vendre de réactif à Cuba.

Conséquence de cette mesure qui s’appuie sur le blocus injuste contre Cuba depuis plus de 50 ans : cela fait six mois que les spécialistes cubains ne peuvent pas pratiquer le typage des patients qui ont dû être transplantés sans cet examen.

« De ce fait, nos patients font davantage de rejet aigu aux organes transplantés, car on ne connaît pas exactement la compatibilité. En 1997, 2001 et 2002, ils nous avaient déjà privés de ce réactif », souligne le médecin.

L’État cubain, à la recherche d’une alternative à cette situation a consenti un effort économique en vue de l’achat d’un laboratoire qui devrait permettre dans les prochains mois de passer de la sérologie à la biologie moléculaire pour la typification immunologique (HLA) des donneurs et des receveurs, ainsi que la modernisation d’autres techniques d’immunologie pour la transplantation rénale, et d’autres comme celle du fois, du cœur et des cellules hématopoïétiques (de moelle osseuse).

Mais le refus de vendre le réactif pour la sérologie ne porte pas seulement préjudice à la greffe de rein, il interdit également la réalisation d’autres greffes, comme celle de cellules hématopoïétiques, pour lesquelles le typage immunologique est vital.

Actuellement, par manque de réactif, Cuba doit envoyer dans des pays comme le Mexique les enfants qui ont besoin de cette intervention chirurgicale afin d’y réaliser les tests sérologiques et la greffe, ce qui implique des frais élevés pour le pays.

Heureusement, le futur laboratoire de biologie moléculaire permettra pour la première fois à Cuba de disposer d’une banque de donneurs de cellules hématopoïétiques et de typifier la population, aussi bien des donneurs que des receveurs.

Le gouvernement cubain n’hésite pas à faire les investissements nécessaires afin que la population puisse accéder à une santé gratuite et de qualité Seulement au titre des achats de médicaments immunodépresseurs nécessaires aux transplantations à Cuba, que les patients devront prendre à vie pour garantir leur survie, le pays dépense annuellement 5 millions de dollars.

Cuba effectue entre 100 et 150 greffes de rein par an. Seulement pour conserver un rein trois ou quatre sacs de liquide de conservation sont nécessaires afin de maintenir l’organe en attente de receveur : chacune coûte environ 110 dollars.

Consolider le programme de don et de transplantation à Cuba, qui présente outre la greffe de rein, des résultats encourageants comme la greffe de cornée, du cœur et du foie, est une des priorités du système de Santé publique pour continuer de dire oui à la vie.

 

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