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LES PREMIÈRES ÉLECTIONS À CUBA, LE 31
DÉCEMBRE 1901
La «démocratie» que nous ont
léguée les yankees
Lazaro Barredo Medina
LE
processus d’ « américanisation » de Cuba, qui s’est
inscrit au 19e siècle dans la pensée politique
nord-américaine, s’exprimait avec un mépris absolu des
Cubains.
Un fois
leurs buts atteints, avec l’intervention dans la guerre
hispano-cubaine, alors que les mambises avaient
pratiquement gagné la guerre contre l’Espagne, le
général Leonardo Wood, gouverneur nord-américain à Cuba,
écrivait au secrétaire de la Défense étasunien, E. Root :
« Tous les Américains et tous les Cubains qui regardent
vers l’avenir savent que l’île va faire partie des
États-Unis, et que c’est aussi important pour nous que
pour eux de consolider cette position. »
L’ambition
des grandes puissances européennes de se partager le
monde à la fin du 19e siècle, et la nécessité
diplomatique nord-américaine d’éviter des frictions au
milieu de ces contradictions, et par ailleurs la
résistance de la majorité des Cubains à l’annexion,
obligea les États-Unis à trouver une formule qui
donnerait aux Cubains leur république, laquelle
resterait « sous contrôle », s’ils parvenaient à faire
élire des hommes qui acceptaient de se plier aux
intérêts nord-américains.
C’est sur
cette base que le 9 février 1901, le secrétaire à la
Défense E. Root envoya une lettre au gouverneur Wood
pour lui préciser les cinq conditions qui devaient
servir de base aux relations entre Cuba et les
États-Unis.
1.
reconnaître le droit aux États-Unis d’intervenir dans
les affaires internes de Cuba,
2.
restreindre les droits de Cuba de signer des accords et
des traités avec des puissances étrangères ou de leur
concéder tout type de privilèges sans accord préalable
des États-Unis,
3.
restreindre les droits de Cuba d’obtenir des emprunts à
l’étranger,
4.
reconnaître le droit aux États-Unis d’acquérir des
terres et de posséder des bases navales à Cuba.
5.
reconnaissance et observation par Cuba de toutes les
lois promulguées par les autorités militaires
nord-américaines et les droits découlant de ces lois.
Le sénateur
Orville H. Pratt, en présentant son amendement devant le
Congrès nord-américain, accepta ces cinq points,
auxquels il ajouta trois clauses supplémentaires :
6. le
gouvernement de Cuba exécutera et, en cas de nécessité,
accomplira les projets déjà en marche, ainsi que
d’autres qui seront convenus mutuellement concernant
l’assainissement de la population de l’île, afin
d’éviter le développement d’épidémies et d’infections,
et protéger ainsi la population et le commerce de Cuba,
ainsi que le commerce et la population des ports du Sud
des Etats-Unis.
7. l’île
des Pins sera exclue des limites de Cuba prévues par la
Constitution, la laissant de côté en vue d’un futur
arrangement concernant sa propriété ;
8. le
gouvernement de Cuba inscrira les précédentes
dispositions dans un Traité permanent avec les
États-Unis.
C’est ainsi
que naquit, au Congrès des États-Unis, l’Amendement
Platt, que les Cubains seraient contraints d’inscrire
dans leur Constitution républicaine.
Quelques
jours après l’approbation de l’Amendement Platt, le
général Wood écrivit à Théodore Roosevelt, alors
vice-président des États-Unis : « Il est évident qu’avec
l’Amendement Platt, nous avons laissé peu ou pas du tout
d’indépendance à Cuba… Ce qui convient maintenant c’est
d’obtenir l’annexion. Cela demandera un peu de temps…
Avec le contrôle que nous avons sur Cuba, et qui sans
doute avant peu se transformera en possession, nous
auront rapidement le contrôle de tout le commerce du
sucre dans le monde. Je crois que Cuba est une
acquisition des plus souhaitables pour les États-Unis. »
Quant à
l’arrogant général Leonard Word, non seulement « il
organisa » le scrutin, mais « il s’offrit » comme
« observateur » des premières élections
« démocratiques » qui devaient décider des postes les
plus importants du gouvernement cubain.
