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Pour son 190e anniversaire
La perle des Antilles se fait
resplendissante
Armando Sáez Chávez
UNE
légende amérindienne veut que la ville de Cienfuegos ait
été fondée sur ce site exceptionnel à la suite des
événements tragiques qui ont entouré l’assassinat du
fils de l’Indienne Guanaroca.
Mais
au-delà de ce que raconte cette triste histoire, un fait
demeure : le Français Louis De Clouet et une
cinquantaine de colons français ne se sont pas trompés
lorsque, le 22 avril 1819, ils décidèrent de fonder, sur
la pointe de la péninsule de La Managua, la colonie
Fernandina de Jagua. Celle-ci, qui doit son nom à
Ferdinand VII, roi d’Espagne, et à l’appellation
amérindienne, pu ainsi profiter au maximum des atouts
qu’offrait l’immense baie et de la proximité d’une
puissance économique.
L’anniversaire d’une ville est toujours l’occasion de
réfléchir sur nos habitudes de vie et sur l’héritage que
nous laisserons à ceux qui nous suivront. Parlant
justement du 190e anniversaire de Cienfuegos,
Iran Millan, le directeur provincial du Bureau du
conservateur de la ville, confiait au Granma que
cette ville, qui est certainement une des plus jeunes de
Cuba, puisque fondée au XIXe siècle, figure néanmoins
parmi les villes qui ont su le mieux prospérer.
« Pour
comprendre pourquoi cette ville, surnommée la Perle du
Sud, a su se développer à un rythme si rapide, il faut
examiner les conditions qui ont favorisé son
épanouissement, en premier lieu les facteurs
économiques, culturels, sociaux et, bien évidemment,
patrimoniaux, qui les englobent tous », rappelle Millan.
« Il
convient également de souligner la bonne qualité des
terres cultivables de la région, qui convenaient très
bien, entre autres, à la culture de la canne à sucre.
L’arrivée du chemin de fer permit l’essor de l’industrie
sucrière. Cienfuegos se transforma alors en une zone
portuaire des plus sûre et prospère du pays et de toutes
les Caraïbes. »
Dix
ans après la création de la Colonie Fernandina de Jagua,
celle-ci prit le nom de Villa de Cienfuegos, en
l’honneur du gouverneur de Cuba, le capitaine général
José Cienfuegos.
En
1880, elle obtint officiellement son statut de ville,
avec tous les attributs propres à une ville moderne du
XIXe siècle. Elle brisa ainsi le schéma traditionnel des
villes coloniales, qui comprend toujours trois
éléments : une place, une mairie et une église. La ville
était désormais éclatée en une multitude de centres
d’intérêts, en fonction des théâtres, des maisons
d’enseignement, des centres récréatifs, des promenades,
des parcs et des avenues semblables aux grands
boulevards parisiens.
« Par
ailleurs, ajoute le conservateur, autre détail
intéressant, les cimetières furent bâtis loin des
églises et surgirent ici et là des hôtels et des
banques. Il est bon de rappeler que déjà, au XIXe
siècle, la ville de Cienfuegos abritait 18 consulats
étrangers. Cela donnait à la ville un air cosmopolite.
Plus d’une cinquantaine d’immeubles furent ainsi
construits pour accueillir les visiteurs étrangers. »
Au XXe
siècle, Cienfuegos atteindra sa maturité. Elle possède
désormais tous les attributs d’une ville moderne, avec
les infrastructures nécessaires. Le fait que les
habitants de Cienfuegos aient développé un fort
sentiment d’appartenance à leur ville, à leur petite
patrie, n’est pas étranger à ce succès. Les
Cienfuegueros ont à cœur de protéger leur patrimoine,
qui fait partie de leur identité propre, rappelle le
conservateur.
LA PERLE DU SUD PREND DE L’EXPANSION
Avec
le triomphe de la Révolution, cette jolie cité de la
mer, comme certains l’appellent, devint rapidement un
important centre industriel. Le long du littoral,
surtout, surgiront de nombreuses usines et autres
centres de développement économique. On agrandira la
zone portuaire en installant plusieurs quais de
chargement. Le développement urbain n’échappe pas à
cette croissance et dans tous les quartiers de la ville
surgissent de nouveaux édifices à logement.
Plus
récemment, la raffinerie de pétrole fut remise en
marche, à travers une société mixte Cuba-Venezuela, dans
le cadre des accords de l’ALBA. On s’affaire maintenant
à augmenter les capacités de la raffinerie et d’autres
projets voient le jour dans le pôle pétrochimique de
Cienfuegos.
Caridad Abreus Ruiz, qui dirige les activités
culturelles de la province, nous révèle, par la même
occasion, que Cienfuegos s’est préparée pendant près
d’un an à célébrer dignement les journées de la culture,
qui se sont déroulées du 16 au 22 avril. On a profité de
cette occasion pour souligner plusieurs événements : le
190e anniversaire de la ville, le 100e
anniversaire de naissance de l’écrivain et chercheur
originaire de la région, Florentino Morales, le 70e
anniversaire de l’orchestre Aragon de même que le 50e
anniversaire du triomphe de la Révolution cubaine.
De
tels événements ne peuvent qu’encourager la
multiplication d’événements culturels de toutes sortes,
provenant aussi bien des groupes amateurs que des
formations professionnelles
La
majorité des institutions de la province ont été mises à
profit. Cienfuegos est vraiment au cœur de toutes ces
activités. On en a dénombré quelque 226, majoritairement
organisées par les Conseils populaires. Caridad Abreus
Ruiz précise qu’ils ont pu bénéficier du soutient de la
direction du Parti communiste, du gouvernement et des
autres organismes publics, de même que de toute la
population en général.
Les Santiagueros ne sont pas peu fiers. Non seulement
ils peuvent célébrer le 190e anniversaire de
leur ville, mais ils possèdent, en outre, un quartier
historique, déclaré Patrimoine de l’Humanité par
l’UNESCO. De plus, ils pourront profiter bientôt d’un
vaste plan de restauration, de conservation des édifices
publics et d’embellissement de la ville, de ses avenues,
rues et parcs publics. La Perle des Antilles n’en sera
que plus resplendissante. |