Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5     

       

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 N O U V E L L E S

La Havane. 20 octobre 2006

L’entreprise japonaise Nikon humilie un enfant cubain
Elle refuse de lui remettre l’appareil photo qu’il a gagné en remportant un Concours international sur l’environnement. Juventud Rebelde reproduit des déclarations faites par le professeur de l’enfant à une journaliste japonaise de l’agence Jijispress

PAR ANA AUKI, de JIJISPRESS

Journaliste: Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé?

Le 5 juin, Journée mondiale de l’Environnement, eut lieu la cérémonie de remise des prix aux gagnants du 15e Concours international pour enfants sur l’environnement, tenu pour le plus important du monde. Elle s’est déroulée au Palais des Nations d’Alger, en présence de M. Abdelaziz Bouteflika, président d’Algérie, qui s’est fait photographier avec les jeunes lauréats et a bien voulu partager une partie de la matinée avec eux.


Le professeur Jorge Jorge Gonzalez avec des enfants de son atelier culturel communautaire.

«Dans l’après-midi, les dirigeants du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) remettaient les insignes métalliques au gagnant mondial, aux gagnants régionaux (dont le jeune Cubain Raysel Sosa Rojas, pour l’Amérique latine et les Caraïbes) et à trois autres enfants, gagnants de prix spéciaux. Au même moment, en présence des représentants de Bayer, de Nikon (avec, en tête, son président) et de la Fondation pour la paix globale du Japon, les gagnants recevaient des cadeaux: un T-shirt portant le dessin primé, du matériel de dessin d’une qualité supérieure et un appareil photo numérique de marque Nikon, une firme japonaise.

»À l’exception de l’enfant cubain, tous les autres enfants ont reçu leur appareil photo, comme chaque année dans le cadre de cette cérémonie. Pourtant, ni avant ni après aucun des organisateurs du concours n’est venu nous trouver spontanément pour nous expliquer ce qui allait se passer ; à la fin de la cérémonie, j’examine le paquet cadeau de Raysel et je constate qu’il y manque l’appareil photo ; il y avait juste un étui de la firme Nikon, de couleur beige, avec du matériel de dessin de très haute qualité, de marques anglaises, japonaises, etc¼

»Personne n’est venu me trouver en tant que représentant légal de l’enfant à la cérémonie, personne ne s’est adressé non plus à l’ambassadeur de Cuba en Algérie, M. Roberto Blanco, représentant du gouvernement de mon pays, ni même à M. Ricardo Sanchez, directeur général du PNUE pour l’Amérique latine et les Caraïbes, pour fournir une explication.

»Je ne saurais vous dire de quel modèle d’appareil photo il s’agit ; je ne l’ai pas eu entre les mains; nous l’avons vu, oui, entre les mains des autres gagnants, mais sans plus, et les circonstances se prêtaient moins à l’examen du modèle qu’à l’urgence de faire respecter la dignité d’en enfant innocent qui n’a rien à voir avec les bassesses politiques ni les intrigues internationales, car il est indiscutable que le gouvernement des États-Unis a trempé directement dans cet incident regrettable.

»Avec l’aide du traducteur-interprète de l’ambassade cubaine, nous avons immédiatement sollicité les autorités algériennes qui nous ont traités avec tous les égards pendant ces journées et qui nous ont témoigné à chaque instant de leur solidarité, tout en essayant de trouver une issue satisfaisante à cet épisode triste de la vie d’un enfant qui par ailleurs souffre d’hémophilie, une maladie héréditaire et à ce jour incurable.

Pour qu’il puisse faire le voyage, le gouvernement de mon pays a d’ailleurs dû me remettre un ensemble de médicaments pour lequel la famille de l’enfant n’a pas eu à verser un centime mais dont le coût dépassait 4 500 dollars nord-américains, soit une somme bien plus élevée que le montant du prix et du séjour en Algérie. Il faut rappeler ici que dans mon pays, rien ne revêt plus d’importance que ses ressources humaines, et en particulier les enfants, qui sont les artistes, les chercheurs et es enseignants de demain, ceux qui rendront le pays plus prospère.

»Nous avons aussi reçu immédiatement le témoignage de solidarité des jeunes lauréats, de leurs parents et accompagnants: de la mère de l’enfant nord-américain gagnant de sa région, du gagnant d’Europe, d’Afrique, de tous, parce que tous comprenaient qu’un acte qui devait être d’amour ne pouvait pas se transformer en un acte de haine et de tristesse.

»Notre enfant n’est pas un terroriste. Il ne pose de bombes nulle part, ni d’ailleurs aucun des enfants qui vivent et travaillent dans mon pays pour la grandeur de l’humanité, pour être en mesure d’apporter la santé et le bien-être à d’autres millions d’êtres humains dans le reste du monde. Notre enfant ne sait encore rien de la perversité du monde --en fait, il vient tout juste d’en découvrir une parcelle— parce que depuis sa naissance il n’a connu que l’amour des siens, de son école, du personnel hospitalier qu’il rencontre fréquemment, des habitants de son quartier où il se déplace sans avoir à redouter la drogue, ou un enlèvement qui permettrait aux ravisseurs de lui voler un organe, ou un assassinat. Il ne craint rien de tout cela, car dans son pays rien de tout cela n’est courant comme aux États-Unis, dont le gouvernement n’est pas capable de contrôler ces fléaux à l’intérieur de ses frontières et prétend pourtant donner des leçons à l’univers, lui qui est le principal responsable du terrorisme mondial, des assassinats massifs d’enfants innocents et de tous les maux qui frappent cette planète, pourtant si belle¼

»Au Palais des Nations nous n’avons obtenu aucune explication. Le soir, nous avons appelé de l’hôtel notre ambassadeur qui est venu nous trouver immédiatement et a demandé à rencontrer les personnes du PNUE chargées de la cérémonie d’Alger. Mme Sorba, de ce même organisme, lui a déclaré que Cuba ne laissait pas entrer un appareil photo sur son territoire «en raison de l’embargo» –qu’à Cuba on appelle par son nom: le BLOCUS.