Non
seulement Wood exerça une très forte pression sur une
grande partie des parlementaires cubains pour parvenir à
ses fins, il manœuvra également pour limiter la
participation du peuple à ces élections qui eurent lieu
le 31 décembre 1901. Les conditions imposées par les
scrutateurs nord-américains ne permirent l’accès au vote
qu’à 7% de la population : sur les 1 572 797 habitants,
seuls 150 648 électeurs purent s’inscrire sur les listes
du fait des restrictions établies par la Loi électorale
promulguée par le gouverneur Wood, et le nombre de
votants s’éleva à 110 816. C’est ainsi que se
déroulèrent les premières élections « démocratiques »
cubaines organisées par les États-Unis.
LES
RESTRICTIONS DU GOUVERNEUR MILITAIRE YANKEE
Telles
étaient les conditions imposées par les yankees pour
participer à cette bataille électorale de la
« nouvelle » et « indépendante » nation cubaine : être
un homme natif de Cuba ou fils de natif de Cuba, né
pendant la résidence temporaire de ses parents à
l’étranger ; ou espagnol, qui conformément à l’article 9
du Traité de Paris, n’aurait pas déclaré sa décision de
conserver sa nationalité espagnole. Les femmes furent
exclues du droit de voter ou d’être élues.
Avoir 21
ans au minimum; résider dans la commune choisie pour
voter au moins 30 jours consécutifs, et remplir en
outre n’importe laquelle des conditions suivantes :
savoir lire et écrire ou posséder des biens meubles ou
des immeubles pour une valeur de 250 pesos en monnaie
étasunienne (ce qui représentait une vraie petite
fortune à cette époque), ou avoir servi dans l’Armée de
libération cubaine avant le 18 juillet 1898, et avoir
été démobilisé « sans avis défavorable ».
Comme on
pouvait s’y attendre, dans un pays miné par
l’analphabétisme et ruiné par la guerre, les conditions
exigeant savoir lire et écrire et posséder des biens
étaient des facteurs d’exclusion pour une grande partie
de la population, notamment d’origine africaine,
appartenant aux couches les plus pauvres et qui, depuis
toujours, s’étaient vues refuser le droit à
l’instruction. Les occupants ne souhaitaient pas se
mettre à dos les membres de l’Armée de libération, mais
nombre des habitants de l’ouest de l’île, la plus
peuplée à cette époque, n’avaient pas pris part à la
guerre.
Ce dernier
jour de l’année 1901, le Cubano-américain Tomas Estrada
Palma fut désigné candidat des États-Unis aux premières
élections cubaines, et il eut comme adversaire Bartolomé
Maso, major général de l’Armée de libération cubaine, et
dernier président de la République en armes. Cependant,
face à l’absence de garanties électorales, le général
Maso décida de retirer sa candidature, si bien qu’Estrada
Palma, devenu candidat unique, enleva les élections sans
aucune opposition.
La revue
Review of Reviews décrivit la conception républicaine
envisagée pour Cuba à la fin de la dernière année du 19e
siècle en ces termes : « La nouvelle Cuba sera une
nation, mais non un pouvoir souverain. Sur le plan
intérieur, elle possèdera l’indépendance que son peuple
désirait et pour laquelle il s’est battu. Sur le plan
extérieur, Cuba sera une dépendance et sera sous la
protection du grand pouvoir américain ».
Cela lui
garantissait la composition du premier gouvernement
républicain cubain. Parmi les ministres ou secrétaires
du gouvernement qui partagèrent la direction du pseudo
État cubain avec Estrada Palma, neuf avaient appartenu
au Parti autonomiste disparu, dont les principales
figures avaient été au service de la métropole espagnole
à la direction de l’État colonial cubain ; six étaient
des membres d’importantes familles de l’oligarchie
sucrière créole, et six autres – y compris des figures
qui d’une façon ou d’une autre avaient participé à la
Révolution de 1895 – avaient assumé de hautes charges
sous le gouvernement d’occupation nord-américain.
Voilà donc
le processus de « démocratie » que les yanquis
prévoyaient et continuent de prévoir pour le peuple
cubain. Quiconque pourrait en douter, devrait prendre le
temps de lire les chapitres un et deux de la Loi
Helms-Burton, approuvée par le Congrès des États-Unis en
1996.
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