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O P I N I O N

La Havane. 1 Octobre 2009

Le G7 passe le relais au G20
• Impossible d’affirmer clairement que la crise mondiale du capitalisme est belle et bien terminée


Joaquin Rivery Tur

ILS représentent sans aucun doute les 20 pays aux économies les plus puissantes, mais ce ne sont tout de même pas des sorciers et leurs ordinateurs sont encore loin de pouvoir prévoir l’avenir. Personne ne peut encore signer le certificat de décès de la crise mondiale du capitalisme. Ce qui vient de se produire à Pittsburg, aux Etats-Unis, n’est qu’un changement d’estafette.

Le Groupe des Huit (Etats-Unis, Canada, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, plus la Russie) s’est montré impuissant à maîtriser la crise globale. Il n’a surtout pas pu contrôler le complexe appareil financier néolibéral du système capitaliste. Il ne lui restait plus qu’à passer le flambeau au Groupe des 20, dans une ultime tentative de minimiser leur responsabilité dans les soubresauts qui ont secoué la planète tout entière, et de partager les dommages avec 12 autres nations.

Le Sommet de Pittsburgh constitue manifestement un échec, la preuve que les nations les plus riches sont incapables de gouverner et de représenter un monde en ébullition, et cela pour deux raisons: premièrement, les mouvements sociaux se mobilisent de plus en plus pour lutter contre les injustices généralisées. Deuxièmement, les grandes entreprises financières ont de plus en plus de pouvoir: grâce aux appuis dont elles jouissent dans les plus hautes sphères gouvernementales, elles peuvent multiplier leurs profits sans que personne ne les en empêche. En fait, de tout temps, les gouvernements ont été leurs principaux alliés.

Les agences de presse rapportent que les pays du G20 –au sein duquel les 7 nations les plus riches détiennent toujours un immense pouvoir de chantage et d’influence– sont convenus de faire de ce nouveau groupe «le principal forum pour la coopération économique internationale».

L’expression est plutôt ambiguë. Cela laisse entendre que les pays se sont entendus unanimement pour accroître leur emprise sur les sociétés financières afin d’éviter que n’éclatent d’autres crises plus graves encore que celle que nous connaissons actuellement. Les 7 pays les plus riches ont même proposé d’accorder aux pays émergents, comme, entre autres, la Chine, l’Inde, le Brésil, une meilleure représentation, soit au moins 5% de vote de plus, au sein du Fonds monétaire international (FMI). Comme si cela allait changer le rapport de forces ou amener une transformation de la structure financière internationale comme les pays sous-développés le réclament depuis longtemps.

Le sommet du G20 s’est prononcé pour un meilleur contrôle des activités bancaires. Il a demandé, entre autres, que les primes accordées aux cadres supérieurs des institutions bancaires et financières soient plafonnées. On se rappellera que les patrons de ces entreprises n’hésitaient pas à s’octroyer des primes mirobolantes, même lorsque leurs compagnies enregistraient des pertes qui pouvaient les conduire à la faillite.

Pour les pays émergents, une augmentation de 5% des votes ne signifie pas que les Etats-Unis vont perdre leur pouvoir au sein du FMI et de la Banque mondiale. Ce pays maintiendra toujours son emprise, notamment sur les pays du tiers-monde, qui ont un besoin urgent d’aide et d’investissements pour sortir de leur sous-développement. Mais ces pays ne veulent pas qu’on leur impose le modèle de consommation des Etats-Unis qui menace la survie de notre planète en raison des changements climatiques et de la destruction effrénée des ressources naturelles.

Le sommet de Pittsburgh a permis, certes, d’adopter des mesures pour éviter que n’éclatent, dans toute leur ampleur, d’autres bulles financières et surgissent de nouvelles crises. Mais le problème demeure entier: comment réussir à contrôler ces géants de la finance et comment leur imposer un code de conduite strict qui rende impossibles de nouvelles opérations frauduleuses? Le capitalisme sauvage peut-il accepter un tel contrôle?

Le FMI peut difficilement nier toute responsabilité dans cette crise internationale. Ses analystes auraient dû prévoir que la bulle financière allait éclater d’un moment à l’autre.

Au cours de cette réunion, il a été signalé à maintes reprises que la crise est en bonne voie d’être résolue. Pourtant, le G20 a accepté le maintien des mesures d’aide gouvernementale aux grandes entreprises, au cas où… Le président chinois, Hu Jintao, n’a pas hésité à affirmer quant à lui que la soi-disant reprise économique «n’était pas encore assez solide». Et il ne faisait certes pas allusion à son pays puisque la crise n’a même pas réussi à freiner la croissance économique de la Chine.

Il semble que personne n’a retenu la leçon. Le G8, qui existe toujours, a, en fait, transmis sa façon de faire aux pays regroupés dans le G20, les pays aux économies les plus fortes. Mais il n’y a là aucune véritable solution, puisque ces directives ne remettent pas en cause le système capitaliste mondial, dont l’essence néolibérale est incompatible avec les mesures de contrôle étatique. Même si, dans les faits, cela contribue à augmenter les mesures protectionnistes.

Les grandes institutions financières prônent une déréglementation des marchés, elles veulent avoir les coudées franches pour jouer comme elles l’ont fait en prenant d’énormes risques, comme si elles avaient besoin de l’adrénaline que procurent la quête effrénée de profits et les spéculations boursières.

Washington a pris ses dispositions pour sauver ses principales institutions financières. Pourtant, au début du mois de septembre, l’Agence fédérale de garantie des dépôts bancaires a annoncé qu’il y avait, au cours du deuxième trimestre, 411 banques affectées par un manque de capitalisation et par des cartes de crédit insolvables, soit 111 de plus qu’au cours de la période précédente. Ce n’est pas ce qu’on appelle une sortie de crise…

Mais la cerise sur le gâteau est venue du FMI. Cet organisme a annoncé, il y a quelques jours, que la tempête financière planétaire affectera la croissance économique pendant au moins les 7 prochaines années. Et il a proposé que des mesures soient d’ores et déjà adoptées pour réformer le système.

Tout le monde s’entend désormais pour affirmer qu’il y aura moins d’emplois, que la croissance économique sera faible, que les investissements diminueront, tout comme la productivité. Cette crise n’est pas le fruit du hasard, elle a de véritables fondements qui reposent sur un système qui s’appelle capitalisme, malgré tous les nouveaux habits dont on veut le parer.

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