»Je lui ai répondu que ceci était faux: je suis entré et sorti de mon pays à plusieurs reprises avec mon matériel de photo et de vidéo, de marque SONY (japonaise elle aussi) et rien ni personne ne m’en a jamais empêché. On a alors appelé M. Ideo Fujica, que nous avons pris pour le représentant de la firme Nikon en Algérie. M. Fujiko, qui est membre de la Fondation pour la paix mondiale, un des sponsors du concours, nous a finalement dit qu’«à cause de l’embargo, l’appareil photo ne pouvait être remis à l’enfant cubain car il contient des pièces en provenance des États-Unis.

»L’ambassadeur et moi lui avons expliqué que ceci revenait à appliquer les lois d’un Etat dans un autre État, car ce sont les États-Unis qui imposent un blocus à Cuba et non le Japon. L’entreprise Nikon se faisait ainsi complice d’un abus auquel mon peuple est confronté depuis plus de 45 ans et prenait des mesures contre un enfant qui ne pourrait jamais en comprendre le sens. M. Fujica s’est alors engagé devant nous à acheter un appareil photo numérique pour l’enfant de ses propres deniers et à le lui faire parvenir par l’intermédiaire du bureau du PNUE au Mexique.»

Quelle a été la réaction de Raysel quand il a vu qu’il n’avait pas reçu d’appareil photo?

Je ne trouve qu’un mot: une réaction de totale IMPUISSANCE. «Il me disait et me répétait: «Et mon appareil? Pourquoi tous les autres enfants en ont-ils reçu un et pas moi? Mon prix n’est pas le même que le leur? Je n’y ai pas droit?» J’essayais de lui expliquer, mais il ne pouvait pas comprendre, ni moi non plus d’ailleurs, qu’on l’humiliait pour avoir commis le «délit» de naître à Cuba et que pour certains il fallait à tout prix le priver du bonheur associé à cette minute de gloire, récompensant un dessin qu’il avait fait sur la protection de l’environnement.

L’enfant pleura dans sa chambre, et j’ai pleuré avec lui, non pas de chagrin mais de rage, parce que tout cela me paraissait réellement inconcevable. Il me semble que le PNUE aurait dû prévoir la situation et trouver une solution immédiate, quitte à changer de fabricant. Le matériel de dessin qui lui a été remis est peut-être le plus cher du monde, mais Raysel voyait les autres enfants jouer avec leur nouvel appareil photo et comme eux, il aurait voulu emporter un souvenir de ces journées d’Alger. Qui donc est en droit de le priver de ce plaisir qui a fort peu de chances de se répéter?

Qui a expliqué la situation à Raysel?

Moi, bien sûr. A ce moment-là je ne suis pas seulement son professeur, mais aussi son père, sa famille, son ami, la seule personne en qui il pouvait avoir confiance parce que je ne lui avais jamais menti et il me savait capable de lutter pour ses droits. Notre ambassadeur aussi a essayé de lui expliquer, mais il n’a jamais compris pourquoi il existait une loi des États-Unis qui l’empêchait d’avoir un appareil photo.

Que pensez-vous de la position de l’entreprise?

Déplorable, à tous points de vue. Comment est-il possible qu’une entreprise aussi puissante et aussi prestigieuse, qui fait la fierté du Japon de par la qualité incontestable de ses produits (j’ai moi-même, depuis plusieurs années, un appareil photo Nikon d’excellente qualité) et qui en outre est un des sponsors du Concours mondiale du PNUE, puisse se plier aux basses manœuvres du gouvernement nord-américain contre le peuple de Cuba et priver un enfant innocent de son droit à sourire, à se sentir l’égal des autres gagnants. L’entreprise Nikon a humilié Raysel, a brisé ses rêves et s’est dressée face à son espoir de vivre dans un monde meilleur et possible, un espoir qu’il partage avec nous tous.

Avez-vous quelque chose à ajouter?

J’aurais beaucoup de choses à dire, mais je vous dirai seulement que l’atelier dans lequel Raysel réalise ses rêves a vu le jour il y a deux ans et demi à l’emplacement d’une ancienne décharge communale. C’est de là qu’est sorti non seulement le gagnant régional, mais aussi cinq autres enfants qui ont obtenu des prix divers à ce concours¼ C’est avec beaucoup de fierté que nous constatons que le talent peut surgir des lieux les plus humbles: il suffit de les découvrir à temps et de les encourager jour après jour pour qu’ils ne se perdent pas.

En deux ans et demi notre atelier a gagné 189 prix et mentions à des concours internationaux, nationaux, régionaux, etc¼ presque toujours en illustrant des thèmes associés à l’environnement, à la nature et l’homme, auxquels nous consacrons toutes nos énergies. Nous envisageons même de créer une bibliothèque communautaire spécialisée dans le thème de l’environnement.
 

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