Le G7 passe le relais
au G20
• Impossible d’affirmer clairement
que la crise mondiale du capitalisme est belle et bien
terminée
Joaquin Rivery Tur
ILS représentent sans aucun doute les 20 pays aux
économies les plus puissantes, mais ce ne sont tout de
même pas des sorciers et leurs ordinateurs sont encore
loin de pouvoir prévoir l’avenir. Personne ne peut
encore signer le certificat de décès de la crise
mondiale du capitalisme. Ce qui vient de se produire à
Pittsburg, aux Etats-Unis, n’est qu’un changement
d’estafette.
Le Groupe des Huit (Etats-Unis, Canada, Japon,
Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, plus la
Russie) s’est montré impuissant à maîtriser la crise
globale. Il n’a surtout pas pu contrôler le complexe
appareil financier néolibéral du système capitaliste. Il
ne lui restait plus qu’à passer le flambeau au Groupe
des 20, dans une ultime tentative de minimiser leur
responsabilité dans les soubresauts qui ont secoué la
planète tout entière, et de partager les dommages avec
12 autres nations.
Le Sommet de Pittsburgh constitue manifestement un
échec, la preuve que les nations les plus riches sont
incapables de gouverner et de représenter un monde en
ébullition, et cela pour deux raisons: premièrement, les
mouvements sociaux se mobilisent de plus en plus pour
lutter contre les injustices généralisées. Deuxièmement,
les grandes entreprises financières ont de plus en plus
de pouvoir: grâce aux appuis dont elles jouissent dans
les plus hautes sphères gouvernementales, elles peuvent
multiplier leurs profits sans que personne ne les en
empêche. En fait, de tout temps, les gouvernements ont
été leurs principaux alliés.
Les agences de presse rapportent que les pays du G20
–au sein duquel les 7 nations les plus riches détiennent
toujours un immense pouvoir de chantage et d’influence–
sont convenus de faire de ce nouveau groupe «le
principal forum pour la coopération économique
internationale».
L’expression est plutôt ambiguë. Cela laisse entendre
que les pays se sont entendus unanimement pour accroître
leur emprise sur les sociétés financières afin d’éviter
que n’éclatent d’autres crises plus graves encore que
celle que nous connaissons actuellement. Les 7 pays les
plus riches ont même proposé d’accorder aux pays
émergents, comme, entre autres, la Chine, l’Inde, le
Brésil, une meilleure représentation, soit au moins 5%
de vote de plus, au sein du Fonds monétaire
international (FMI). Comme si cela allait changer le
rapport de forces ou amener une transformation de la
structure financière internationale comme les pays sous-développés
le réclament depuis longtemps.
Le sommet du G20 s’est prononcé pour un meilleur
contrôle des activités bancaires. Il a demandé, entre
autres, que les primes accordées aux cadres supérieurs
des institutions bancaires et financières soient
plafonnées. On se rappellera que les patrons de ces
entreprises n’hésitaient pas à s’octroyer des primes
mirobolantes, même lorsque leurs compagnies
enregistraient des pertes qui pouvaient les conduire à
la faillite.
Pour les pays émergents, une augmentation de 5% des
votes ne signifie pas que les Etats-Unis vont perdre
leur pouvoir au sein du FMI et de la Banque mondiale. Ce
pays maintiendra toujours son emprise, notamment sur les
pays du tiers-monde, qui ont un besoin urgent d’aide et
d’investissements pour sortir de leur sous-développement.
Mais ces pays ne veulent pas qu’on leur impose le modèle
de consommation des Etats-Unis qui menace la survie de
notre planète en raison des changements climatiques et
de la destruction effrénée des ressources naturelles.
Le sommet de Pittsburgh a permis, certes, d’adopter
des mesures pour éviter que n’éclatent, dans toute leur
ampleur, d’autres bulles financières et surgissent de
nouvelles crises. Mais le problème demeure entier:
comment réussir à contrôler ces géants de la finance et
comment leur imposer un code de conduite strict qui
rende impossibles de nouvelles opérations frauduleuses?
Le capitalisme sauvage peut-il accepter un tel contrôle?
Le FMI peut difficilement nier toute responsabilité
dans cette crise internationale. Ses analystes auraient
dû prévoir que la bulle financière allait éclater d’un
moment à l’autre.
Au cours de cette réunion, il a été signalé à maintes
reprises que la crise est en bonne voie d’être résolue.
Pourtant, le G20 a accepté le maintien des mesures
d’aide gouvernementale aux grandes entreprises, au cas
où… Le président chinois, Hu Jintao, n’a pas hésité à
affirmer quant à lui que la soi-disant reprise
économique «n’était pas encore assez solide». Et il ne
faisait certes pas allusion à son pays puisque la crise
n’a même pas réussi à freiner la croissance économique
de la Chine.
Il semble que personne n’a retenu la leçon. Le G8,
qui existe toujours, a, en fait, transmis sa façon de
faire aux pays regroupés dans le G20, les pays aux
économies les plus fortes. Mais il n’y a là aucune
véritable solution, puisque ces directives ne remettent
pas en cause le système capitaliste mondial, dont
l’essence néolibérale est incompatible avec les mesures
de contrôle étatique. Même si, dans les faits, cela
contribue à augmenter les mesures protectionnistes.
Les grandes institutions financières prônent une
déréglementation des marchés, elles veulent avoir les
coudées franches pour jouer comme elles l’ont fait en
prenant d’énormes risques, comme si elles avaient besoin
de l’adrénaline que procurent la quête effrénée de
profits et les spéculations boursières.
Washington a pris ses dispositions pour sauver ses
principales institutions financières. Pourtant, au début
du mois de septembre, l’Agence fédérale de garantie des
dépôts bancaires a annoncé qu’il y avait, au cours du
deuxième trimestre, 411 banques affectées par un manque
de capitalisation et par des cartes de crédit
insolvables, soit 111 de plus qu’au cours de la période
précédente. Ce n’est pas ce qu’on appelle une sortie de
crise…
Mais la cerise sur le gâteau est venue du FMI. Cet
organisme a annoncé, il y a quelques jours, que la
tempête financière planétaire affectera la croissance
économique pendant au moins les 7 prochaines années. Et
il a proposé que des mesures soient d’ores et déjà
adoptées pour réformer le système.
Tout le monde s’entend désormais pour affirmer qu’il
y aura moins d’emplois, que la croissance économique
sera faible, que les investissements diminueront, tout
comme la productivité. Cette crise n’est pas le fruit du
hasard, elle a de véritables fondements qui reposent sur
un système qui s’appelle capitalisme, malgré tous les
nouveaux habits dont on veut le parer.