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La Havane. 23 Août 2012 

Le cimetière de Colomb :
Un joyau mondial

Mireya Castañeda / Photos Alberto Borrego

AU-DELÀ de la tristesse inévitable qu’éveille un cimetière, le cimetière de Colomb, à La Havane, ne peut que susciter l’admiration. Sur ses 57 hectares, il recèle un nombre considérable d’œuvres d’art, avec plus de 50 000 tombes, des chapelles, des tombeaux, des galeries et des ossuaires.


Le Portique royal ouvre la Porte de la paix.

La richesse de l’ensemble des statues funéraires et la diversité des styles architecturaux constituent l’une des caractéristiques les plus notables de ce cimetière, que nombre de spécialistes le situent parmi les trois plus somptueux sur le plan architectural, et parmi les plus vastes du monde.

Il est précédé par le cimetière monumental de Staglieno à Genova, (Italie), inauguré en 1851, et célèbre pour ses sculptures, et par le cimetière de Montjuic (Barcelone), inauguré en 1883 – qui garde la dépouille d’artistes comme le musicien Isaac Albéniz (1860-1909) ; la soprano Victoria de los Angeles (1923-2005) et le peintre Joan Miro (1893-1983).


La statue de « La Milagrosa », devenue un lieu de pèlerinage.

N’oublions pas le cimetière du Père Lachaise à Paris, appelé ainsi en hommage au père François d’Aix de la Chaise (1624-1709, confesseur du roi Louis XIV).

Plutôt que pour sa valeur architecturale et ses statues, la notoriété du cimetière parisien, un des plus connus dans le monde, réside dans la célébrité de certaines personnalités qui y sont enterrées. Citons par exemple Guillaume Apollinaire (1880-1918); Miguel Angel Asturias (1899-1974) ; Honoré de Balzac (1799-1850); Maria Callas (1923-1977) ; Frédéric Chopin (1810-1849) ; Jacques-Louis David (1748-1825 ; Isadora Duncan (1877-1927) ; Georges Méliès (1861-1938) ; Molière (1622-1673?) ; Yves Montand (1921-1991); Jim Morrison (1943-1971) ; Édith Piaf (1915-1963), et Oscar Wilde (1854-1900), entre autres.

Compte tenu de l’importante du cimetière de La Havane, – classé Monument national – le Bureau de l’Historien de la ville a entrepris un projet de conservation et de restauration, que les visiteurs peuvent déjà apprécier.

UN PEU D’HISTOIRE…


Une réplique de « La Pietà » de Michel-Ange.

EN 1854, le gouverneur espagnol de Cuba, le marquis de la Pezuela, décida de faire construire un nouveau cimetière à La Havane. Le projet ne se réalisa qu’en 1870, à la suite d’un concours public, gagné par l’architecte espagnol Calixto Loira Cardoso.

La première pierre fut posée le 30 octobre 1871, et l’ouvrage fut achevé le 2 juillet 1886 ; les travaux d’agrandissement eurent lieu en 1934.

L’entrée monumentale est constituée par un portail de 34 m de long sur 21 m de haut, sur lequelle on ajouta en 1901 une sculpture de marbre de Carrare, réalisée par le Cubain José Vilalta de Saavedra représentant Les trois Vertus théolégales : la foi, l’espérance et la charité, et qui porte l’inscription Janua Sum Pacis, qui a donné son nom à la porte : Porte de la paix.

Par ailleurs, le trois initiales CCC – qui signifie Cimetière Christophe Colomb – ont été gravées sur les grilles de fer, en hommage au Grand Amiral qui, on s’en souvient, s’est exclamé en apercevant les côtes de l’île: « C’est la terre la plus belle que des yeux humains aient jamais vue ! ». Il est étonnant cependant qu’aucune des magnifiques sculptures du cimetière ne porte le nom du navigateur.

La gigantesque porte ouvre sur le cimetière qui a été construit de forme rectangulaire comme un campement romain, avec ses rues qui portent un nom et ses trottoirs. L’avenue centrale, entre la chapelle et le portique, porte le nom : avenue Christophe Colomb.

QUELQUES SITES INTÉRESSANTS


De nombreux touristes viennent admirer les valeurs architecturales et artistiques du cimetière havanais.

De chaque côté de l’avenue Colomb, actuellement en voie de restauration, s’élèvent quelques-uns des plus remarquables monuments et sculptures. Ainsi, une magnifique reproduction de La Pietà de Michel-Ange, de la basilique Saint-Pierre, au Vatican. Elle se trouve au centre du tombeau familial de Don Miguel Gonzalez de Mendoza y Pedroso, une personnalité née à La Havane, au milieu du XIXe siècle, dans une famille très influente.

On trouve aussi un ensemble sculpté dédié à un groupe de pompiers morts tragiquement en 1890, lors de l’incendie de la quincaillerie Isasi. Une œuvre funéraire d’environ 10 m de haut, réalisée par le sculpteur espagnol Agustin Querol Subirats.


Une vue générale du cimetière.

Sur le tombeau des pompiers s’élève une statue représentant un ange portant un pompier mort dans ses bras. Cet ange repose sur un piédestal de plusieurs mètres de haut, d’où apparaissent les écussons et les armes des pompiers, ainsi que quatre grandes sculptures. Notons un des aspects les plus intéressants du monument : les pompiers sont représentés par leur vrai visage.

Au bout de l’avenue Colomb se trouve la chapelle, de forme octogonale. Sur les murs de l’autel, est peinte une allégorie du Jugement final, réalisée par José Melero, premier directeur de l’Académie des arts de San Alejandro de La Havane.

Tout près, se trouve la tombe la plus visitée, celle de Amelia Goire, une jeune femme de 23 ans de la haute société havanaise, connue aujourd’hui comme La Milagrosa (La Miraculeuse). Morte en couches avec son bébé, elle fut enterrée, avec sa petite fille reposant à ses pieds. José Vicente Adot, son mari désespéré, venait la voir tous les après-midi au cimetière et l’appelait en frappant sur les anneaux de bronze. Il le fit jusqu’à sa mort 17 ans plus tard. La légende raconte que lorsqu’on ouvrit le cercueil plus tard, la petite fille était dans les bras de sa mère. La tombe est devenue un lieu de pèlerinage.

Parmi les autres curiosités : une dalle portant une grande fiche de domino, le double trois : une femme âgée, amateur de ce jeu, était morte en découvrant qu’elle avait cette fiche dans son jeu. On peut voir également une pyramide égyptienne, des temples romains ou grecs, et des châteaux médiévaux.

L’importance du cimetière ne se résume pas à ses trésors de marbre, de bronze ou ses vitraux, il se distingue aussi par la qualité des personnalités qui y reposent. Citons Leonor Pérez et Mariano Marti, parents du Héros national José Marti ; le général dominicain Maximo Gomez, héros de nos guerres d’indépendance au XIXe siècle et, parmi les figures les plus importantes de la vie intellectuelle cubaine, Alejo Carpentier ; Nicolas Guillén ; Gonzalo Roig ; Ignacio et Maria Cervantes ; Eliseo Diego : René Portocarrero ; Juan Marinello ; José Antonio Portuondo ; Hubert de Blanck et Amelia Pelaez.

Le cimetière Colomb est célèbre pour ses nombreux monuments funéraires, son architecture, ses sculptures majestueuses, sa décoration art déco et art nouveau. Il est devenu un lieu de visite pour les touristes. Avec respect, ils peuvent parcourir ce musée à l’air libre, mais sans oublier que pour les habitants de La Havane, il reste un cimetière.
 

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